Terminator saga

Terminator : To be or not to be, la saga au fil du temps

Trois décennies (trente et un ans pour être exact). Cela fait déjà plus de trois décennies depuis qu’un cyborg mono-syllabique lancé aux trousses d’un couple dans les rues diurnes de Los Angeles a débarqué sur grand écran. Depuis, pas moins de cinq longs-métrages Terminator ont vu le jour (et le compteur tourne toujours). Retour sur les hauts et les bas de cette saga mythique…

1984 : Un illustre inconnu du nom de James Cameron n’ayant qu’un seul long-métrage à son actif (le nanar Piranha 2) vient de donner naissance à un mythe : le Terminator. Doté d’un budget dérisoire en regard des autres productions du genre à l’époque (6,4 millions de dollars) et d’une tête d’affiche bodybuildé au fort accent autrichien et au nom de famille imprononçable (un certain Arnold Schwarzenegger), le film est instantanément intronisé au panthéon des œuvres cultes de la SF. Peu importe les incohérences spatio-temporelles à se faire retourner Einstein dans sa tombe (le père du futur leader de la résistance n’est pas encore né en 1984), le public suit en masse aux quatre coins du monde. La saga Terminator vient de débuter et avec elle la carrière de ses principaux artisans, à l’écran mais aussi en coulisses : James Cameron, Stan Winston, etc.

1991 : L’une des suites les plus attendues du Septième Art débarque dans les salles : Terminator 2, le jugement dernier (T2 pour les intimes). Mais cette fois, la donne n’est plus du tout la même car entre temps, les deux chevilles ouvrières de la saga sont devenues des personnalités très en vue à Hollywood mais aussi et surtout de véritables gouffres financiers. Nouvelle star du cinéma d’action, Arnold Schwarzenegger (Schwarzy pour les intimes) empoche des salaires de plus en plus mirobolants tandis que James Cameron (Jimbo pour les intimes) est réputé tyrannique sur les plateaux de ses productions aux budgets inflationnistes (Abyss deux ans plus tôt). Dès lors, l’enveloppe de Terminator 2 explose et grimpe à plus de 100 millions de dollars. Un record pour l’époque. Quinze iront au seul salaire de Schwarzy et vingt aux effets spéciaux. Mais à l’arrivée, le résultat est là. Confirmant son statut de faiseur de suites réussies (Aliens, le retour), Jimbo délivre un deuxième volet souvent considéré comme supérieur à l’original mais aussi et surtout accouche de ce que le monde du Septième Art s’accorde à décrire pour le meilleur et pour le pire comme une véritable révolution technologique dans l’industrie du cinéma. En matière d’effets spéciaux, il y aura désormais un avant et un après Terminator 2.

Terminator 2 - Affiche

2003 : La donne a de nouveau changé du tout au tout lorsque Terminator 3, le soulèvement des machines atterrit dans les salles. Jadis superstar du box office, Schwarzy doit désormais se rabattre sur des Mister Freeze pour atteindre péniblement les 100 millions de dollars de recettes US et le million d’entrées en France. Soit tout le contraire de son pote Jimbo, nouveau « King of the world » après le plus gros succès de toute l’histoire du cinoche avec un certain Titanic. Mais le problème entourant ce troisième opus n’est pas là : la franchise a sombré dans les limbes d’un imbroglio autour de ses ayants-droits tandis que Cameron ne voit plus vraiment d’intérêt à revisiter le film qui fit sa renommée, estimant avoir bouclé la boucle avec Terminator 2. Et si Jim n’est pas de la partie, Linda Hamilton et Schwarzy n’y voit guère d’intérêt eux aussi.

Peu importe : sitôt les problèmes juridiques réglés, de nouvelles recrues se portent volontaires. À l’écran tout d’abord avec un John Connor qui prend désormais les traits d’un certain Nick Stahl en lieu et place d’Edward Furlong parti en cure de désintox pour la nième fois. En girlfriend du futur Che Guevara post-apocalyptique, Claire Daines endosse le costume d’une certaine Kate Brewster, une fille qui a du chien, tandis que Sarah Connor aura simplement droit à une petite plaque dans un caveau puisque Linda Hamilton ne souhaite point revenir. La petite « révolution » du film vient du robot tueur de l’histoire qui, du tétanisant T-1000 incarné par Robert Patrick dans Terminator 2, devient désormais une Terminatrix, aussi affriolante côté physique (la top model Kristanna Loken, capable de passer du 95C au 105D en un clin d’œil) que destructive avec son avant-bras en forme de rayon à plasma façon Cobra (le manga de Buichi Terasawa).

En coulisses, Jonathan Mostow, réalisateur de l’excellent U-571, a la lourde tache de mettre en images le scénar pondu par John Brancato et Michael Ferris (Traque sur internet, aïe ! The Game, déjà mieux). Quant au mythique T-800, Schwarzy se laisse finalement convaincre par un joli chèque de près de 30 millions de dollars (un nouveau record) pour finalement en redonner de sa poche en contrepartie d’un tournage intégral dans la région de Los Angeles en lieu et place d’un Canada moins onéreux fiscalement. Le budget total culmine tout de même à 200 millions de dollars. Terminator 3 marquera la toute dernière apparition en tête d’affiche du futur Gouvernator de Californie qui s’offre là l’une des campagnes électorales les plus chères de l’histoire avec pour discours sous-jacent : « Los Angeles reste la Mecque du cinéma ».

Pendant ce temps-là, les fans fustigent : « Un Terminator sans Cameron, Schwarzy et Hamilton n’est pas un Terminator » se calmant à peine lorsque l’ex Monsieur Univers finira par dire « oui ». Et le projet Terminator 3 de devenir l’une des suites les plus persona non grata de l’histoire. Pourtant, à l’arrivée, le public répond présent et tout le monde s’accorde à dire que Mostow a relevé haut la main le défi à priori insurmontable qui se présentait à lui, répondant même du berger à la bergère en proposant quelques SDM (Scènes de Destruction Massive) au moins aussi jouissives que celles de Terminator 2 et bien que le résultat final ressemble quand même plus ou moins à un copier/coller de toutes les séquences emblématiques des deux premiers opus.

Terminator 3 - Le soulèvement des machines - Affiche France

2008 / 2009 : Mario Kassar et Andrew Vajna, producteurs de la saga depuis Terminator 2, n’ont de cesse de boire le calice jusqu’à la lie. Sur le petit écran tout d’abord avec l’arrivée sur la chaîne américaine FOX des Chroniques de Sarah Connor en janvier 2008. Faute d’audiences, cette série très moyenne en dépit de quelques bonnes idées n’ira pas au-delà de la trentaine d’épisodes. Sur grand écran ensuite avec la mise en chantier d’un quatrième long-métrage qui s’accompagne d’une nouvelle table rase du côté des intervenants. Réalisateur du diptyque joyeusement crétin Charlie et ses drôles de dames 1 & 2, McG prend place derrière la caméra tandis que le nouveau Batman, Christian Bale, entre dans la peau de John Connor aux côtés d’un newbie inconnu du grand public, Sam Worthington, véritable révélation d’un film qui aura in fine fait davantage parler de lui en coulisses qu’à l’écran. La gueulante de Bale sur le plateau n’aura ainsi eut d’égale que le concours de « celui qui a la plus grosse » auquel se seront livrés McG et Michael Bay dans la confrontation de leurs deux films : Terminator 4, rebaptisé Terminator Salvation en VO (Terminator renaissance en VF) et Transformers 2.

Pour autant à l’arrivée et à condition de faire fi des filiations avec le « mythe Terminator » originel, Terminator 4 se révèle un divertissement assez agréable, McG livrant un film à nouveau aussi fun que bourrin. Ce que les blockbusters hollywoodiens nous ont servi de plus honorables en 2009 là où toutes les autres pseudo-suites de l’année s’enlisaient dans un marasme créatif souvent peu avenant mais de toute évidence au goût du public à en juger par les chiffres au box office : L’Age de glace 3, Harry Potter 6, Fast & Furious 4, La Nuit au musée 2… sans oublier bien sûr Transformers 2, sans doute la plus grosse vidange de l’été 2009. Hasard ou coïncidence, six ans plus tôt, Bay accouchait d’une autre suite calamiteuse, Bad Boys 2, face à Terminator 3. Et si à l’époque les cyborgs l’avaient emporté au box office (433 millions de dollars de recettes mondiales contre 273 pour les pitreries du duo Will Smith – Martin Lawrence), les belles carrosseries de Transformers 2 auront eu raison cette fois du Terminator (832 millions de dollars de recettes mondiales contre 371 pour Terminator 4). Maigre consolation : les adieux du légendaire Stan Winston qui contribua là à son ultime long-métrage.

Terminator 4 - Renaissance - Affiche France

2015 : Le Septième Art, et a fortiori Hollywood, se partage désormais entre les suites à gogo, soit en gros tous les films de super-héros, Marvel en tête, pour le résultat tant artistique que public que l’on sait, et les reboots et autres préquelles en tous genres. Terminator ne fait pas exception à la règle et aura donc droit à son reboot (ne pas dire « remake ») en bonne et due forme. Schwarzy, la soixantaine bien tassée, continue à balancer la réplique mythique qui fit de lui un acteur « culte » s’il en est : « I’ll be back ». Il est bien le seul à être de retour dans ce Terminator Genisys (anagramme à peine voilé de « genesis », soit « genèse » en français, c’est tout dire !), confié aux « bons soins » de Alan Taylor, figure de proue s’il en est de HBO puisqu’il a réalisé des dizaines d’épisodes de toutes les séries mythiques de la chaîne depuis près de vingt ans mais à qui l’on doit également le très fade (comme toutes les productions Marvel ?) Thor : Le Monde des ténèbres. Côté scénar, on trouve une certaine Laeta Kalogridis, déjà à la plume sur l’adaptation de Shutter Island (jusqu’ici tout va bien) ainsi qu’un dénommé Patrick Lussier à qui l’on doit entre autres Meurtres à la Saint Valentin 3D ou encore Hell Driver (là, ça va déjà moins bien).

Les « nouveaux geeks » de la Terre entière veulent y croire avec la présence en tête d’affiche, aux côtés de Schwarzy, de Emilia – Daenerys – Clarke (Game of Thrones, véritable phénomène planétaire du moment pour ceux qui n’auraient pas tout suivi). Les inconditionnels du diptyque originel (tel votre humble serviteur, NDR) sont quant à eux partis vomir à la découverte de la toute première bande-annonce en décembre dernier. Pour prévenir de tels symptômes, Paramount (le distributeur du film) a un remède infaillible : James Cameron en personne qui, suite à une projection privée, vante les mérites de ce Terminator Genisys à grand renfort de phrases chocs comme seuls les départements marketings en ont le secret : « Le film est très fidèle aux deux premiers. C’est un nouveau souffle pour la franchise, une renaissance. Si vous avez aimé les premiers Terminator… vous allez adorer celui-ci » (cette dernière citation ayant même été reprise sur les affiches placardées pour la campagne promo). Précisément, les adorateurs de la première heure en reste coi ! James Cameron était-il sous amphets avant d’assister à ladite projection (si la marchandise était l’œuvre d’un certain Heisenberg, on devine sans peine les effets dévastateurs) ? A-t-il été (grassement) soudoyé (une hypothèse bien entendu démentie par le PDG de Skydance Productions, David Ellison) ? Est-ce une doublure numérique qui s’exprime dans la vidéo en question ? En attendant de découvrir le désastre résultat final sur grand écran, l’adoubement par le père du Terminator a, à tout le moins, eu le mérite de faire son effet.

Terminator Genisys - Affiche promo France

2029 : Qu’importent les résultats en baisse au box office du troisième opus et des suivants. Désormais relancée, la saga est repartie de plus belle. Premier volet d’une nouvelle trilogie, Terminator 8, rebaptisé Terminator : Skynet vs J.C., sort dans les salles l’année même où la guerre du jugement dernier doit avoir lieu. Entièrement en 3D ultra-sense (une expérience sensorielle qui voit, entre autres, des bras cybernétiques agrippés les spectateurs à leurs fauteuils, dernière innovation high-tech imaginée par Jimbo), le film est désormais réalisé par Hanz Boll, fils de Uwe Boll et nouveau réalisateur culte auprès de toute une génération de jeunes cinéphiles élevés à grands renforts de YouTube sur smartphones.

Le film est par ailleurs entièrement financé par GAS : GooglAppleSoft, gigantesque consortium né de la fusion de Google, Apple et Microsoft en l’an 2025 et qui compte désormais plus de 4 milliards d’employés. Soit près de la moitié de la population mondiale, reléguant ainsi au simple rang de réalité qui dépasse la fiction l’Omni Cartel des Produits du joyau de Paul Verhoeven qu’est Robocop. Avec l’ensemble des maillons de la chaîne de production sous sa coupe, la multinationale fournit également l’intégralité du matériel : prise de vue, enregistrement sonore, société d’effets spéciaux, studio de mixage, etc. Afin d’obtenir l’approbation de l’association internationale WLIP (We Live In Peace), Terminator 8 ne laisse apparaître à l’image aucune trace de sang, d’arme à feux, de violence, de corps trop dévêtus, de personnages qui fument ou qui boivent de l’alcool et ne comporte dans ses dialogues aucune allusion, de quelque nature que ce soit, à ces différentes thématiques ni de connotations à caractère religieux, ethniques ou sexuels et encore moins, bien entendu le moindre juron. Le film sort dans les salles du monde entier le même jour : le 15 juillet 2029 dans une version de 45 minutes tandis que la version non censurée de 2h00 est mise à disposition quinze jours plus tard en vidéo (dématérialisée, les supports physiques ayant été définitivement mis au rebut en 2020).

Quant aux papis qui vouaient un culte sans borne aux longs-métrages de James Cameron, ils ont abdiqué depuis bien longtemps devant la toute puissance d’une société gouvernée par l’argent et le politiquement correct, préférant se repasser en boucle les deux premiers opus sur leurs platines Blu-ray souffreteuses tandis que les films suivants servent à caler le meuble de la télé LCD, elle aussi sur le point de finir au musée des antiquités…

TERMINATOR : LA SAGA EN CHIFFRES

Terminator
– Sortie en salles USA : 26 octobre 1984 (1.112 cinémas)
– Sortie en salles France : 24 avril 1985 (209 copies)
– Budget : $6,4M
– Recettes : $38M (USA), $78M (Monde), 3M d’entrées (France)

Terminator 2
– Sortie en salles USA : 3 juillet 1991 (2.495 cinémas)
– Sortie en salles France : 16 octobre 1991 (389 copies)
– Budget : $102M
– Recettes : $204M (USA), $519M (Monde), 6,1M d’entrées (France)

Terminator 3
– Sortie en salles USA : 2 juillet 2003 (3.504 cinémas)
– Sortie en salles France : 6 août 2003 (849 copies)
– Budget : $200M
– Recettes : $150M (USA), $433M (Monde), 3,3M d’entrées (France)

Terminator 4
– Sortie en salles USA : 21 mai 2009 (3.602 cinémas)
– Sortie en salles France : 3 juin 2009 (752 copies)
– Budget : $200M
– Recettes : $125M (USA), $371M (Monde), 1,5M d’entrées (France)

Sources : Boxofficemojo et CBO

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