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Fiche film : Hérédité

L’idée de départ d’Hérédité provient d’une série de terribles épreuves subies par la famille du réalisateur pendant trois ans, au point qu’il s’est demandé s’ils n’étaient pas maudits. Ari Aster souhaitait se nourrir de cette expérience mais sans aborder frontalement la souffrance endurée par ses proches et lui-même. C’est ainsi qu’il a choisi de raconter cette histoire par le biais du film de genre.

Hérédité a été mûri pendant plusieurs années avant que ne démarre le tournage au printemps 2017. Par conséquent, Ari Aster a eu le temps d’élaborer des trajectoires biographiques à chacun de ses personnages en amont de l’écriture du scénario. Il a également indiqué ses intentions de mise en scène dans un document de 75 pages bien avant le bouclage du financement ou les repérages. Le réalisateur a contacté de potentiels collaborateurs plusieurs années avant d’obtenir le feu vert de la production, dont le compositeur Colin Stetson, le superviseur des miniatures et prothèses Steve Newburn et la chef-décoratrice Grace Yun.

Hérédité (Hereditary – 2018)

Réalisateur(s) : Ari Aster
Acteurs : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd
Durée : 2h06
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Sortie en salles : 13 juin 2018

Résumé : Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

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  • Avis express : Il est assez rare de voir débarquer de nos jours un film comme Hérédité. Rare car il allie avec une belle aisance proposition formelle pour le moins originale et narration adulte et assumée qui va bien au-delà de la posture à message ou du référentiel cinéphilique au demeurant jamais véritablement digéré. Bref, que l’on est loin ici de l’escroquerie Get Out. Voilà en effet un cinéaste qui ne se cache pas derrière son petit doigt roublard et mouillé pour déterminer le sens du vent aux forts relents opportunistes. C’est que déjà Hérédité ne va pas dans la facilité en voulant narrer l’histoire de cette famille qui part littéralement en sucette entre une petite sœur bardée de tocs, un grand frère que la crise d’ado n’a absolument pas épargné, un père totalement transparent et vite dépassé et enfin une mère en apparence hystérique. Le tout saupoudré par l’élément déclencheur du décès de la grand-mère.
    L’obsession d’Ari Aster est à l’évidence la famille, l’image qu’elle renvoie dans la société américaine actuelle et ses dysfonctionnements en interne. Dit comme cela, Hérédité pourrait alors passer pour un énième pensum du film indy US qui n’en finit plus de se déliter depuis Sexe, Mensonge et Vidéo. Sauf que l’homme avait bien préparé le terrain avec quelques courts-métrage savoureux et remarqués dont The Strange Thing About the Johnsons (2011) qui racontait par exemple comment un fils, amoureux de son père, assouvit avec lui tous ses désirs jusqu’à en faire son esclave sexuel. De ces « expérimentations » réussies, Ari Aster pousse le bouchon un peu plus loin en invitant à la table de son premier long les codes du film de frousse mâtinés d’un peu de sorcellerie façon Rosemary’s Baby. Mais si le film de Polanski nous vient naturellement en tête à la vision d’Hérédité, ce ne serait pas forcément lui rendre justice tant il n’en emprunte que peu de choses sinon les cinq toutes dernières minutes qui ne sont pas au demeurant celles qui convainquent le plus.
    Hérédité trace en fait sa voie sans avoir besoin de personne. Il distille sa petite musique, ou plutôt son claquement de langue, tel un métronome anxiogène qui raréfie un peu plus à chaque fois l’oxygène du spectateur pour finir par lui comprimer le thorax et le cristallin. Le plus fort dans tout cela c’est que jamais Aster ne s’abaisse à caviarder sa bande son de jump scares ou sa mise en scène de fausses pistes qui ne sont de toute façon là chez les autres que pour cacher la misère de l’ensemble. Tout est assumé et justifié ici. Mais ce qui impressionne le plus est cette capacité à tenir son film. Cela passe par une montée en gamme ininterrompue, létale et par une direction d’acteurs chirurgicale avec en tête de gondole une Toni Collette que l’on n’avait plus vu aussi inspiré depuis un bail.
    C’est donc peu de dire qu’Hérédité se pose là comme la résurrection d’un cinéma que l’on pensait perdu ou abandonné mais aussi le premier jalon d’une filmographie en devenir et déjà passionnante. En espérant que la société qu’il dépeint en creux n’écrase pas dans l’œuf cette tentative évidente de l’éviscérer pour mieux en évider sa cruauté et son inhumanité. C’est que l’on a comme l’impression qu’Ari Aster n’a qu’à peine effleuré le sujet. SG3,5/5
  • Box-office : 89 652 entrées sur 202 copies en une semaine dont 26 046 sur 28 copies à Paris. La curiosité est bien là mais pas certain qu’elle perdure tant le film risque d’en décevoir plus d’un qui pensaient trouver en Hérédité un énième Insidious ou autre Conjuring. Mais que ceux-là se rassurent puisque Sans un bruit, de facture beaucoup plus classique dans le « genre », rafle déjà la mise dès son premier mercredi d’exploitation avec 47 091 entrées sur 378 copies. La parenthèse enchantée, si elle a  eu lieu, s’achève donc déjà. Edit le 25/06 : 120 730 entrées après 10 jours d’exploitation (dont 36 849 sur Paris) mais 56% de spectateurs en moins. On se dirige vers un cumul aux alentours de 150 000 entrées quand Sans un bruit réalise en 5 jours 184 565 entrées. Les deux films ne sont bien entendu pas comparables et ne s’adressent pas fondamentalement au même publique mais on reste dubitatif devant un tel écart. 

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