Macbeth - Cannes

Cannes 2015, jours 8 : Un peu de compétition officielle

Après s’être quelque peu laissé aller dans le hors compétition, le marché, Un certain regard et les sections parallèles, c’est le moment de revenir à la compétition officielle du festival de Cannes. Aujourd’hui, ce sera trois films à propos desquels nul ne semble être d’accord. Alors que les avis, positifs ou négatifs, sont généralement suivis par beaucoup, que ce soit l’incompréhension quant au Gus van Sant ou au Matteo Garrone ou les applaudissements suite au Nanni Moretti et au László Nemes, certains films recueillent des opinions fortement divergentes. C’est le cas du pseudo norvégien Plus fort que les bombes de Joachim Trier, du faux italien Youth de Paolo Sorentino et de l’Anglais MacBeth réalisé par un australien avec un acteur allemand et une actrice française. Serait-ce parce qu’ils ne savent pas où donner de la tête qu’ils perdent un peu de leur identité ?

Plus fort que les bombes - Affiche Cannes

On avait adoré Oslo, 31 aout, le précédent film de Joachim Trier, sur un homme sorti de prison, abandonné de tous et perdu dans la capitale norvégienne. Avec Louder than bombs on a l’impression que c’est le cinéaste qui ne sait plus où il en est. Son film, coproduction norvégienne et française, se déroule aux États-Unis et suit une famille en crise. Le père, à moitié dépressif, aide à préparer une exposition sur les œuvres de la mère décédée, une photographe de guerre célèbre. Son plus vieux fils vient d’avoir un enfant et  subit une crise existentielle en se replongeant dans son univers enfantin et le plus jeune, ado à qui on a menti sur les causes du décès de sa mère, est en pleine période de rébellion. En somme, tout fout le camp. On perçoit quelques traces du Trier qu’on aimait avec certains moments épatants dans la réalisation, des déambulations amusantes dans des existences différentes, quelques moments justes et touchants et une petite réflexion sur le pouvoir des images face à la mémoire.

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Mais cette dernière n’est pas assez poussée, les clichés surannés sur le deuil abondent, ces existences ne volent jamais en éclat et sont incapables de se reconstruire, s’enlisant dans le vide. En somme, on reste dans quelque chose de poussiéreux, lent et peu intéressant. Et la grande question : pourquoi faire ça en Amérique du Nord et en langue anglaise avec des acteurs irlandais (Gabriel Byrne), français (Isabelle Huppert) et américain (Jesse Eisenberg) ? Certes, il se vendra sûrement mieux, mais c’est un film qui parle aussi de déterritorialisation et pour qu’elle existe, il faut d’abord s’emparer d’un territoire. Et si les villes et les lieux sont d’autant plus cinégéniques que les réalisateurs les connaissent et se les approprient, ici, à trop voyager, Trier perd quelque chose.
Youth - Affiche Cannes
Avec Youth, Paolo Sorrentino réalise encore un film qui ressemble à une publicité géante pour un produit de luxe indéterminé à défaut du film choral sur la jeunesse, la richesse et la vieillesse qu’il cherche à être. Pendant près de deux heures on affronte donc sa mise en scène grandiloquente aux jolies images qui ne servent à rien car tout ce qu’il nous montre semble terriblement artificiel, mort et sans fond. Heureusement, parfois il se calme. Il arrête ces plans vains et inutiles, vides descriptions d’un lieu pour le repos et la détente de personnes aussi riches que dépressives, et ce qui doit arriver, arrive alors : on a droit à des moments magiques, tragi-comiques ou juste émouvants, issues de quelques lignes de dialogues et d’un peu de musique.
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Cela dure souvent trente secondes ou deux minutes, rarement plus. On en compte quatre ou cinq pendant le film mais ça reste suffisant pour qu’on le regarde jusqu’au bout. Et puis, au delà de la léthargie que le film inspire et de la vacuité de ce monde où les gens ne font que parler et se morfondre pour rien (avec un semblant de réflexion sur l’écriture et le cinéma qui ne va guère loin), on a quand même droit à une bande son excellente et un casting de premier ordre. D’abord Michael Caine, parfait même quand le rôle ne l’est pas, puis Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano et Jane Fonda (oui ce film, tourné en anglais en Suisse, est italien) sont également impeccables. Pour ceux qui aurait vu l’Ours d’or 2005, le sublime film bosniaque Sarajevo, mon amour, on verra également dans le rôle de la masseuse (peut-être l’un des rôles les plus intéressants car presque muet et invisible et le plus « touchant »), Luna Zimic Mijovic qui y interprétait la jeune protagoniste.
Macbeth
Après Les Crimes de Snowtown en 2011, voilà que Justin Kurzel revient avec une adaptation du classique de Shakespeare, MacBeth. Que le film ait divisé c’est un fait, soit encensé soit haï, la critique est à l’image du film : sans véritable juste mesure. Ceux qui ont vu les adaptations de Welles et Polanski ou qui adorent le texte original devraient peut-être éviter le film de Kurzel ou laisser leurs références de côté. Le cinéaste reprend certes les dialogues mais il tranche dans le texte afin d’offrir quelque chose de différent, de plus sombre, cruel et enragé. Aucune trace d’humour ici, juste la solitude et la psychose interminable d’un couple royal. Le film est lent et prend son temps, il regorge d’idées visuelles et il montre des cadavres et des êtres meurtris en posant un regard vide et sombre sur un individu, ses guerres et sa folie. Au sein d’une compétition centrée sur la mort, MacBeth était une sorte d’apothéose mais pourtant ce qui fait la force du film ce n’est pas la violence et l’horreur, mais plutôt sa réalisation pesante comme si le film portait le monde à bout de caméra et que tout menaçait de se fissurer et de s’écrouler : ses couleurs intenses aux limites de l’abstraction, la noirceur des décors intérieurs face à la blancheur de certains moments. Tout est extrêmement travaillé et soigné, les seconds rôles sont excellents, peut-être plus que les acteurs qui incarnent MacBeth (Fassbender) et Lady MacBeth (Cotillard), auxquels on ne reproche rien sinon de ne pas exceller en s’appropriant toute la force engendrée par la mise en scène.
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Demain, on quittera la compétition pour des choses plus courtes et plus animées. (à suivre)

 

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