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Fiche film : Silvio et les autres

Toni Servillo retrouve Paolo Sorrentino pour la cinquième fois de sa carrière après le premier film du réalisateur L’uomo in più (2001), Les Conséquences de l’amour (2003), Il Divo (2008), auréolé du Prix du Jury à Cannes et La Grande Bellezza, Oscar du meilleur film étranger.
« Silvio et les autres est un récit fictionnel en costumes d’époque, qui raconte des événements vraisemblables ou inventés, entre 2006 et 2010 (…) autour d’un homme appelé Silvio Berlusconi. » Note d’intention signée Paolo Sorrentino

Silvio et les autres (Loro – 2018)

Réalisateur(s) : Paolo Sorrentino
Acteurs :  Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak
Durée : 2h31
Distributeur : Pathé Distribution
Sortie en salles : 31 octobre 2018

Résumé : Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme.
Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

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  • Avis express : Au regard de La Grande Bellezza et de Youth, les deux précédentes réalisations et très belles réussites de Paolo Sorrentino, c’était peu de dire que l’on attendait son nouvel opus avec impatience. D’autant que l’angle et le sujet choisis ne pouvaient que faire saliver. Berlusconi, sa vie, son œuvre. Ou plutôt, Silvio, le crépuscule d’un Dieu fellinien. Car oui, Sorrentino poursuit ici son exploration de la dégénérescence qui précède la mort. Celle sociale et artistique dans La Grande Bellezza, celle de la chair dans Youth et celle d’une certaine idée de la politique italienne dans ce Silvio et les autres qui porte excellemment bien son titre.
    En ce sens que Sorrentino adopte littéralement un plan en deux parties reléguant d’ailleurs Berlusconi à mi-parcours d’un film qui se sera déjà donné entre-temps à cœur joie. Les autres du titre sont en effet dépeints comme seul Sorrentino en a le secret avec le sentiment d’assister un peu médusé (si cela est encore possible) à une sorte de suite foutraque et improbable de La Grande Bellezza. La chair y est montrée avec un mauvais goût encore plus ostentatoire et assumé, les femmes potiches remplissent le cadre mais n’assouvissent plus aucun fantasme et les hommes sont des raclures de bidet qui sont formés à le devenir dès leur plus jeune âge. Alors quand Silvio apparaît, tel un archange déchu, sa figure tutélaire donne du sens au reste. Il est le guide splendide des putréfiés.
    Avec Toni Servillo, Sorrentino trouve une nouvelle fois le pendant parfait pour donner corps à son cinéma. Dans Il Divo, il incarnait déjà Giulio Andreotti, cet autre immense personnage de la politique italienne, lui aussi adepte d’une forme de pouvoir absolu dans un pays qui ne demande rien d’autre que de se laisser porter par un homme providentiel. Mais quand Servillo/Andreotti était froid, dur, taiseux et implacable, Servillo/Berlusconi est un bouffon qui ne fait plus rire personne, sinon son auditoire de jeunes filles alignées à un banquet dans les jardins de sa villa en Sardaigne. Sorrentino en fait en effet un homme qui n’est plus dans le « game », plus pathétique que tragique et plus latin que jamais.
    Est-ce pour cela que le film ne convainc pas totalement ? En fait, il faut se dire que Silvio et les autres parlera certainement plus aux italiens qu’au reste du monde. Le film aborde en effet quelques épisodes marquants de la fin de carrière du Cavaliere. Des épisodes que l’on connaît certes mais avec le recul des frontières et le sourire pour nous français de celui à qui on raconte une blague borderline. Y sont ainsi évoqués l’affaire Noemi Letizia, cette jeune fille tout juste majeure que tonton Berlusconi aurait honoré avec sa bienveillance légendaire et qui a précipité son divorce d’avec Veronica Lario, sa deuxième femme. Sorrentino aborde aussi le tremblement de terre de la ville d’Aquilla dont on sait que la reconstruction rendue possible pour 1/3 par des fonds européens s’est faite aussi avec « l’aide » de la Mafia qui s’en est mis plein les poches en rognant au maximum sur la qualité des matériaux utilisés avec comme résultat des habitations pour beaucoup  inhabitables aujourd’hui.
    C’est d’ailleurs sur cette tragédie que le film se referme. Sur la vacuité d’un regard même plus politique et sur l’excavation des débris et autres pierres pour exhumer une croix monumentale avec un Jésus Christ souffrant plus que jamais de l’état dans lequel le monde et la société italienne en sont réduits. En cendre. SG3/5
  • Box-office : 38 spectateurs à la séance de 9h aux Halles. C’est pas bézef. Le film est distribué sur 70 copies quand La Grande Bellezza le fut sur 81 écrans (242 713 entrées) et que Youth a été vu par 397 738 spectateurs sur 133 copies. À noter que le film dure la bagatelle de 2 heures et 31 minutes ce qui réduit drastiquement le nombre de séances par jour. C’est toutefois une version courte puisque Silvio et les autres a été distribué en Italie en deux parties d’une durée respective de 1h40 et 1h44 minutes. Edit : 354 entrées séance 14h sur 10 copies parisiennes contre 1 535 pour Youth (21 copies) et 805 (20 copies) pour La Grande Bellezza.

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