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Fiche film : Freaks

Après avoir réalisé trois films au sein du studio Universal, dont Dracula (1931), Tod Browning revient travailler pour la Metro-Goldwyn-Mayer en juin 1931. Il choisit d’adapter Spurs, une nouvelle de Clarence Aaron Robbins, écrivain dont il a déjà, en 1925, porté à l’écran le roman The Unholy Three. Robbins était un ami d’enfance de Cedric Gibbons (chef du service décoration de la M.G.M.) et, quelques années avant le tournage de Freaks, ce dernier ou Browning auraient fait acheter par le studio les droits d’adaptation de la nouvelle. Cette même année 1931, le succès phénoménal de Dracula incite les autres studios à suivre Universal sur le terrain du cinéma fantastique. Dans ce but, Irving Thalberg, alors chef de la production de la M.G.M. et personnage décisif dans la carrière de Browning, accepte le projet  Freaks – qu’il défendra tout au long de sa gestation, s’y impliquant et croyant à ses potentialités commerciales – et sa spécificité  :  les  monstres  sont  interprétés  par d’authentiques phénomènes  de  foire.

Débuté  à  l’automne  1931,  le  tournage  dure  une  trentaine  de  jours.  Des  problèmes découlent de la présence des phénomènes dans le studio : suite à une délégation du personnel, la plupart des monstres ne sont plus admis à la cantine du studio et doivent manger dans un local prévu spécialement pour eux. Sur le plateau, si des acteurs et des techniciens s’habituent difficilement à leur présence, certains d’entre eux se comportent comme les stars qu’ils sont dans l’univers forain. Ils ont l’habitude de se produire sur scène, mais la plupart n’ont jamais interprété de rôle, ni dit de dialogues. Du coup, Browning tourne certaines scènes sans le son et il faut ensuite les postsynchroniser au montage, ce qui s’avérera particulièrement problématique.

En  janvier  1932,  le  film  est  présenté  lors  d’une  projection-test qui s’avère désastreuse : des spectateurs s’évanouissent, d’autres fuient la salle… Le film subit alors quelques modifications. C’est à cette étape que sont ajoutées les interventions  du  bonimenteur  par  lesquelles  l’essentiel  du  récit  devient  un flash-back. La fin initiale – la foudre entraîne la chute d’un arbre sur Cleopatra, les monstres grimpent sur ses branches, puis l’émasculation d’Hercules – est remplacée par une autre moins terrifiante et plus courte dans laquelle le couple Hans-Frieda est réuni grâce à Venus et Phroso. Contrairement à une idée très fréquente, les coupures auraient été relativement peu nombreuses et porteraient surtout sur des éléments de la vie quotidienne de Phroso, Venus et Hercules.  Le film est diffusé dans les salles de cinéma américaines à partir de février 1932 ; c’est globalement un échec public et critique. La M.G.M. sait rapidement qu’elle n’amortira pas son budget (316 000 dollars) et le déficit est au final de 164 000 dollars. Pire, certaines associations en font le symbole des films hollywoodiens qu’il faut combattre et cherchent à le faire interdire localement. Il est par ailleurs interdit pendant trente ans en Grande-Bretagne.

En 1948, la M.G.M. vend les droits de distribution de Freaks (pour une durée de vingt-cinq ans) à Dwain Esper qui le fait circuler sous différents titres (Nature’s Mistakes, Forbidden Love, The Monster Show). Depuis les années 1960 et sa présentation aux festivals de Venise et de Cannes, le film ressort régulièrement dans les salles de cinéma. En France, de nombreux admirateurs du film l’ont découvert  à  la  télévision  grâce  au Cinéma  de  minuit de  France  3  (programmé  par Patrick Brion) qui l’a diffusé à plusieurs reprises depuis 1980. Au fil des ans, Freaks est passé du statut de film maudit à celui de film culte, avant d’être considéré comme un classique incontournable de l’histoire du cinéma. Texte issu d’un dossier pédagogique dirigé par Boris Henry.

Freaks (1932)

Réalisateur : Tod Browning
Acteurs : Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Roscoe Ates, Henry Victor, Harry Earles, Daisy Earles, Rose Dione
Durée : 1h04
Distributeur : Théâtre du Temple
Sortie en salles : 7 octobre 1932
Reprise : 23 novembre 2016

Résumé : Le cirque Tetrallini montre au public toutes sortes de monstres : un homme-tronc, une femme-oiseau, des sœurs siamoises. Cependant, le nain Hans délaisse sa fiancée, Frieda, pour la belle et grande trapéziste, Cléopâtre. Maîtresse du colosse Hercule, celle-ci ne se soucie aucunement de l’amour du petit homme, jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il vient d’hériter d’une grosse fortune. Elle accepte alors de se marier avec lui. Durant la réception, Cléopâtre est autorisée à entrer dans le cercle fermé des monstres. Mais elle est révoltée par leur apparence et se moque d’eux. Ils décident alors de lui tracer une toute nouvelle carrière…

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Avis express : Encore aujourd’hui le film de monstres ultime même si réduire Freaks à cette seule appréciation ne serait pas lui rendre totalement justice. Tout d’abord car il y a dans Freaks une double lecture de la monstruosité où ne sont pas monstrueux ceux qui en ont l’aspect. Browning tordant ainsi les apparences en un jeu de miroir déformant qui renvoie en fait vers une réalité mise à nue et putride. Un peu comme le fameux portrait de Dorian Gray qui donne à voir l’âme humaine. Mais Freaks reste aussi un pur film de trouille. Voir et revoir cette fin où ces monstres de foire sont zébrés par des éclairs qui tailladent une nuit de fin du monde encerclant méthodiquement leur proie (humaine ?) reste encore à ce jour une expérience des plus traumatisantes. De celle qui forge une vie de spectateur compulsif de cinéma à la recherche de cette émotion fondatrice qu’il ne retrouvera certainement plus jamais. À toutes fins utiles, on précisera que le master proposé ici est le même que celui du DVD édité en 2004 par MGM US et en octobre 2005 chez nous. 5/5SG

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