Terminator 2

Terminator 2 : une suite supérieure à l’original ?

À l’approche de la sortie dans les salles obscures de Terminator Genisys, cinquième long-métrage des aventures du plus célèbre cyborg au cinoche, il nous a semblé judicieux, après notre article sur le tout premier opus, de revenir sur sa suite : Terminator 2, le jugement dernier. Une suite que d’aucuns considèrent comme supérieure.

Terminator 2 - Affiche France

Sept ans. C’est le temps qu’il aura fallu patienter avant qu’une suite ne voie le jour. Alors qu’aujourd’hui l’annonce d’un « n°2 » est conditionnée en quelques jours à peine après une sortie réussie en salles, une telle durée peut rétrospectivement sembler une éternité. En 1984, Terminator premier du nom se hissa en tête du box-office américain le week-end de sa sortie (4 millions de dollars de recettes) avant de terminer sa carrière à quelques 40 millions auxquels s’ajoute la même somme à l’international. Un exploit au regard du budget initial d’à peine 7 millions, de l’absence totale de têtes d’affiche et d’un illustre inconnu derrière la caméra. Mais tel le bon vin, c’est avec le temps que le Terminator se bonifia. Comme le disent eux-mêmes Arnold Schwarzenegger (Schwarzy) et James Cameron (Jim), c’est au fil des années, des diffusions télés et de l’exploitation en vidéo que l’aura du film s’intensifia et avec elle la demande grandissante pour un n°2.

Terminator 2 : Judgment day - Blu-ray Steelbook - Studiocanal (2009)

PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT

Lorsque l’annonce d’un Terminator 2 (T2 en abrégé) est enfin officialisée, la folie des grandeurs s’installe très vite autour de ce projet titanesque. Il faut dire que dans l’entrefaite, les deux principaux intéressés sont devenus des géants. Pour Terminator 2, Schwarzy décroche ainsi un salaire record pour l’époque de 20 millions de dollars auquel s’ajoutera un luxueux cadeau de la part du producteur Mario Kassar sous la forme d’un jet privé Gulfstream III quasi neuf estimé à 14 millions. De son côté, Cameron est devenu un cinéaste aussi respecté que redouté avec ses deux autres longs-métrages des années 1980. Considéré comme l’une des plus belles suites de l’histoire, Aliens, le retour (1986) réussit l’exploit pour un film de SF de décrocher sept nominations aux Oscar tandis qu’avec son tournage à rallonge et son budget explosé, Abyss (1989) appose pour de bon sa couronne de réalisateur « difficile » sur la tête de Jim. Une cohorte de légendes urbaines le suit désormais comme son ombre telles certaines vociférations sur le plateau : « Bordel, c’est exactement ce que je ne voulais pas », « C’était parfait. On la refait » ou encore des membres de l’équipe qui arborent des t-shirts sur lesquels on peut lire « J’ai travaillé sur Terminator 2, à présent je peux tout faire ».

Formé à l’école Roger Corman, Cameron est en effet capable de faire à peu près tout sur un plateau de tournage tandis que son perfectionniste exacerbé le conduit à exiger en permanence le maximum de l’ensemble de ses collaborateurs. Schwarzy lui-même reconnaitra que son grand ami Jim, déjà exigeant sur le plateau du premier volet, le fut encore davantage sur celui du deuxième. Il faut dire qu’avec un budget initial de 75 millions de dollars qui enflera à vue d’œil pour atteindre au final les 100 millions (autre record pour l’époque), il y a de quoi être intraitable. Les premières bandes annonces de Terminator 2 et leurs cortèges d’explosions et de courses-poursuites feront toutefois bien vite taire les mauvaises langues. Mais ce seront surtout ces poignées d’images informatiques entraperçues qui laisseront sans voix le public en même temps que l’ensemble de la profession.

Terminator 2 : Judgment day - Blu-ray Steelbook - Studiocanal (2009)

UNE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE

Alors que le premier teaser montre la chaîne d’assemblage du T-800 (des images qui ne figureront nulle part dans le métrage final mais « serviront » pour le 4ème opus, Renaissance) avant de se conclure sur le célébrissime « I’ll be back », la bande-annonce s’ouvre avec les trois phrases suivantes : « Même fabrication. Même modèle. Nouvelle mission » avant de dévoiler un T-800 désormais reprogrammé pour protéger le futur leader de l’humanité face à un tout nouveau modèle de Terminator : le T-1000. Fruit de l’imaginaire de Cameron devenu possible par la magie de l’informatique, le T-1000 marque une nouvelle étape en matière d’effets spéciaux numériques après une quinzaine d’années de révolutions en tous genres : les séquences spatiales de Star Wars (1977), le projet Genesis de Star Trek II (1982), le chevalier de vitrail du Secret de la pyramide (1985), le premier morphing de Willow (1988) ou encore l’alien liquide d’Abyss (1989). Mais ces différentes avancées ne seront rien comparées à ce que Cameron a en tête pour son T-1000. Les petits génies d’ILM et leurs superordinateurs dotés d’un budget de 5,5 millions de dollars (presque autant que le budget total du premier film) devront ainsi turbiner d’arrache-pied durant près d’un an pour cracher les trois minutes et demi d’images de synthèse de ce cinéma d’un nouveau genre. Trois minutes trente sur les quinze d’effets spéciaux pour un total de 300 plans truqués que comporte le film. De quoi faire taire les détracteurs qui réduisent souvent Terminator 2 a une simple démonstration de force (pyro)technique.

Terminator 2 : Judgment day - Blu-ray Steelbook - Studiocanal (2009)

SARAH CONNOR : LA FEMME EST L’AVENIR DE L’HOMME

Car ce qui meut les longs-métrages de James Cameron, ce sont bel et bien avant tout leurs histoires et leurs personnages. De préférence féminins. La nomination aux Oscars de Sigourney Weaver pour son rôle d’Ellen Ripley dans Aliens, le retour est là pour le confirmer et l’intégralité de la filmographie du cinéaste est là pour le réaffirmer. Chez Cameron, les femmes endossent n’importe quelle armure, prêtes à tout endurer pour ceux qu’elles aiment : périr noyer pour sauver leur mari (Abyss), se donner en striptease devant un parfait inconnu (True lies), survivre à son bien-aimé contre vents et marées (Titanic), sans oublier bien sûr protéger leurs progénitures contre les créatures les plus redoutables qui soient (Aliens et Terminator 2). L’amour conjugal et l’amour maternel sont au cœur du cinéma de James Cameron pour mieux s’opposer à un monde froid (la photographie toute bleutée de Terminator 2) et jonché de cadavres (l’hallucinante scène d’ouverture futuriste et ses monceaux de crânes) où l’homme tente encore vainement d’exister en tant qu’entité vivante organique.

L’apparente simplicité des dialogues est d’ailleurs là pour nous exposer toute la dualité de l’homme face à la science : « C’est dans votre nature de vous détruire vous-même » ou encore « Vous ne savez pas ce que c’est que de sentir une vie grandir en vous. Tout ce que vous savez créer, c’est la mort et la destruction » sonnent comme autant de lapalissades qui font pourtant mouches lorsqu’elles sont mises en opposition à la puissance évocatrice des images telle cette tétanisante séquence nucléaire que de véritables scientifiques iront même jusqu’à désigner comme la représentation la plus réaliste qui soit d’une telle explosion. Ce n’est pas un hasard si, sur le même thème, Cameron qualifiera le Ghost in the shell (1995) de Mamoru Oshii de « chef d’œuvre visionnaire », lui qui n’a de cesse de repousser les limites de la technologie en matière de Septième Art tout en questionnant les rapports ambivalents qu’entretient l’Homme avec ses précieux joujoux high-tech.

Terminator 2 : Judgment day - Blu-ray Steelbook - Studiocanal (2009)

À ce titre, une séquence présente au sein de la director’s cut du film (la seule véritable version pleine et entière de Terminator 2) et retirée non sans regret par le réalisateur pour satisfaire au dictat de la durée imposée en salles à l’époque (cf. le commentaire audio du DVD / Blu-ray) illustre à merveille ce concept matriciel du cinéma de Cameron : la scène où Sarah et son fils John décident d’ôter la fameuse puce du cerveau du T-800. Tourné avec le bon vieux système D (Linda Hamilton et sa sœur jumelle, Edward Furlong et sa doublure, Schwarzy et une marionnette de sa tête, le tout filmé à l’aide d’un panotage qui ne trahit en rien l’illusion de miroir), la séquence en question synthétise à elle seule toutes les préoccupations chères à la science-fiction : interroger le spectateur sur ses propres convictions vis-à-vis du monde dans lequel il vit. Faut-il se débarrasser des avancées technologiques détournées de leur fonction originelle et devenues néfastes pour l’Homme ou bien faut-il faire confiance à nos enfants qui sauront faire bon usage des créations de leurs aînés ?

À ce titre, et loin du simple Terminator gonflé aux hormones et nimbé d’un humour plus « grand public » auquel certains le réduisent bien trop vite, Terminator 2 se pose donc comme une œuvre phare du Septième Art, a fortiori de science-fiction et, in fine, de toute la filmographie de James Cameron dont l’unique objectif a toujours été de conter des histoires fortes emmenées par leurs personnages, indépendamment de la technique employée.

Terminator 2 : Judgment day - Blu-ray Steelbook - Studiocanal (2009)

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