Il était une fois Sergio Leone - Image une news expo

Il était une fois Sergio Leone – Exposition à la Cinémathèque

L’expo consacrée à Sergio Leone qui s’ouvre ce mercredi à la Cinémathèque pour un trimestre entier est indubitablement une réussite. C’est que, à la différence (au hasard) de celle consacrée à Clouzot un peu plus tôt cette année, celle-ci prend ses aises en matière de place. Et mine de rien c’est une donnée qui compte. Surtout quand il y a du monde qui s’agglutine derrière une photo ou un écran de télé. On peut très vite perdre patience et retrouver l’air libre avec soulagement. L’expo est ordonnancée en cinq salles pour autant de thématiques aux volumes variables mais toujours mises en scène de façon ludiques, didactiques et au final assez passionnantes et ce quel que soit son degré de connaissance du cinéaste et de son œuvre. Si regret il devait y avoir, ce serait que cette déambulation au cœur d’un pan iconique du cinéma mondial ne s’étire pas plus longuement dans l’espace et dans le temps.

Il était une fois Sergio Leone - Affiche expo Cinémathèque

Gian Luca Farinelli, le commissaire de cette expo dont c’est ici la première étape avant une tournée mondiale, ne disait finalement rien d’autre lors du point presse qu’il a donné en compagnie de Frédéric Bonnaud, le directeur des lieux. Lui-même aurait aimé bénéficier d’une ou deux salles supplémentaires ne serait-ce que pour aborder plus en détail la période péplums qui n’est donc ici que survolée. Il est vrai aussi qu’entre la fin des années 50 et la réalisation en 1964 de Pour une poignée de dollars, il y aurait de quoi monter une expo à elle toute seule. Celle-ci d’ailleurs n’adopte pas littéralement un fil rouge chronologique. Disons qu’elle navigue au sein de la filmographie de Leone tel des repères essentiels mais qu’elle ne s’interdit jamais des digressions et autres prospections plus analytiques.

La première salle intitulée Citoyen du cinéma aborde ainsi la jeunesse du cinéaste. On y trouve des photos de son père Vincenzo Leone dit Roberto Roberti qui était un acteur et un réalisateur connu et reconnu au temps du muet et de sa mère Edvige Valcarenghi, actrice très célèbre de la même période dont le nom de scène était Bice Waleran. On découvre aussi un Leone en culotte courte mais surtout quelques clichés du premier western italien, La Vampire indienne qui est réalisé en 1913 par son père et dans lequel sa mère tient le rôle de l’Indienne. Comme quoi…

Il était une fois Sergio Leone

La deuxième salle intitulée Les sources de l’imaginaire s’emploie à traquer les influences et sources d’inspiration qui ont régies sa vie d’artiste. Entre les films de Ford, Curtiz, Chaplin mais aussi les romans de Dos Passos, Hemingway Chandler ou Scott Fitzgerald, on a très vite saisi que l’Amérique est la clé de voute de tout. Mais l’Ouest fantasmagorique et mythique que se sera forgé Leone s’inspire aussi de maîtres comme Kurosawa, des BD italiennes de sa jeunesse, de Cervantes, de Homère sans parler de peintres tels que Degas ou Goya. L’expo propose alors plusieurs « postes » vidéos où les références deviennent évidentes et sautent littéralement aux yeux. On a ainsi en tête cette scène d’exécution dans Il était une fois la révolution qui renvoie directement au tableau de Goya intitulé El Tres de Mayo. Il y a aussi ce montage avisé qui met en valeur certains plans, certaines séquences de Pour une poignée de dollars identiques à ceux que l’on trouve au sein de Yojimbo de Kurosawa, film qui avait marqué aux fers rouges Leone au point donc d’en réaliser un remake à peine déguisé. Il y a d’ailleurs entre autres documents dans cette salle la lettre signée de Kurosawa qui autorise la société de production du film à exploiter Pour une poignée de dollars après quelques années d’arguties juridiques. En contrepartie de quoi, la société de production japonaise pouvait exploiter le film de Leone au japon sans payer un centime de royalties.

Il était une fois Sergio Leone

La troisième salle intitulée Laboratoire Leone est la plus vaste. Elle tourne surtout autour de Il était une fois dans l’Ouest. Elle est la plus classique aussi puisque l’on y trouve ce que l’on est en droit d’attendre d’une expo de cette ambition entre les costumes emblématiques du film, les armes utilisés lors du tournage et quelques extraits vidéo qui montrent si besoin était toute la majesté virtuose de la mise en scène de Leone. Mais ce qui nous a en fait le plus impressionné est la valise de tournage du célèbre chef-op Tonino Delli Colli qui signera aussi la photo de Il était une fois en Amérique. Y sont en effet amoureusement exposés les outils de travail qui l’auront accompagné sur ses tournages entre les filtres de couleurs, le trépied caméra, un minolta color meter…

Il était une fois Sergio Leone

Y est aussi fait une petite place à la musique de Morricone qui participe comme on le sait à l’univers de Leone. Là aussi on aurait aimé une salle dédiée qui de toute façon n’aurait pas été suffisante. C’est la partie de l’expo la moins inspirée avec des reproductions de partitions jetées en pâture avec peu de contextualisation et un petit mur de pochettes de 45T et 33T sympathiques mais qui n’apportent pas grand chose d’un point de vue didactique. Ah si quand même, il y a une reproduction de dingue que l’on ne connaissait pas où l’on voit Morricone et Leone posant pour une photo de classe. Ils sont en primaire. Ils ne sont pas amis et ne se retrouveront que bien plus tard quand la société de production de Pour une poignée de dollars impose Morricone pour la musique du film…

Il était une fois Sergio Leone

La quatrième salle est elle totalement dédiée à Il était une fois en Amérique. Elle est, elle aussi, majestueuse. Pour ceux qui ont la dernière édition Blu-ray avec les 25 minutes retrouvées et intégrées au montage final et la flopée de suppléments qui l’accompagne, vous n’apprendrez rien de nouveau. Mais vous aurez la joie de découvrir grandeur réelle des croquis des décors, des éléments de ce même décor, des photos de De Niro majestueuses, des costumes…

Il était une fois Sergio Leone

Enfin, la cinquième et dernière salle explore les ultimes années de la vie du Maestro consacrées au projet titanesque de filmer le siège de Stalingrad par les Nazis entre 1941 et 1944. Un truc aussi dingue que le Napoléon de Kubrick. Mais Leone mourra d’une crise cardiaque en 1989 à l’âge de 60 ans alors qu’il regardait sur sa télé Je veux vivre ! de Robert Wise. La légende pouvait dès lors naître.

On s’en voudrait de terminer ce petit papier sans mentionner la mise en ligne sur le site de la Cinémathèque d’une Master Class donnée en 1986 par Sergio Leone à La Cinémathèque quand celle-ci était encore à Chaillot. C’était pour les 50 ans d’une institution déjà vénérable et c’était pour rendre hommage à Henri Langlois disparu trop tôt. C’est tout simplement passionnant et jusqu’ici totalement inédit. L’auteur de ces lignes s’en souvient. Il avait alors 16 ans. Il avait séché une après midi de cours de seconde à l’insu de ses parents pour y assister (il venait de loin). Voir ces images et entendre à nouveau Sergio Leone discourir en français de sa jeunesse, de son cinéma, de ses influences… est juste ma madeleine de Proust pour un bon moment.

Les photos qui illustrent cet article sont de Flavien Bellevue. Nous le remercions chaleureusement.

Une réflexion sur « Il était une fois Sergio Leone – Exposition à la Cinémathèque »

  1. Dommage que SODOME ET GOMORRHE où il était directeur de seconde équipe pour Robert Aldrich n’y figure pas.
    Les abrutis de Alamy sont capables de défigurer à longueur de liens internet les photos de plateau en y apposant sur toute la surface leur ridicule logo pour produit de vaisselle (alors qu’elles sont la propriété des producteurs de films, pas la leur, soit dit en passant) mais ils ne savent même pas reconnaître, sur cette photo de plateau du film, l’actrice Scilla Gabel. Ils la confondent avec Rossana Podesta ! Qui joue aussi dans le film mais pas dans le même rôle. Scilla Gable, sur son beau cheval blanc, anime le beau générique d’ouverture. A ce niveau d’ignorance crasse, tout est permis, il est vrai :
    https://www.alamyimages.fr/photo-image-sodome-et-gomorrhe-sodoma-e-gomorra-ita-fra-usa-1961-robert-aldrich-sergio-leone-voir-mit-rossana-podesta-schuach-regie-robert-aldrich-sergio-leone-aka-sodoma-e-gomorra-113406364.html

    Dommage aussi que l’unique péplum signé par Leone, à savoir LE COLOSSE DE RHODES, n’y figure pas non plus.

    A quand une édition UHD 4K pour ces deux titres ?

  Lâchez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *