Rue des Cascades - Image une fiche film

Fiche film : Rue des Cascades

Rue des Cascades est l’adaptation du premier roman de Robert Sabatier, intitulé Alain et le Nègre. Dans ce roman, Sabatier s’appuie sur une expérience autobiographique : le petit Alain de son récit est directement inspiré de l’enfant qu’il était.

La sortie du film est un calvaire. Maurice Delbez est victime des préjugés de son temps : son distributeur l’abandonne au milieu du tournage, craignant les réactions négatives des exploitants face à l’histoire d’un couple mixte. Il s’endette alors pour finir son film, que personne ne veut sortir.
Finalement, la Columbia achète Rue des Cascades et le rebaptise Un gosse de la butte. Cet achat est motivé par des raisons de quota, et la major ne s’intéresse pas du tout à la carrière du film, qui sort subrepticement dans les salles avant de disparaître, laissant son metteur en scène ruiné.

Rue des Cascades a été invisible pendant des décennies. Le centre National du cinéma et de l’image Animée a versé une aide pour la restauration de l’œuvre. Cette aide a été secondée par une opération de crowdfunding lancée par la plateforme Celluloïd Angels.

Rue des Cascades (1963)

Réalisateur(s) : Maurice Delbez
Acteurs : Madeleine Robinson, Serge Nubret, René Lefèvre, Lucienne Bogaert
Durée : 1h42
Distributeur : Malavida
Sortie en salles : 2 décembre 1964
Reprise en version restaurée : 19 septembre 2018

Résumé : Belleville, 1963. Alain, petit garçon d’une dizaine d’années, vit seul avec sa mère, qui tient une épicerie café de la rue des Cascades. L’arrivée de Vincent, l’amant noir de sa mère,vient bouleverser son existence. Autant par racisme ordinaire que par jalousie, l’enfant commence par rejeter le nouveau venu. Par sa grande gentillesse, son humour et son imagination, Vincent désarme les aprioris du petit garçon qui devient son meilleur allié. Mais ses copains de jeu n’ont pas forcément le même avis…

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  • Avis express : Quelle découverte ! Voilà en effet un film totalement inconnu au bataillon de la cinéphilie il y a encore quelques mois. Ou alors de quelques happy happy happy few. C’est que Rue des Cascades n’a déjà jamais eu droit à une exploitation dans les salles digne de ce nom. La faute à une histoire bien trop « licencieuse » pour l’époque. Pensez donc. On y aborde la solitude sexuelle d’une mère devenue veuve trop tôt et qui voudrait refaire sa vie avec un homme de couleur dans la France du début des années 60. Le traitement se fait à hauteur d’enfant (son jeune fils) et les thématiques abordées sont aussi nombreuses que bien souvent inédites alors même que la Nouvelle Vague bat son plein.
    Il y est en effet question de la décolonisation, de racisme, de la différence d’âge au sein d’un couple, de l’indépendance et l’épanouissement de la femme hors cadre familial codifié par la société. Mais pas que puisque Maurice Delbez traite aussi de l’enfance dans la mouvance des 400 Coups de François Truffaut ou La Guerre des boutons d’Yves Robert tout en situant l’action du film dans les quartiers de Belleville et Ménilmontant. Une double assertion qui à l’image donne une mise en scène très ancrée dans une réalité permettant d’ailleurs à Rue des Cascades de devenir aujourd’hui ce témoin privilégié d’une géographie quasi disparue. Pour autant, nous ne sommes pas devant un film carte postale ou momifié. Tout y respire une énergie et une modernité sans cesse déroutantes.
    C’est comme s’il y avait urgence. Urgence de filmer des décors qui vont disparaître, urgence de faire un état des lieux d’une société qui va voler en éclat en mai 68. Un sentiment, des sensations que l’on ressent pleinement encore aujourd’hui tant on a l’impression que Rue des Cascades reste d’une actualité foudroyante et affolante. Affleure dès lors comme une nouvelle urgence. Celle d’y déceler une partie des racines du mal de nos maux actuels. Doit-on s’en réjouir ? Malheureusement non. Car en 2018, on a même plutôt le sentiment que tout est pire. La femme est plus « exposée » que jamais. Le racisme (et le communautarisme qui va de paire) n’est plus que rampant ou ordinaire. Il est, quelle que soit sa couleur de peau, endémique et sociétal.
    Rue des Cascades offre aussi une fraîcheur intacte qui va bien au-delà du voyage dans le temps (retrouvé) doublé d’une forme de nostalgie pour les contemporains de l’action du film. On y trouve en effet la patte d’un cinéaste trop vite fauché par la censure qui a su capter les problématiques de son époque pour les recracher en un film qui définit passionnément ce que peut être aussi le cinéma. Un langage particulier et circonstancié au service d’une universalité jamais démentie. SG4/5
  • Box-office : 1 942  entrées sur 4 copies (6 en deuxième semaine) en 14 jours d’exploitation. Lors de notre séance parisienne un lundi en pleine après-midi à la Filmothèque, la salle était quasi pleine. On ne pouvait que s’en réjouir et espérer que le film aura une longue carrière. Celle qu’il aurait dû avoir en 1964.
  • Pérégrination bellevilloise : Le distributeur Malavida a eu la très belle idée d’organiser une petite visite guidée dans le Belleville d’aujourd’hui en compagnie de Patrick Bezzolato (architecte et urbaniste). L’occasion de revenir sur certains lieux marquants du film et d’apprécier une architecture par endroit encore hors du temps. On a tenté modestement d’en rendre compte via les quelques clichés ci-dessous (merci à Flavien Bellevue).

Pérégrination

Photos du film

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