Grande Bellezza - Image Une

La Grande Bellezza : Sorrentino Roma

Franchement, on n’attendait pas Paolo Sorrentino à ce niveau là. Il faut juste revoir (ou pas) This must be the place, son dernier long, pour constater le chemin parcouru. Alors certes, Il Divo et surtout L’Ami de la famille pouvaient laisser présager un futur plus radieux, mais pas au point de faire oublier en un film toute la production italienne de ces dix dernières années, Moretti inclus.

Affiche française - La Grande Bellezza

Et d’ailleurs on ne se souvient pas d’avoir vu la ville de Rome aussi intensément filmée depuis Journal intime de Moretti justement. Il y a tout juste vingt ans de cela. Mais ne nous y trompons pas, La Grande Bellezza (la grande beauté) va chercher sa filiation ailleurs ; dans les films de Ettore Scola (on pense à La Terrasse par exemple), Marco Ferreri, Mario Monicelli et surtout du maître à tous Federico Fellini dont La Dolce vita s’impose tout naturellement comme la mère nourricière de La Grande Bellezza. Ce n’est d’ailleurs pas une première dans la filmo de Sorrentino qui semble vouer un culte au cinéaste italien de Fellini Roma à tel point d’ailleurs que cela semblait pas mal le tétaniser. Un cinéma chrysalide référent et déférent qui se transforme sous nos yeux en une œuvre incandescente.

Jep Gambardella (Toni Servillo, un habitué chez Sorrentino, au jeu fin et hâbleur) c’est Marcello Mastroianni de La Dolce vita quarante ans plus tard. On l’avait laissé sur la plage romaine jaugeant une société en pleine joyeuse décadence, on le retrouve sur le toit d’un appartement en face du Colisée en train de souffler ses soixante-cinq bougies entouré de ce qui se fait de mieux en matière de bestiaire hype et mondain. C’est que l’homme est devenu entre-temps un journaliste à succès tout en restant un séducteur impénitent que l’on s’arrache pour faire partie de toutes les fêtes. Las, il y traîne une carcasse vieillissante alourdie par le poids d’une existence placée sous le signe de la vacuité, du cynisme et de l’amère lucidité. De celle qui le met à nu face à une ville qui brille encore de ses milles feux au point de pétrifier des touristes jusqu’à la crise cardiaque. Ou alors est-ce là l’état avancé de putréfaction morale de ses élites qui en font encore cette ville de tous les excès antiques. Le maelström des sens est alors patent porté qu’il est par une mise en images foudroyante de fluidité et de recherche formelle aboutie. On virevolte de scène en scène avec douceur et légèreté. La caméra ne se fait jamais oublier, bien au contraire, et le montage souvent appuyé vient encore surligner cette impression. Rome devient alors le personnage central du film à la fois mère nourricière et pute insoumise qui tente d’apprivoiser la plupart de ses habitants sans jamais y parvenir.

Jep Gambardella l’a compris depuis longtemps, lui qui se contente donc de profiter de son statut et de sa notoriété d’écrivain frustré (il est l’auteur d’un ouvrage de jeunesse à succès qui a établi sa réputation et sa position sociale) pour tout simplement décrocher la part d’existence qu’il lui reste. Ça et des souvenirs de jeunesse amoureuse. Réminiscence d’un temps révolu qui lui donnerait presque envie d’écrire à nouveau. Presque. Car le Casanova des années 2010 est fatigué de tout et surtout de cette agitation futile qu’il a pourtant lui-même ordonné. Et Sorrentino de laisser tourner nonchalamment sa caméra en plein milieu du Tibre lors d’un générique de fin poignant où le fleuve qui traverse la capitale romaine semble régénérer pour un temps et pour un temps seulement, une ville qui n’en demandait pas / plus tant.

La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino – 22 mai 2013 (Pathé Distribution)

Présenté en sélection officielle Cannes 2013 et Oscar du meilleur film étranger en 2014

Rome dans la splendeur de l’été.
Jep Gambardella, un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse, jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ?

Note : 4,5/5

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