Kagemusha - Sorties Ciné

Sorties Ciné du 28 octobre 2015 : Japon mon amour

Cette semaine dans sorties Ciné, y a du lourd quand même. Bon, après faut s’entendre sur l’adjectif lourd. Lourd pour dire relou, lourd pour dire puissant, lourd pour dire blockbuster, lourd pour dire, ben lourd quoi… Du coup précisons. Lourd comme un Zemeckis qui se prend pour un funambule, lourd comme un Vin Diesel qui se prend pour un chasseur de sorcières bien misogynes, lourde  comme une Julie Delpy qui s’essaye à la grosse comédie qui tâche, lourd comme un Amenábar qui n’en finit plus de nous refaire le coup des Autres… Ou alors lourd comme un homard au goût proche de la perfection que regarderait avec gourmandise trois sœurs pas non plus manchottes quand il s’agit de cuisiner.  Bref du bon, moins bon, pas terrible, nul (rayez les mentions inutiles) que pour la plupart nous n’avons pas vu mais dont on va quand même en dire du mal. On vous aura prévenu.

Lolo
The Walk – Rêver plus haut
Le Dernier chasseur de sorcières
Regression
The Lobster
Notre petite sœur
Kagemusha

Lolo - AfficheLolo – de Julie Delpy – 1h39 (Mars Distribution)

En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire.

À la rédac, Lolo c’est synonyme de gros lourd. Alors bon, notre jugement était déjà fait quand on a commencé à voir fleurir les affiches du film de Julie Delpy dans Paris. Et puis constater mardi dernier que Dany Boon était en interview dans les Inrocks a fini de nous déculpabiliser. Enfin, le bon français n’a pas besoin de nous pour se décider ou non puisque plus de 100 000 d’entre eux se sont déjà engouffrés dans les salles sur la seule journée de mercredi pour juger sur pièce (pour terminer sur un cumul de 906 840 spectateurs). Quand on sait que derrière il y a le distributeur de La Famille Bélier, et ben disons que l’on n’a pas fini d’en entendre parler de ce relou de Lolo. Edit 11/02/2016 : Y sont pas bégueules chez TF1 vidéo puisqu’ils nous ont envoyé un Blu-ray du film pour que l’on puisse juger sur pièce et que l’on arrête de traiter ce film de gros lourd. En fait, ils ont eu raison car le lourdaud c’est pas le Lolo du titre mais plutôt le fils (Vincent Lacoste) de la quadra jouée par Julie Delpy qui s’est justement entichée de Lolo. C’est bon vous suivez ? Mais en fait on s’en fout car c’est pas terrible quand même. Delpy nous avait habitué à mieux (au hasard on pense à 2 Days in New York). D’ailleurs, sur le Blu-ray, les deux vraies barres de rire, on les a eu en matant le bêtisier que l’éditeur a collé en compléments avec des scènes coupées. Pas de quoi motiver un passage en caisse tout de même. Préférez la VOD ou la future diff sur C+, si vous êtes abonné bien entendu. 2,5/5SG

Votre humble serviteur, grand amateur de comédies populaires françaises devant l’éternel (jusque dans une certaine limite) a donc, comme il se plaît à le dire dans pareille situation, « donné sa chance au produit ». Le résultat n’est certes pas toujours bien finaud comme le laissait déjà supposer la bande-annonce mais il n’en demeure pas moins que l’on (sou)rit volontiers à plusieurs reprises. De surcroît et sans pour autant révolutionner son monde, loin s’en faut, Lolo entend également effleurer en creux différentes thématiques : les desideratas sentimentalo-sexuels chez la quadra, les familles dites recomposées ou encore ce fameux cordon ombilical qu’il va bien finir par couper un jour ou l’autre. 3/5SA

The Walk - AfficheThe Walk – Rêver plus haut – de Robert Zemeckis – 2h03 (Sony Pictures)

Biopic sur le funambule français Philippe Petit, célèbre pour avoir joint en 1974 les deux tours du World Trade Center sur un fil, suspendu au-dessus du vide.

À la rédac, on partage nos bureaux avec le big boss du Daily Mars qui au retour d’une des projos de presse du film m’avait refroidi en m’invitant au demeurant à voir plutôt le fabuleux doc Man on Wire. Le bougre avait raison, le doc est vraiment une réussite… SG

Zemeckis n’aime rien moins que nous conter des (petites) histoires, de préférence sur fond de la grande. Son dernier long en date ne fait pas exception en prenant comme lieu « magique » et désormais symbolique s’il en est de l’Histoire américaine les tours jumelles du World Trade Center. Le tout se veut à nouveau volontiers divertissant, combinant juste ce qu’il faut de drame, d’humour et de spectaculaire (la dernière demi-heure, franchement bluffante, à voir de préférence en 3D bien que le film ait été post-converti). Pour autant, le tout tire un chouia en longueur tandis que cette même dernière partie flirte quand même un peu trop avec le grand frisson en vue de divertir les foules, nous amenant par la même à nous interroger sur la part de réalité et la part de fiction de l’ensemble. À présent, votre humble serviteur n’a plus qu’à découvrir le très respecté doc suscité sorti en 2008 ; même si, à l’évidence, le comparatif ne sera pas forcément en faveur de Zemeckis. 3/5SA

Le Dernier chasseur de sorcières - AfficheLe Dernier chasseur de sorcières – de  Breack Eisner – 1h47 (SND)

Un chasseur de sorcières immortel fait équipe avec son meilleur ennemi pour empêcher le sabbat de New York de libérer la peste sur le monde…

Nicolas Cage et Vin Diesel, même combat ?  SG

Regression - AfficheRegression – de Alejandro Amenábar – 1h47 (Metropolitan)

Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse.

Si vous avez vu Les Autres, et bien Regression c’est la même chose. Mêmes thématiques (ne pas se fier aux apparences) et même construction dramatique. Mais alors en beaucoup moins bien. Ethan Hawke en fait des caisses, Emma Watson essaye laborieusement d’oublier qu’en face ce n’est pas Harry Potter. Il pleut tout le temps et quand il ne fait pas nuit, les journées sont grises… Bref, ça pue la construction dramatique qui se veut poisseuse et cela ne prend pas. Reste que cela traite en fil rouge d’un phénomène de société passionnant (les sectes sataniques qui auraient fait florès dans les années 90 aux États-Unis), ce qui est d’autant plus rageant. 2,5/5SG

N’y allons pas par quatre chemins : oui Regression est clairement le long-métrage le plus faible à date de la filmographie du pourtant très méritant Alejandro Amenábar. Toutes les thématiques chères au bonhomme sont à nouveau réunies : le rapport à l’image (Tesis), aux rêves / cauchemars (Ouvre les yeux), à la famille (Les Autres), aux croyances (Agora) mais sans que pour autant le cinéaste ne parvienne à se renouveler suffisamment pour nous captiver durablement. La forme a beau être appréciable (mise en scène et bande son ultra léchées), on s’ennuie quand même (un peu) en attendant de voir une fin que, pour une fois, l’on pourra sentir venir de plus ou moins loin. Amenábar aurait-il perdu la main ? 3/5SA

The Lobster - Affiche française Colin FarrellThe Lobster – de Yorgos Lanthimos – 1h58 (Haut et Court)

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, il sera transformé en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

On vous en parle forcément mieux ici. Sinon sur son premier jour d’exploitation, le film de Yorgos Lanthimos réalise 17 407 entrées sur 126 copies dont 6 212 à Paris (24 copies). De là à dire qu’il s’agit là d’un film urbain CSP+, il n’y a qu’un pas que nous franchissons. 3,5/5SG

Notre Petite soeur - AfficheNotre petite sœur – de Hirokazu Kore-eda – 2h07 (Le Pacte)

Trois sœurs vivant ensemble dans la maison de leur grand-mère voient leurs vies bouleversées par l’irruption de leur demi-sœur.

L’un des films les plus importants de l’année et sans hésitation le coup de cœur du mois. On vous dis pourquoi ici. Oui, des fois, on est atrocement sérieux. 4/5SG

Kore-eda dispose avant tout d’un scénario bien écrit. La mise en scène est classique et efficace, pourvue de quelques belles séquences et d’un bon sens du rythme. On nage ici dans le feel good movie et la tranche de vie : rien de terrible ne pourra arriver, et finalement rien tout court ne peut vraiment survenir. On vit saison après saison les habitudes et la vie nouvelle de quatre femmes, plus ou moins jeunes. Tout est joli, sympathique et on s’y plaît bien tant qu’on en demande pas plus. S’y ajoute une magnifique utilisation du rôle de la nourriture comme alimentant les liens entre les personnages, entre les plans eux-mêmes, ou comme favorisant la mémoire, le mensonge ou le souvenir. 3,5/5NT

Kagemusha - Affiche 1980Kagemusha, l’ombre du guerrier – de Akira Kurosawa – 2h59 (Splendor Films Rep. 2015)

En 1573, le Japon est le théâtre de guerres incessantes entre clans rivaux, dont l’un est mené par Takeda. Tombé au front, celui-ci demande que sa mort reste cachée. Un voleur lui ressemblant fait alors office de doublure pour duper leurs ennemis.

Il s’agit là de la version cannoise. Celle qui a eu la Palme d’or en 1980 et qui dure donc 3h. Celle qui sortit chez nous le 1er octobre 1980 et qui a réuni plus de 900 000 entrées. On rappelle que Kagemusha a pu se faire grâce à l’aide de la Fox que Coppola et Georges Lucas, grands admirateurs du cinéaste japonais devant l’éternel, avaient fort à-propos aiguillés sur le projet que la Toho n’arrivait pas à totalement financer. Cela faisait dix ans et le magnifique Dersou Ouzala que Kurosawa n’avait plus touché à une caméra et quatre ans que Kagemusha se morfondait sur le papier. On rappelle aussi à toutes fins utiles que c’est son premier film en couleur dont il transcende déjà les codes en s’appuyant sur ses talents reconnus de peintre. Il y traite une nouvelle fois de la place de l’homme au sein d’une société régit par des lois et des codes d’honneur strictes tout en faisant de Kagemusha un film tour à tour intimiste, grandiose et d’une putain de maîtrise formelle. 5/5SG

Le distributeur Splendor Films propose ici le master restauré Haute définition déjà utilisée en 2009 par Criterion pour une édition Blu-ray qui reste encore aujourd’hui la référence en la matière. On se dit tout de même qu’une future restauration 2K ou 4K devrait prochainement voir le jour. En tout cas, c’est la seule édition avec celle parue au Japon la même année (chez Toho) qui propose cette version dite longue. En France, où il est édité par Pathé, comme dans tous les pays où le film de Kurosawa a eu les honneurs d’une sortie en Blu-ray, le film est proposé dans sa version dite internationale de 157 minutes exploitée par la Fox dans une copie qui a largement fait son temps.

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