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Fiche film : Dogman

Dogman est inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé dans une banlieue déshéritée de Rome à la fin des années 1980 et qui a fait date dans l’histoire criminelle italienne de par son extrême violence. Un toiletteur pour chien nommé Pietro de Negri a tué de manière particulièrement cruelle un certain Giancarlo Ricci, ex-boxeur sorti de prison qui passait son temps à le martyriser. Le film possède néanmoins quelques différences avec le fait divers comme par exemple le cadre temporel (Dogman se déroule de nos jours) et le fait que Negri ait longuement torturé son bourreau dans la réalité (ce qui n’est pas le cas dans le long métrage).

Matteo Garrone revient sur les circonstances originales de sa rencontre avec le (quasi inconnu jusqu’à présent) comédien Marcello Fonte qui joue le rôle-titre de Dogman : « Parfois la vie est pleine de surprises. Nous étions en train de faire le casting du film et nous étions allés dans un centre social. Dans ce centre, il y avait des anciens détenus qui étaient en train de faire des répétitions pour une pièce de théâtre. Marcello était le gardien du centre. Il aimait écouter les répétitions des spectacles et un jour, un des anciens détenus s’est senti mal et il est mort. Marcello a donc pris sa place au sein de cette troupe. Il s’est donc retrouvé à faire le casting pour Dogman et il a été choisi. »

Dogman (2018)

Réalisateur(s) : Matteo Garrone
Acteurs : Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano
Durée : 1h39
Distributeur : Le Pacte
Sortie en salles : 11 juillet 2018

Résumé : Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

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  • Avis express : Retour aux sources pour Matteo Garrone. Celles d’un cinéma plus âpre et plus proche du récit qu’il veut mettre en scène. Une combinaison qui lui avait valu une reconnaissance internationale avec Gomorra. Une combinaison qui range au placard (le temps d’un film ?) le formalisme précieux de Reality et la digression fantasmagorique (mais vaine) de Tale of Tales qu’il a réalisés par la suite. Place à nouveau ici à cette société à hauteur d’hommes ordinaires, à des décors post-apo et à des personnages aux aspérités incroyables. À commencer par celui joué par Marcello Fonte qui de gardien de centre social à la ville au moment où il est repéré par Garonne a obtenu depuis un prix d’interprétation à Cannes. Sa dégaine queue entre les jambes, la façon dont le cinéaste le dilue dans chacun de ses cadres, la rythmique de ses réparties qui font souvent penser à des jappements de petit chien apeuré le rendent immédiatement matriciel et essentiel au film. Il est tout ce que Samuel Benchetrit et Vincent Macaigne avaient par exemple raté dans Chien sorti plus tôt cette année.
    Mais Matteo Garrone insuffle aussi de la nouveauté dans Dogman. Quelque chose qui tient du point de vue entre l’amertume et la lucidité. Ce que ne proposait pas Gomorra où l’angle documentariste forcément objectif donnait en fait plus de poids au message que voulait véhiculer le film. Il y a donc ici le constat amer d’une société repliée sur elle-même, incapable de se projeter vers l’autre et uniquement attirée vers l’instantanéité de certains plaisirs. Matteo Garrone l’illustre par une photo très contrastée qui ne fait qu’accentuer les balafres d’une ville en total déliquescence. Les cadres et les mouvements de caméra sont ensuite réduits à leurs plus simples expressions exprimant ainsi cette lucidité teintée de cruauté et de noirceur.
    On ne sait pas trop de quel cinéma Matteo Garrone serait l’héritier. Pendant la vision du film, on pense spontanément à Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola pour ce côté société à bout de souffle mais la dimension humour noir est un concept totalement absent ici. Non que Garrone n’en veuille pas ou ne le recherche pas. Certains plans du quotidien de la vie dans le chenil y tendent. Mais l’ADN du film est plus dans l’inéluctable et la tragédie qui en découle. Et forcément nous revient alors en mémoire le cinéma de Pialat. Celui de La Gueule ouverte quand l’histoire intime sert d’exutoire et de motivation artistique profonde. Si la démarche de Matteo Garrone n’est pour l’instant pas aussi radicale et naturaliste, elle en prend irrémédiablement le chemin. Ce qui pour le cinéma est une excellente nouvelle. SG4/5
  • Box-office : 164 051 entrées sur 145 copies en 10 semaines d’exploitation (encore en cours au moment où nous écrivons ces lignes) ce qui place Dogman en deuxième position au box-office français derrière les 514 270 entrées  (sur 145 copies) générées en 2008 par Gomorra du même Matteo Garrone. Une sacré performance qui ne risque pas d’être battue avant bien longtemps apparemment. Edit janvier 2019 : 165 578 spectateurs au final après 14 semaines d’exploitation.

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