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Fiche film : Buñuel après l’âge d’or

Buñuel après l’âge d’or est une adaptation du roman graphique de Fermín Solís, Buñuel dans le labyrinthe des tortues.

Né en Espagne, le réalisateur Salvador Simó étudie dans les années 90 à l’Animation Institute de Los Angeles et collabore avec Disney. Après avoir dirigé les séquences d’animation du Livre de la jungle et les effets spéciaux de Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar, il revient en Espagne pour Buñuel après l’âge d’or.

Buñuel après l’âge d’or (Buñuel en el laberinto de las tortugas – 2018)

Réalisateur(s) : Salvador Simó
Voix originales : Jorge Usón, Fernando Ramos, Luis Enrique de Tomás
Durée : 1h20
Distributeur : Eurozoom
Sortie en salles : 19 juin 2019

Résumé : Suite au scandale de la projection de L’Âge d’or à Paris en 1930, Luis Buñuel se retrouve totalement déprimé et désargenté. Un ticket gagnant de loterie, acheté par son ami le sculpteur Ramon Acin, va changer le cours des choses et permettre à Buñuel de réaliser le film Terre sans pain et de retrouver foi en son incroyable talent.

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  • Avis express : Pour être honnête, ce n’est pas tant l’aspect animation qui nous a attiré dans Buñuel après l’âge d’or mais bien celui qui touche au plus intime d’une histoire de cinéma pour le moins remarquable. Non que cela ne participe pas à l’originalité et à l’intérêt du projet, bien au contraire, mais on avoue que de se (re)plonger ainsi dans les méandres d’une œuvre à la croisée des chemins de la filmo illustre de Buñuel et de celle d’un pays qui allait sombrer dans la guerre civile, avait de quoi exciter. Car oui, Buñuel après l’âge d’or évoque une période sombre pour le cinéaste espagnol. L’Âge d’or, s’il est aujourd’hui considéré comme un pur joyau cinématographique et depuis toujours comme le manifeste du mouvement surréaliste avec Un chien andalou qui le précède, est en 1930 violemment concassé et rejeté par presque tout le monde. Buñuel en sort meurtri mais surtout sans le sous. C’est son ami d’enfance avec qui il passe noël qui va en quelque sorte lui sauver la mise.
    Ensemble, ils achètent un ticket de loto et n’étant pas à une bravade près, Ramon Acin lui promet de l’aider à financer son prochain film s’il est gagnant. La suite est connue. L’artiste sculpteur et anarchiste deviendra le producteur de Terre sans pain, un documentaire d’une trentaine de minutes sur la région des Hurdes qui était alors la plus pauvre d’Espagne. Buñuel abandonnait pour un tant la veine surréaliste pour quelque chose de plus politique et frontal dans son combat contre les inégalités d’une société bourgeoise hypocrite et codifiée. Buñuel après l’âge d’or raconte dès lors un tournage semé d’embuches et d’engueulades n’oblitérant aucune des scènes devenues iconiques du film comme la chute soit disant accidentelle de la chèvre qui fut en fait abattue d’un coup de fusil pour accélérer sa fin tragique ou encore cet âne piqué à mort par des abeilles en fait attirés par le miel auquel on avait recouvert le pauvre animal. Par contre le mystère reste entier à propos de la scène du bébé mort. Beaucoup ont avancé qu’il dormait, Buñuel après l’âge d’or semble affirmer qu’ici il n’a eu recours à aucun artifice. Ce passage est, comme pour l’ensemble du film, magnifiquement amené et très justement mis en perspective via une animation qui prend alors tout son sens. Entre des lignes de fuite à peine perceptibles mais pourtant bien présentes et des dessins aux traits appuyés comme s’il fallait indéfectiblement ancrer les personnages dans l’histoire et les décors. En résulte un film passionnant qui révèle l’envers d’une aventure humaine et artistique peu commune qui marquera profondément Buñuel ainsi que son cinéma. Quant à Terre sans pain, il sera très vite interdit par la jeune République espagnole qui y verra là une bien piètre image envoyée au monde entier de son pays. Le film ne sera d’ailleurs plus visible avant la fin des années 60. C’est à ce moment là que Buñuel remboursera la somme allouée pour réaliser le film aux deux filles de Ramon Acin abattue aux premières heures de la guerre civile par l’armée franquiste. SG 3,5/5
  • Box office : 11 343 entrées sur 55 copies après plus de 15 jours d’exploitation. C’est vraiment pas bézef pour ne pas dire extrêmement confidentiel. On ne connaît pas les objectifs du distributeur Eurozoom mais on mettrait notre main au feu que c’était a minima 50 000 spectateurs. Une barre symbolique sans aucun doute atteinte il y a encore de cela quelques années quand le marché était moins frileux et surtout moins concentré sur les films porteurs. C’est au demeurant le paradoxe aujourd’hui. On n’a en effet jamais eu autant de choix semaine après semaine avec en moyenne plus d’une quinzaine de nouveaux films dans les salles. Mais il s’agit là d’un écran de fumée entre les cinémas qui déprogramment le film au bout de quelques séances quand il ne marche pas ou la concentration des copies dans les grandes agglomérations avec pour les autres des deuxièmes ou troisièmes exclusivités accentuant si besoin est le déséquilibre de l’accès aux films en zones rurales devenant ainsi de véritables Terres sans film…
  • La chronique Blu-ray / Blu-ray 4K : Si le film n’est pour l’instant pas encore annoncé en vidéo sur support physique, gageons qu’il ne sera édité de toute façon qu’en DVD. Précisons sinon que Terre sans pain est disponible via un master déplorable en bonus du DVD Los Olvidados paru en 2001 chez Films sans Frontières ou plus simplement visible sur Youtube ici. Il existe aussi un double DVD qui présente les deux versions du film. Celle censurée de 1936 et celle de 1965 réhabilitée et voulue comme tel par Buñuel. Malheureusement ce DVD édité en 2008 par le Centre Régional de documentation pédagogique de Lyon ne semble plus disponible. Sinon, Los Olvidados  et L’Âge d’or ont été présentés au dernier festival de Cannes section Cannes Classics via des masters restaurés 4K. De bonne augure pour de futures parutions Blu-ray ?

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