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Fiche film : Le Flambeur

« Le Flambeur est très différent, dans la forme, de mes films précédents, mais dans le fond je suis fidèle à ce que j’ai toujours fait ; je me suis attaché à faire le portrait d’un personnage et d’un seul personnage. C’est un film de tension qui prend la forme d’un mélodrame. Je me suis surtout intéressé à créer une sorte de suspense en faisant connaître et découvrir progressivement le caractère du personnage. Les films d’action peuvent ainsi devenir des fables morales. J’ai toujours cherché à donner à mes films le style qui correspond à ce qu’expriment mes personnages. Ce flambeur est un violent qui se contient. D’où la forme mélodramatique de ce film qui fonctionne, à la fois comme un film d’action et comme l’étude d’un personnage précis : celle d’un joueur invétéré. » Propos de Karel Reisz recueillis par Louis-Marie Barbarit, Télérama, mars 1975.

Le Flambeur (The Gambler – 1974)

Réalisateur(s) : Karel Reisz
Acteurs : James Caan, Paul Sorvino, Lauren Hutton, Burt Young
Durée : 1h51
Distributeur : Paramount Pictures / Les Acacias (Rep. 2019)
Sortie en salles : 5 mars 1975
Reprise : 12 juin 2019

Résumé : Axel Freed, professeur de littérature, est prisonnier de sa passion pour le jeu. Après une nuit désastreuse, il perd 44 000 dollars qu’il doit rembourser au plus vite auprès des malfrats qu’il fréquente. Affolée, sa mère lui prête la moitié de sa dette qu’il s’empresse aussitôt de doubler lors d’une virée à Las Vegas, et de perdre, en cumulant des paris suicidaires…

Articles / Liens :

  • Avis express : Quelques années avant la Nouvelle Vague, naissait en Angleterre ce que l’on a appelé par la suite le Free Cinema dont Karel Reisz est l’un des initiateurs avec entre autre en 1960 Samedi soir, dimanche matin, un acte majeur en forme de manifeste anti establishment et un film époustouflant où l’immense Albert Finney faisait ses premiers pas devant une caméra. La filmographie de Karel Reisz sera ainsi parcouru par ce sentiment de révolte envers une société bourgeoise et inique sans que pour autant ne se dégage vraiment une solution politique, sociétale et encore moins collective. C’est ainsi que son cinéma est hanté de personnages certes rebelles mais tous solitaires et dont la révolte ne peut qu’être vouée à l’échec.
    Sa période américaine ne déroge absolument pas à ce constat. Profitant du bouillonnement baptisé aujourd’hui Le Nouvel Hollywood, Karel Reisz y insufflera cette forme de désespoir forcément tragique avec un film comme Les Guerriers de l’enfer (Who’ll Stop the Rain – 1977) où Nick Nolte revenu du Vietnam découvre finalement que son pays est devenu pire que ce qu’il a vécu dans l’enfer de la jungle. Reisz poussait ainsi bien plus loin la réflexion développée par ses contemporains comme Cimino, Coppola ou même Oliver Stone 10 ans plus tard. On peut même à ce titre citer La Maîtresse du lieutenant français, son film le plus connu qu’il réalise en 1981 où Meryl Streep y incarne une femme en révolte contre les conventions rigides de l’époque victorienne.
    C’est aussi quelque part le sous-texte qui émarge de ce Flambeur où James Caan est un professeur d’Université issu d’une famille juive qui a réussie à se reconstruire après avoir subi les horreurs de la seconde guerre mondiale. Il fait partie de l’Upper Class blanche et à toutes les cartes pour réussir sa vie. Mais c’est donc sans compter son vice du jeu qui va l’amener à se fourvoyer dans les bas-fonds d’une Amérique interlope. Si Le Flambeur n’est pas un film noir au sens classique du terme, il n’en recèle pas moins en son sein les stigmates un peu moisis d’une époque flamboyante. Au-delà, Karel Reisz y insuffle une nouvelle fois son dégoût du conformisme bourgeois qu’il fait voler en éclat non par le biais d’idéaux politiques mais plutôt en se servant du vice de son personnage. Ce qui lui permet au final de mieux patauger dans la fange d’un capitalisme qu’il dénonce avec la virulence d’un romantique décati.
    C’est qu’au scénario on trouve un certain James Toback, l’homme à qui l’on doit Mélodie pour un tueur (Fingers – 1978) que Jacques Audiard réinterprétera sous le titre De battre mon cœur s’est arrêté en 2005. Il est un peu l’âme slave du film, ce côté Joueur de Tolstoï, cet aspect décrépi d’une société en perte de repères et de vitesse. Tout le personnage de James Caan tient de fait dans ce constat, il est celui qui veut forcer son destin avec en permanence sur sa tempe un pistolet prêt à faire feu façon roulette russe… Le miroir d’une Amérique déjà au bord du précipice. SG 3,5/5
  • Box office : 2 319 entrées après 4 semaines d’exploitation sur 3 copies, ce qui est plutôt honorable comme résultat même en prenant en compte le fait que le film est invisible au cinéma depuis 1975. Une première sortie pour laquelle nous ne disposons au demeurant d’aucun chiffre.
  • La chronique Blu-ray / Blu-ray 4K : Il n’existe pas même un DVD chez nous. Aux États-Unis, Paramount en propose un depuis 2002 (réédité en 2017) via un master d’époque comme on dit pour rester poli. Kino Lorber serait sur le coup depuis quelque temps mais n’arrive pas semble-t-il à mettre la main sur un master digne de ce nom. Et on les comprend quand on voit la tronche de celui récupéré par le distributeur français pour cette reprise très en deçà des standards actuels en la matière.

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