Bon-Dieu-1

Oui Monsieur Béglé, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu est indigne des César !

Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas lire comme c***. Jérôme Béglé, apparemment Directeur adjoint de la rédaction au Point, vient de se répandre au sein de son mag sur Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? et les César (au passage c’est sans s à la fin les César). Ce journaliste qui semble-t-il s’y connaît grave en cinéma vient donc donner des leçons au secteur en s’indignant que le film de Philippe de Chauveron ne soit pas nommé une seule fois eu égard à son statut de plus grand succès au box-office français de l’année 2014. Débat récurrent, débat aussi rance que le propos du film, débat aussi bas du front que l’auteur de l’article.

Si un jour, on m’avait dit que j’écrirai un petit billet défendant les César, voire l’état très critiquable du cinéma français actuel, j’aurais rigolé au nez de l’outrecuidant. Et pourtant. Du coup, je pose juste une question. Qu’aurait à gagner Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? à être nommé aux César ? N’a-t-il pas tout emporté sur son passage en réunissant plus de 12 millions de spectateurs ? N’a-t-il point remporté son pari sur tous les tableaux avec en plus un joli doigt d’honneur en direction justement de toute cette clique de producteurs français qui se repaissent et/ou se vautrent dans les aides et subventions pour mettre en chantier des films pour lesquels ils n’auront donc pas déboursé un centime et que personne n’ira voir sinon les copains et la famille (et encore en étant invité) ?

De plus Monsieur Béglé, si vous suiviez un tantinet l’histoire de ce raout annuel, vous conviendrez que votre constat est loin d’être une première. Bienvenue chez les Ch’tis avait en effet bénéficié des mêmes égards des votants à une nomination près. Dany Boon était même venu s’en expliquer avec humour sur scène, éteignant du même coup la polémique qu’il avait lui-même initié. Après, on vous fera remarquer que La famille Bélier, deuxième au box office 2014, est nommé six fois et pas dans des catégories techniques. Et que peut-être le film d’Éric Lartigau avait plus de profondeur et de qualités intrinsèques pour figurer parmi certaines short list des votants avant l’élection finale.  Peut-être.

Je ne m’aventurerais pas plus que cela sur le versant politique de l’article (ce n’est pas ma spécialité) mais pour ce qui est de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? et de sa mise à l’index du racisme ordinaire siphonnant au passage le fonds de commerce d’une gauche cinéphile, il semble que l’on n’a pas vu le même film. Il n’est justement question ici que de cette France hermétique et communautariste cultivée par la droite de peur de voir son électorat partir du côté du FN. Cette France s’est reconnue dans le film de Philippe de Chauveron. Elle a pu rire tout haut de blagues racistes proférées tout bas ou entre soi. Et c’est un homme de droite qui écrit ces lignes. Un homme qui a mal à sa France depuis trop longtemps. Si l’Académie des César, institution qui par ailleurs m’indiffère au plus haut point, laisse à sa porte ce genre de films, et bien je dirai qu’il lui reste ou qu’elle a acquis une utilité. Et pas des moindres.

Et puis vous stigmatisez une production française gavée de ses subventions au service de films que personne n’ira voir. Certes. Mais est-ce que vous pensez qu’en produisant ce genre de films, on élève notre cinéma ? Pensez-vous qu’il s’agit là de prendre des risques ? Pensez-vous que TF1 en devenant partenaire TV de ce genre de film prend des risques ? 2014 a été marqué par un regain des comédies françaises dont trois trustent les trois premières places. Car vous oubliez dans votre diatribe Supercondriaque, autre perle de notre cinéma national qui a récolté plus de 5 millions d’entrées. Étonnamment vous n’en parlez pas. Et pourtant ce film signé Dany Boon (encore lui) n’est pas nommé une seule fois lui-aussi. Le partenaire TV est pourtant le même (TF1), Pathé remplace UGC ici et le tout a couté la bagatelle de 31 millions d’euros. Au-delà, vous pensez sérieusement que les boîtes de prod qui sont derrière ces films n’ont pas bénéficié de la manne du CNC, de crédits d’impôts et autres emprunts du type SOFICA justement ? Vous pensez vraiment que ces films n’ont pas eux aussi profité du « système » que vous semblez connaître sur le bout des doigts ?

À vouloir opposer un cinéma subventionné comme vous dites à un cinéma populaire, clairvoyant et ne s’appuyant que sur des fonds privés, vous n’y êtes pas du tout. Il s’agit là d’une même hydre à deux têtes. Nantis contre nantis se nourrissant avec gloutonnerie sur le dos d’un même système. UGC, tout comme Pathé, sont des « institutions » aux abois. Pour un film gagnant, combien d’échecs tous aidés par le CNC en 2014 ? Avec ce genre d’article vous faites exactement ce que provoque Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? Au mieux, un fou rire communautariste, au pire une perpétuation du malaise social clivant qui s’abat irrémédiablement sur notre pays tel un retour de bâton post 11 janvier (avec quelques relents pétainistes, oui ça je vous l’accorde, votre article dit vrai ici). On s’y attendait, mais pas avec une telle maladresse putride et inculture crasse.

Je ne vous embrasse pas Monsieur (tradition dans le cinéma).

2 réflexions sur « Oui Monsieur Béglé, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu est indigne des César ! »

  1. je suis tombé par hasard sur cet article du point et j’ai ete sidere.on nage en plein poujadisme.quand à ce film il est vraiment consternant.
    concernant les chiffres d’entrées,tout cela est faussé depuis l’apparition des cartes illimitées.

  2. Positif a écrit un superbe article sur le peu réellement accompli par Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu et c’est très juste aussi.
    J’ai entendu il y a peu une « liste des films étonnamment absents des César ». Lucy, Qu’est-ce qu’on a fait, etc. Etonnamment, on ne nomine pas forcément les trucs tout pourris. Qui l’eut cru lustucru.

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