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Fiche film : We Blew it

We Blew It n’est pas un film documentaire sur l’histoire américaine des années 60 et 70, ni un essai filmé sur le Nouvel Hollywood et ses vétérans. Il s’agit d’un voyage personnel qui veut comprendre et faire ressentir pourquoi et comment un moment particulier de l’Amérique continue d’exercer un tel pouvoir de séduction. Tourné en 2016, en pleine campagne électorale, We Blew It est enfin traversé par une question : comment sommes-nous passés d’Easy Rider à Donald Trump ?

Jean-Baptiste Thoret est critique et historien de cinéma. Spécialiste du cinéma américain et italien des années 1970, il est l’auteur du Cinéma américain des années 1970 (Cahiers du Cinéma) et d’une dizaine de livres sur John Carpenter, Dario Argento, Tobe Hooper, Michael Cimino, l’influence de l’assassinat de JFK sur le cinéma américain (26 secondes, l’Amérique éclaboussée) ou encore le road movie.
Avant We Blew It, son premier film pour le cinéma, Jean-Baptiste Thoret a réalisé deux autres documentaires : Soupirs dans un corridor lointain (2002) consacré à Dario Argento et un autre à la guerre au cinéma : En Ligne de mire (2016). Il vient de terminer un film sur Jean-Luc Godard (86 Printemps).

We Blew it (2017)

Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
Acteurs : Michael Mann, Peter Bogdanovich, Paul Schrader, Tobe Hooper
Durée : 2h17
Distributeur : Lost Films
Sortie en salles : 8 novembre 2017

Résumé : Comment l’Amérique est-elle passée d’Easy Rider à Donald Trump ? Que sont devenus les rêves et les utopies des années 60 et 70 ? Qu’en pensent, aujourd’hui, ceux qui ont vécu cet âge d’or ? Ont-ils vraiment tout foutu en l’air ?

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  • Avis express : En voilà une mue qu’elle est belle. Jean-Baptiste, critique de son état initial et certainement l’un des meilleurs de notre génération (celle des quarantenaires) pour sa propension à avoir su spécialiser sa cinéphilie sans jamais renier les classiques, sa curiosité et une culture générale jamais démentie. Tout le contraire de ces veaux qui se disent amoureux du cinéma sinon cinéphiles mais qui n’en embrassent qu’une partie pour finir par le segmenter et de s’étonner ensuite que plus personne ne se fie à la critique et que tout le monde en parle peut-être mieux que nous. On exagère à peine. Thoret a saisi le danger et s’il affirme tourner le dos à cette profession déliquescente, il lui redonne en fait ici ses lettres de noblesse avec son We Blew It.
    Sous couvert en effet de réaliser un doc sur cette Amérique qu’il aime tant mais qu’il ne reconnaît plus tout à fait, Jean-Baptiste interroge sa cinéphilie, la nôtre mais aussi l’histoire d’un peuple qui semble avoir perdu la direction à suivre. Mine de rien, il remonte ainsi bien avant l’assassinat de Kennedy, symbole de la cassure et de tous les maux à venir, en interrogeant les racines d’un mal endémique. Celui d’une société déjà gangrenée de l’intérieur dès la fin de la seconde guerre mondiale qui explosera en vol lors de la guerre du Vietnam pour ensuite lentement mais sûrement ne jamais s’en remettre. Ce qui surprend en fait c’est que Thoret n’alourdit pas sa démonstration de références et autres clins d’œil cinématographiques. Son film en est en fait jonché. Mais c’est amené avec une telle légèreté et un tel amour de la chose que cela fluidifie même sa mise en scène puis son discours qui s’impose comme débord sociétal, politique ensuite, voire même un tantinet économique pour finir. Les décors (de cinéma il va sans dire) sont bien entendu sciemment choisis. Ils sont pour la plupart inédits et donne à We Blew It un côté certes road movie mais sans que pour autant on soit dans la carte postale touristique. Quant à la signature cinoche, il est donc de tous les plans en sous-marin sinon frontal quand il fait bien entendu intervenir des personnalités comme Michael Mann, Paul Schrader ou encore Fred Williamson, icône entre tous de la blaxploitation.
    La seule véritable réserve que l’on pourrait avoir finalement est cette propension à donner à voir un film qui ne sait pas conclure. Telle cette fin hypnotique, référence évidente à Electra Glide in Blue réalisé en 1973 par James William Guercio qui referme son doc sans vraiment y croire. Sans vraiment croire à ce qui vient d’être dit et martelé. « We blew it » comme le dit Fonda dans Easy Rider, devenu comme un mantra obsédant, a donc même été jusqu’à contaminer le film de Thoret, le bouffant littéralement de l’intérieur et rongeant son réal de doutes quant au résultat final. Pour autant, We Blew It n’est pas un film malade. Il est au-delà. Force et faiblesse d’une œuvre qui renouvelle le regard critique d’un homme qui cherche inlassablement à comprendre et à apprendre. 3,5/5 – SG
  • Box-office : 7 968 entrées sur 10 copies en 4 semaines d’exploitation. Autant dire que nous sommes là en présence d’un film vu par des happy fews. C’est pourtant peu de dire qu’il a été porté par un distributeur enthousiaste (Marc Orly de chez Lost Films pour ne pas le citer) qui s’est démené pour prêcher la bonne parole et par son réal qui lui aussi a donné de sa personne en multipliant interviews et débats lors de projections spéciales afin de faire connaître son film. Le résultat est certainement en deçà des attentes en espérant toutefois que sa carrière post salles lui permette de toucher une plus large audience.

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