La Planète des vampires - Une

Cannes 2016, jour 6 : Hommages aquatiques, poétiques et vampiriques

Alors que le nouveau film de Pedro Almodovar, Julieta, sort sur les écrans Français en même temps qu’il est présenté en compétition en ce festival de Cannes 2016, nous avons plutôt choisi d’aller rattraper Paterson de Jim Jarmusch qui, contrairement à ce que nous disions hier, se déroule dans le Nord des États-Unis – note : ne plus écouter les conversations dans les files d’attente cannoises (et autres d’ailleurs).

Paterson - Cannes 2016Paterson de Jim Jarmusch

Nous verrons le mélodrame espagnol plus tard. Seule comptait hier la poésie de Jarmusch. En mettant en scène un poète chauffeur de bus de Paterson nommé Paterson incarné par Adam Driver, en couple avec la magnifique Golshifteh Farahani, personnage excentrique, faiseuse de cupcakes, amoureuse du noir et blanc et des formes qui se répètent, le réalisateur rend hommage à toute une génération d’écrivains et d’artistes qui l’ont clairement influencés. Tout son film montre son adoration à la poésie moderne américaine, celle qui va de William Carlors Williams à Allen Ginsberg, ainsi qu’aux dadaïstes et aux anarchistes. Driver se fait poète concret, influencé par le banal, la ville, la vie qui suit son cours tout comme l’était déjà Jarmusch dès Permanent Vacation. Son style, son quotidien voir son onirisme-réaliste sont à la fois fondés sur la répétition et la variation. Le cinéaste s’amuse de motifs qui se répètent de manière incongrue et amusante comme les jumeaux que le protagoniste voit partout, les paysages qui apparaissent sans cesse, les différentes scènes au bar avant qu’un « drame » se produise. Aucun doute, comme toujours, les adorateurs de Jarmusch se régaleront. Les autres peuvent passer leur chemin !

Cette sixième journée cannoise a également été l’occasion d’un hommage à deux cinéastes disparus. La première, l’Islando-américaine Solveig Anspach, qui a fait une grande partie de sa carrière en France, est décédée en août dernier alors qu’elle terminait le montage de L’Effet Aquatique, sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs. L’émotion était palpable au sein de son équipe, et son film est d’autant plus intéressant pour ceux qui ont suivi sa filmographie qu’il clôt une période, débutée avec ses deux comédies Back soon et Queen of Montreuil, comme s’il fallait éviter de laisser en suspend l’histoire de certains personnages. Comédie légère et décalée au ton proche de ces deux œuvres précédentes, L’Effet Aquatique en est une suite indirecte. Indirecte car il n’est pas nécessaire de les avoir vus pour l’apprécier et le comprendre, mais les références sont nombreuses.

Quinzaine des réalisateurs 2016 - L'Effet aquatiqueL’Effet Aquatique de Solveig Anspach

L’histoire débute à Montreuil et montre le coup de foudre de Samir, grutier, et d’Agathe, maitre-nageuse, deux personnages de Queen of Montreuil qui ne se rencontraient pas mais étaient liés à Didda, une islandaise un peu perdue dans cette ville de la banlieue parisienne. Didda est également l’un des personnages de ce film et on la retrouve avec les mêmes problèmes d’oies et de fils que dans Back soon. Le film, à l’image des œuvres précédentes, est une sorte de conte naïf et poétique, amusant et décalé, qui dresse une galerie de personnages secondaires lunaires et simplets. Le choix de certains acteurs, comme Estéban ou Philippe Rebbot, deux hauts perchés de la comédie d’auteur actuelle, en dit déjà long.

Lire le dossier de presse L’Effet Aquatique (Cannes 2016)

On a enfin pu assister à une séance spéciale de Cannes Classics avec la présentation par Nicolas Winding Refn d’une restauration 4K de La Planète des vampires de Mario Bava. Preuve encore que la SF et le film de genre sont à l’honneur cette année. Bava, décédé en 1980, est l’un des grands maîtres du giallo et de l’horreur gothique italienne des années 1960 et 1970 qui a réalisé chefs-d’œuvre (Opération peur, La Fille qui en savait trop, Lisa et le diable…) et nanars (Hercule contre les vampires). Winding Refn, en compétition avec Neon Demon qui sera présenté vendredi, a déclamé sans grande surprise son amour pour toute cette période et ce film en accusant Ridley Scott de l’avoir pillé pour Alien. Et il n’a pas tort tant les grandes lignes du scénario font penser à Alien mais aussi à Prometheus. La Planète des vampires fait partie des nanars de Bava mais il n’en reste pas moins intéressant notamment dans son approche des décors, des effets spéciaux ou des lumières, ainsi que dans le maniérisme dont il fait preuve, utilisant comme à son habitude zooms et ralentis exacerbés. On comprend le plaisir régressif qu’on peut éprouver devant un tel film qui fait clairement partie des œuvres qui ont pu influencer toute une nouvelle génération de cinéastes. On comprend également d’où vient la fascination de Ryan Gosling pour ce cinéma qui hante Lost River, jusqu’à avoir demandé à Barbara Steele, actrice du Masque du démon de Mario Bava, de jouer dans son film. Nicolas Winding Refn y est pour beaucoup !

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Parmi les bandes annonces et projets marquants du Marché, revenons un moment sur Funan de Denis Do présenté hier lors de l’événement Annecy goes to Cannes. Il s’agit du premier long-métrage animé coproduit par Les Films d’ici depuis Valse avec Bachir et à ce qu’on en a vu, il pourrait être un sérieux candidat à une sélection cannoise comme le fût le film d’Ari Folman. Denis Do raconte, de manière romancée, l’histoire de sa mère, cambodgienne, qui a été chassée de Pnom Penh en 1975 par les Khmers rouges en perdant un enfant sur la route. Les premiers tests de l’animation sont convaincants, jouant sur les grands aplats de couleurs plus que sur une animation de ligne. Le film est prévu pour fin 2017 et on pourra enfin savoir si d’autres que Rithy Panh peuvent s’attaquer à un tel sujet !

Une réflexion sur « Cannes 2016, jour 6 : Hommages aquatiques, poétiques et vampiriques »

  1. Le terme argotique et méprisant de « nanar » devrait être banni une fois pour toutes du vocabulaire de la critique cinématographique.
    Qu’un film de genre tel que LA PLANETE DES VAMPIRES soit ancien, que le genre en question, le fantastique, soit un genre populaire, que son budget soit celui d’une série B, ne permet pas de le qualifier ainsi.
    Je suppose que dans l’esprit de Nicolas, cet adjectif néologique est sans doute nuancé d’un aspect affectueux mais le plus simple serait d’y renoncer.

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