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Le Tout Nouveau Testament : Dieu existe. La preuve !

Jaco van Dormael est décidément un cinéaste à part. Ou pas finalement. Cela dépend en fait d’où l’on se positionne. Depuis la France, c’est malheureusement indéniable tant notre production actuelle fait peine à voir (pour ne pas dire à jouir). Par contre si l’on se place du côté de la Belgique, terre natale du réalisateur, la chanson est différente tant ce petit pays par la superficie nous taille régulièrement des croupières en matière de cinéma avec des poils aux couilles et ce quel que soit le genre abordé.

Le Tout Nouveau Testament - Affiche

En jetant un rapide regard dans le rétroviseur, on peut ainsi citer au hasard Bullhead de Michael R. Roskam, Au nom du fils de Vincent Lannoo, Kill Me Please  de Olias Barco, ou plus récemment Alléluia de Fabrice Du Welz et Je suis mort mais j’ai des amis de Guillaume et Stéphane Malandrin. Sans oublier la matrice entre toutes qui n’est autre que C’est arrivé près de chez vous. Des films et des auteurs qui s’ils ne se prévalent pas forcément du cinéma de Jaco van Dormael, s’inscrivent tout de même dans une forme de continuité culturelle des plus excitantes pour laquelle ce Tout Nouveau Testament y apporte l’une de ses plus belles pierres. On est d’ailleurs à la limite jaloux de voir à quel point la production d’appellation contrôlée belge peut enfoncer tout ce que l’on a pu voir dernièrement chez nous dans le même registre et plus.

C’est que si Le Tout Nouveau Testament fait appel en premier lieu à la comédie, le talent de Jaco van Dormael est d’aller au-delà en proposant aussi une sorte de conte urbain à l’humour noir qui rappelle évidemment Toto le héros, son tout premier long. C’est donc à une sorte de retour aux sources salutaires auquel nous assistons puisqu’il permet d’effacer en partie les pérégrinations de Mr. Nobody qui s’était un peu perdu dans les méandres du temps et de la SF budgétée à plus de 30 millions d’euros. Il lui permet aussi de se recentrer sur l’essentiel, enluminer une histoire à l’originalité indéniable, tout en donnant libre cours à une belle folie douce entretenue par des acteurs au diapason.

Donc Dieu existe et il a créé Bruxelles. Il y habite avec sa femme (Yolande Moreau extatique) et sa fille avec qui il est par ailleurs odieux. Son passe-temps favori est d’emmerder les humains quand il ne s’agit pas de mettre en scène leur mort, tout ça planqué derrière son ordi première génération. Dieu c’est Poelvoorde dans un rôle qui lui va évidemment comme un gant. Mais Dieu a beau être Dieu, il n’anticipe pas que sa fille veuille se barrer de la maison et que ce faisant elle en profite pour balancer par SMS les dates de décès de tout le monde. Un gros bordel qui va l’obliger à arpenter les rues de la ville à sa recherche. Et Jaco van Dormael de distiller des trouvailles visuelles au détour de chaque plan, eux-mêmes frappés du sceau d’une inventivité de mise en scène sans cesse renouvelée. Une liberté de ton et d’esprit qui rejaillit sur un film maîtrisé de bout en bout avec des petits morceaux de bonheur dedans.

Ce qui détonne aussi est que l’histoire va jusqu’au terminus de son délire qui en devient forcément jouissif. On le sait, bien souvent c’est un peu le talon d’Achille du genre. On s’emballe pour un pitch et des situations cinégéniques pour en oublier la conclusion que l’on peaufinera sur le tard. Ici que nenni, avec un point d’honneur mis à bien polir un tout réjouissant rehaussé encore par des détails à mourir de rire : les nouveaux Apôtres tous plus dérangés du bulbe les uns que les autres, le mastard de singe dans le lit de Catherine Deneuve, la machine à laver qui fait office de transhumance entre les deux mondes… Sans oublier la révélation Pili Groyne  qui en fille de Dieu est juste parfaite de rouerie pré-adolescente mais aussi d’humanité à tendance catho pipeau.

Une fois de plus, le cinéma belge est donc bien ce miracle permanent et son émissaire apostolique du mois est Jaco van Dormael.

Le Tout Nouveau Testament de Jaco van Dormael – 2 septembre 2015 (Le Pacte)

Présenté en ouverture de La Quinzaine des réalisateurs Cannes 2015

Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…

Note : 3,5/5

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