Cannes 2016 - Jour 0

Cannes 2016 : Jour 0

Le festival ne commence pas avec les premières projections, en général réservées à la presse dès le matin ou au Marché du film, ni même lors de l’ouverture ultra-médiatisée du mercredi soir. Non, le festival commence lorsqu’en se promenant devant le Palais, les premières échelles, chaises et promontoires cadenassés les uns aux autres s’amassent et se déploient pour que les observateurs de stars lointaines puissent les approcher de leurs jumelles et autres appareils électroniques. Ceux-là ne voient guère les films, ils attendent leur dose de superficialité de longues heures pour quelques instants de paillettes. Puis, Cannes commence une deuxième fois lorsque le Stand Nespresso ouvre ses portes à l’intérieur du grand palais. Le café, bien plus que les stars ou les invitations aux soirées, est le meilleur ami du festivalier, c’est lui qui retarde sa déchéance physique autant que morale et qui lui permet de tenir sans sourciller pendant, par exemple, les trois heures du film de Cristi Puiu, Sieranevada, qui ouvrira le bal officiellement dès le lendemain.

SieranevadaSieranevada de Cristi Puiu

Trois heures d’un repas de famille roumain et très orthodoxe – dans les deux sens du terme – parmi les ruines historiques et sociales d’un Bucarest pourtant bien reconstruit depuis la chute du communisme. Trois heures pendant lesquelles, une dizaine d’individus vont exposer des problèmes plutôt communs, parler beaucoup, manger très peu, commémorer un mort récent et se livrer à des déboires sentimentaux et politiques. Pendant ce temps, la caméra du réalisateur enchaîne les longs panoramiques dans l’appartement étroit où se déroule bien 90% du film, séjournant régulièrement dans ce hall d’entrée, croisement entre toutes les directions et toutes les allées et venues. Elle se déplacera dans une autre pièce de temps en temps afin de suivre au mieux les gestes quotidiens de cette famille un peu beauf et très banale. En somme, on est devant quelque chose d’assez peu nécessaire, qui aurait pu durer 2 heures de moins ou de plus sans qu’on ne voit vraiment de différence au niveau du récit (mais on la ressentirait bien autrement). Une palme ? Qui sait…

Lire le dossier de presse cannois de Sieranevada en cliquant ici.

Les programmateurs ont eu la bonne idée de ne pas montrer Sieranevada pendant les derniers jours cannois, il en aurait achevé plus d’un. Heureusement le film d’ouverture a ravivé ce premier jour de festival. Café society est un Woody Allen de bon cru, l’histoire d’un juif New-Yorkais qui s’enfuit à Los Angeles pour s’apercevoir que cette ville n’est pas pour lui. Du déjà-vu ? Un peu mais on est content de retrouver Woody, et pour le reste on vous renvoie vers la critique de Sandy.

Cannes étant, cette année, très animé, avec quatre longs métrages et huit court-métrage d’animation dans les différentes sections, nous avons pris le temps d’arpenter les couloirs du Marché à l’affût de ce qu’il en était là-bas. Résultat : beaucoup de monstruosités en images de synthèse provenant de studios dont on taira les noms mais également quelques jolies choses. Pour commencer, deux trailers japonais. D’abord, celui de Your Name, le prochain film de Makoto Shinkai (5 centimètres par seconde), dans un style anime plutôt classique mais qui donne envie : deux adolescents s’aperçoivent qu’ils ont échangé leur identité et leur corps… Le film sortira au Japon fin août 2016.

L’autre étant Pigtails, un film entièrement dessiné à la main, dans un style qui rappellera davantage l’animation européenne que japonaise, sur une petite maison solitaire au bord de la mer après un désastre climatique qui n’est pas sans rappeler les récents problèmes japonais : nucléaire, tsunamis, tremblements de terre… Il s’agit des débuts comme réalisateur de Yoshimi Razy, animateur clé du Vent se lève de Miyazaki et son film, un court-métrage de 28 minutes, est issu des studios IG productions. Le film est sorti au Japon en octobre dernier. Si quelqu’un pouvait se décider à faire de même en France, ce serait certainement une excellente idée !

On terminera enfin par un espoir, celui de voir, peut-être, Loving Vincent ces prochains jours, un long-métrage polonais entièrement réalisé en peinture animée sur la vie de Vincent Van Gogh et inspiré de ses toiles…

(à suivre)

  Lâchez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *