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Fiche film : En Guerre

Stéphane Brizé a voulu tourner En Guerre pour comprendre ce qu’il y a derrière les images des médias qui se font régulièrement les témoins de la violence qui peut surgir à l’occasion de plans sociaux.

Stéphane Brizé collabore pour la 4ème fois avec Vincent Lindon après Mademoiselle ChambonQuelques heures de printemps et La Loi du marché.

Comme pour La Loi du marché, Stéphane Brizé a entouré son acteur principal, Vincent Lindon, de comédiens non-professionnels.

En Guerre a été tourné en seulement 23 jours ! « Je tenais à ce que l’énergie du tournage fasse écho à l’énergie du combat que peuvent mener des salariés dans un cas comme celui décrit dans le film. C’est, dans les deux cas, une course contre la montre, une bagarre permanente contre le temps. Aucun confort, aucun répit, juste une lutte pour arracher l’essentiel. En même temps, je n’avais guère les moyens financiers de faire autrement. Car là où la réalité du cinéma rejoint la réalité du monde, c’est que le marché ne réclame pas ce type de films. » – Stéphane Brizé

En Guerre (2018)

Réalisateur(s) : Stéphane Brizé
Acteurs : Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie
Durée : 1h53
Distributeur : Diaphana Distribution
Sortie en salles : 16 mai 2018

Résumé : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

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  • Avis express : On peut décemment et spontanément détester le nouveau Brizé. Et franchement on serait bien en peine de contester ce ressenti qui prend sa source immédiate dans la déception. C’est que la comparaison avec La Loi du marché, film auquel on pense bien évidemment de par ses thématiques sociales idoines et de par la présence en tête d’affiche de Vincent Lindon, fait mal. Là où celui-ci s’adonnait à une écriture cinématographique entre le documentaire et la fiction un poil aride, En Guerre va plus loin en explosant toutes les conventions et en proposant une grammaire simpliste façon « BFM Style ». En ce sens que Brizé refuse ici tout voyeurisme d’ordre privé. Tous les ouvriers, des premiers rôles aux simples silhouettes, ne sont ainsi caractérisés que par la lutte au quotidien pour préserver leur emploi.
    Mais ce choix de couvrir uniquement l’action sociale en frontal, que cela soit « sur scène » ou dans la coulisse, donne en fait toute latitude au cinéaste pour développer à son aise ce qui semble uniquement l’intéresser. Ces trois mois de révolte à l’encontre d’un système qui n’a que faire de l’humain et de ses individualités. Un propos que Brizé assume totalement puisque seules les masses compactes qui s’affrontent verbalement ou physiquement font sens. L’idée semble dès lors de rester à la marge sans que l’on ne puisse ne pas être d’accord avec ce qui se déroule à l’écran. Certainement parce que Brizé veut consciemment ou non embrigader et que de toute façon son film n’est pas une apologie du MEDEF.
    Pour autant, il y a un gros grain de sable qui grippe cette machinerie en apparence huilée. Et il s’appelle Vincent Lindon. Le Prix d’interprétation à Cannes et le César du meilleur acteur amplement mérités avec La Loi du marché ont semble-t-il vrillé la relation qu’entretenait Brizé avec son acteur fétiche. Son omniprésence pose en effet problème ici. Car elle est omnipotente, obsessionnelle et omnisciente. Au point de desservir cette volonté première de faire d’En Guerre un brûlot représentatif du climat social délétère de notre pays. Il devient en effet très vite le fil rouge d’un film qui part en sucette sur la toute fin décrédibilisant par la même tout l’arc narratif de son personnage et de la symbolique sociétale qu’il était devenu. Pas certain que Brizé ait voulu ou même recherché cette approche. Mais si c’est le cas, c’est véritablement loupé.
    C’est que du taiseux Lindon, on a droit ici au harangueur de foule, au leader d’une contestation qui rappelle bien entendu un certain Xavier Mathieu, ancien délégué syndical qui avait refusé la fermeture de l’usine Continental de Clairoix en 2009.  En voulant sortir de sa zone de confort habituelle, il en fait paradoxalement des caisses peu aidé il est vrai par un Brizé littéralement en pâmoison. C’est cette dichotomie qui est gênante. D’un côté un traitement qui se veut déshumanisé et de l’autre un acteur qui tire la couverture à soi jusqu’à en devenir christique (pour reprendre l’appréciation de notre ami Cédric Le Penru de Citizen Critics). De fait, si En Guerre rate sa cible, être un film politique au sens étymologique du terme (observer la vie de la Cité), il n’en demeure pas moins passionnant par son cheminement jusqu’à la façon plutôt extrême qu’il a de constater l’impasse dans laquelle il s’est finalement fourvoyée. SG2,5/5
  • Box-office : 18 126 entrées en 24h sur 272 copies quand La Loi du marché en réalisait presque 10 000 de plus le premier jour de sa sortie en 2015 sur 90 copie de moins. On rappellera aussi que La Loi du marché avait cumulé 1 001 498 spectateurs, soit le meilleur score pour un film réalisé par Stéphane Brizé. 

Une réflexion sur « Fiche film : En Guerre »

  1. Brizé/Lindon : La loi du marché 2
    Film nécessaire, bien sûr un peu cannibalisé par la star Vincent Lindon, mais les propos sont justes et l’histoire impitoyable comme le monde.
    Bien sûr on veut faire comme dans 120 BPM, avec un peu moins de vista, mais cela permet une belle étude comparée des méthodes activistes d’Acte Up et de celles plus raisonnables de la CGT et autres syndicats encore plus raisonnables…
    Bien sûr on veut rendre tchatche et vociférations comme Kechiche, mais avec un peu moins de naturel
    Bien sûr il n’ y a pas beaucoup de personnages qui s’en tirent les pattes propres mais le monde n’est-il pas comme ça ?
    Bien sûr un brin de manichéisme et toujours VL qui ne se trompe jamais, mais n’ a t on pas aussi besoin de héros ?
    Et Brizé de nous livrer deux fins successives et cumulatives , en évitant de les rendre alternatives il nous assène que le monde a besoin de grand-pères aimant et de martyrs

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