Anderson Falls - Image une - Ep3

Journal de bord Anderson Falls de Julien Seri – Épisode 3

On est à quelques heures du premier « Moteur, ça tourne, action » de Julien Seri pour son Anderson Falls. Malgré les journées qui doivent être ultra denses, la finale de la CPM, un timing de tournage qui s’annonce de plus en plus serré, il a pris le temps de nous envoyer le texte que nous reproduisons in-extenso ci-dessous. Mais pas que, puisque vous trouverez aussi pas mal de photos ainsi que des petites vidéos prises sur le vif où Julien nous emmène sur quelques uns des décors en cours de repérage de son film.

Anderson FallsEssais caméra et lumière

 

Faire un film est hyper facile. Un bon, c’est plus compliqué.

Samedi 14 juillet.
Nous voici à 4 jours du tournage.

Sommes-nous prêt ?
Bien sûr que non !
Avons-nous tous nos décors ?
Bien sûr que non… Mais presque !
Ai-je vu les costumes finalisés du film ?
Bien sûr que non ?
Avons-nous préparé les scènes d’action du film ?
Bien sûr que non !

J’aurais eu en gros deux semaines de préparation pour ce film.
Et j’ai droit à 18 jours de tournage au lieu de 20.

Voila pourquoi je dis constamment que c’est facile de faire un film, mais que d’en faire un bon est très compliqué.

Anderson FallsAvec Shan Liljestrand, un jeune chef opérateur très doué. © Julien Seri

 

Alors oui nous sommes sur un film indépendant, oui nous allons devoir improviser, s’adapter et dominer, oui nous allons devoir batailler chaque jour… J’ai demandé à travailler 2 samedi, on ne m’a pas dit non mais on ne m’a pas dit oui, une seconde caméra pour deux scènes qui bougent…. On m’a finalement dit non ce matin pour tout ça. À 4 jours du tournage. Mais tout cela j’ai bien entendu l’habitude. 25 ans passés à réaliser des films professionnellement. Des gros budgets, des petits… J’ai vécu des tournages heureux, d’autres moins, j’ai même eu un directeur de production qui un jour m’a dit en plein tournage que la prod lui donnait 10% de tout ce qu’il ne dépensait pas. Autant vous dire qu’il n’a pas mis beaucoup de sous pour le film.

Bref, j’ai quelques longueurs d’avance.
On appelle ça l’expérience.

En 2014, avec une équipe de malade nous avons fait Night Fare en 3 mois. Du premier mot posé sur le script jusqu’à la fin du tournage, 3 mois. Et c’est le film dont je suis le plus fier.

Lundi soir nous allons avoir la première rencontre avec tous les acteurs.
Une lecture du script entouré des 5 producteurs.
J’ai tout de même rencontré Shawn Ashmore la semaine dernière. Un mec en or, hyper ouvert aux suggestions du réalisateur, ouvert sur l’idée d’expérimenter, sur ma vision de metteur en scène, sur la moindre de mes idées. D’un regard lors de notre premier Facetime il y a 2 mois, on avait connecté. L’impression de se connaître depuis longtemps. Et puis notre X-Men avait kiffé Night Fare. Ça donne des ailes.

Mercredi sera donc notre première journée de tournage. Un face à face entre le héros et un des méchants du film. L’immense Gary Cole. De longues pages de dialogues intenses dans une pièce fermée. Ça va être étouffant. Il va falloir être singulier et pertinent.
Mais ça vous en saurez plus la semaine prochaine.

Ne croyez pas que je sois négatif hein… Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de défis. Mais j’aime mettre des mots sur les choses, sur ce que l’on vit.
Ça me permet de rester dans le réel et de ne surtout pas sous-estimer l’ampleur de la tâche.

Anderson FallsNotre caméra. J’avais demandé deux cam sur 4 jours. J’ai appris hier que je ne l’aurais pas. © Julien Seri

 

Anderson Falls sera donc un immense défi. Mon premier film Américain, le plus ambitieux, mais celui où j’aurais eu le moins de temps pour préparer.
Dingue, mais c’est ainsi. On fait comme on peut avec ce que l’on a quand on en a l’opportunité. Et l’opportunité mérite la bataille qui m’attend.

Mon point de vue sur ce nouveau film est d’être à la fois simple et intense.
Chaque plan fera sens et ne pourra être enlevé du montage.
Je sens que ce film sera mon plus mature.
D’un côté c’est plutôt rassurant me direz-vous. J’ai l’âge de la maturité.
Je serai le plus âgé du plateau. Dire qu’à mes débuts chez Téléma avec Catherine Barra, Isabelle Fayard et Farid Chaouche, on m’appelait Baby Director. Là on commence à m’appeler Gran’Pa. RHOOOOOOOOOOOOO !!!!!!!!!!!

Mais aujourd’hui, à L.A., j’ai la sensation d’être à ma place. Que mes 25 ans de carrière m’ont emmenés ici. Sur ce film.

Anderson FallsSérie C Anamorphique… On a rajouté un 28mm. © Julien Seri

 

En 2016, avec mon producteur de l’époque, Jérôme Salle, j’ai quitté S.M.A.R.T. Chase (rebaptisé The Shanghai Job) avec Orlando Bloom, car en pleine préparation j’ai senti que la production Chinoise ne voulait pas faire LE film… Mais UN film. Mon instinct me disait UN mauvais film.
Ils étaient passé de 30 millions de dollars à 3 millions au bout de 4 semaines de prépa. THE blague. Comme ça, l’air de rien… Et avec le sourire.
Je ne voulais pas être le réalisateur du plus mauvais film d’Orlando Bloom.
Par respect pour lui et pour Jérôme qui m’a fait confiance sur la base d’un petit film tourné entre potes un été en région Parisienne, j’ai préféré rentrer en France sans avoir réalisé ce film. Au final ils ont dépensé 16 millions et ont livré une merde, malgré l’arrivée d’un excellent réalisateur. Je me dis que notre instinct a été notre meilleur gardien.

Je suis donc ici pour tourner un film en Anglais, sobre, sec et nerveux en 18 jours et avec deux semaines de préparation.
Comment tourner cette folie en avantage ?
Déjà nous avons des acteurs démentiels, des décors sublimes (la base), une équipe ultra motivée et un réalisateur qui a du métier.
3 prises par plan. Ça réduit beaucoup le champ des possibles. Mais ce sera bénéfique pour le film.

Anderson Falls

Je vois bien que ce film devra être tourné comme un braquage. Le timing étant notre principal ennemi. TIC TAC TIC TAC…. Ma force c’est ma capacité à m’adapter et à rebondir face aux galères. Comme De Niro dans Heat, je vais tirer à vue et sortir de cette épreuve avec le magot. Mon avantage par rapport à De Niro, c’est que je n’ai rien à fuir, jamais rien fait de mal, j’ai des gens aimants autour de moi, une famille soudée et des amis qui viennent aux nouvelles tous les jours. Les vrais me disent qu’ils sautent dans un avion si j’ai besoin.

Allez, derniers jours, dernières heures avant le premier ACTION que vous aurez en exclu dès mercredi.

Bref, je suis un privilégié.

Et nous aussi pour le coup…

(Ci-dessous) Des photos prises lors de nos repérages.
Des instants volés ou même certains cadres qui seront dans le film. N’ayant pas eu le temps en deux semaines de prépa de faire un découpage du film, j’aiguise mon œil en suivant mon instinct et en me laissant guider par la beauté de mes décors.
Le découpage du film sera très sobre. Il variera car je vois ma time line comme une partition musicale. Je veux utiliser le scope dans une écriture différente de mes précédents film. Mais tout en gardant un regard très personnel. Je pense que je n’aurai sur ce film, très peu, voir aucun plan qui ne sera pas monté.
Je n’aurais pas ce luxe.
La dernière photo c’est Juliette Armangau qui nous a rejoint depuis Paris, en mode réal du futur making of.

 Liens vers les vidéos :

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