La Fameuse invasion des ours en Sicile - Image ue fiche film

Fiche film : La Fameuse invasion des ours en Sicile

La Fameuse Invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti est adapté du roman pour enfants au titre éponyme écrit par Dino Buzzati publié en 1945.

Lorenzo Mattotti a réalisé en 2000 l’affiche du Festival de Cannes. Dix-neuf ans plus tard, son film est présenté dans ce même festival dans la section Un Certain Regard.

L’écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière prête sa voix au vieil ours. Lorenzo Mattotti lui a simplement proposé de participer à son film après l’avoir rencontré par hasard : « tout de suite, il m’a fait confiance. Il a fait un travail magnifique, avec sa voix profonde ». En italien, le personnage est doublé par le romancier Andrea Camilleri, décédé quelques mois avant la sortie du film, en juillet 2019.

La Fameuse invasion des ours en Sicile (La Famosa Invasione Degli Orsi In Sicilia – 2019)

Réalisateur(s) : Lorenzo Mattotti
Avec les voix de : Jean-Claude Carrière, Leïla Bekhti, Thomas Bidegain, Arthur Dupont
Durée : 1h22
Distributeur : Pathé
Sortie en salles : 9 octobre 2019

Résumé : Tout commence le jour où Tonio, le fils du roi des ours, est enlevé par des chasseurs dans les montagnes de Sicile… Profitant de la rigueur d’un hiver qui menace son peuple de famine, le roi décide alors d’envahir la plaine où habitent les hommes. Avec l’aide de son armée et d’un magicien, il réussit à vaincre et finit par retrouver Tonio. Mais il comprend vite que le peuple des ours n’est pas fait pour vivre au pays des hommes…

Articles / Liens :

  • Avis express : Dino Buzzati n’est pas un auteur très connu en France. Encore que quatre de ses cinq romans ont été adaptés au cinéma dont Le Désert des Tartares que Valerio Zurlini a brillamment porté à l’écran en 1976. C’est en effet de l’autre côté des Alpes que son travail est le plus connu et apprécié. C’est qu’au même titre qu’un Maurice Sendak avec Max et les maxi monstres aux États-Unis ou un Charles Perrault avec Peau d’âne chez nous, Dino Buzzati a marqué au fer rouge moult générations de petits italiens (et leurs parents) avec La Fameuse Invasion des ours en Sicile, un conte pour enfants publié en 1945. D’ailleurs ce qui frappe en premier lieu avec cette adaptation signée Lorenzo Mattotti c’est le côté assez « daté » de l’histoire imprégnée à l’évidence des 20 années de fascisme que vient de vivre l’Italie de Buzzati et cette volonté de faire table rase d’une idéologie nauséabonde sans que pour autant ces ours qui envahissent la Sicile soit la solution à tous les maux d’une société qui finalement n’en demandait pas tant.
    Si dans le roman la chose était prégnante, l’animation estompe bien entendu cet aspect et le foisonnement des personnages pour ne garder que quelques lignes directrices ainsi que le fil rouge d’une narration qui passe par l’histoire dans l’histoire. Le film commence en effet par un père et sa fille, troubadours à temps plein, qui vont de ville en ville pour porter la bonne parole des contes et légendes dans une Sicile d’un autre siècle. Ayant trouvé comme public le temps d’une halte d’un soir au fond d’une grotte de montagne, un ours pas très content d’avoir été tiré de sa léthargie hivernale, les voici narrant cette histoire du papa ours, roi de son état, qui ayant perdu son ourson de fils, se met en tête de le retrouver dans la ville des hommes plus bas dans la vallée. Guerre, trahison, occupation en bon ours de famille, nouvelles trahisons… Bref, tout y passe en un peu plus de 80 minutes avec comme premier objectif de réveiller en nous l’enfant qui ne fait que sommeiller et d’émerveiller celui qui vous accompagne sans que pour autant une certaine âpreté pour ne pas dire une dureté des thèmes abordés ne lui soit épargnée.
    Pour Lorenzo Mattotti qui vient de la bande dessinée et dont c’est ici le premier long métrage d’animation, il y a donc la volonté de revenir à une proposition transgénérationnelle qui rappelle par exemple la démarche d’un Paul Grimault et son Roi et l’oiseau. Quelque part entre la poésie du conte et sa moralité empreinte d’une radicalité osée ou pour le moins surprenante. Très loin des canons disneyens et même pixariens. D’autant que ce discours s’appuie ici sur une animation pour le moins féérique, riche en couleurs tout en étant dotée d’une ligne claire et épurée. On est ainsi frappé par le symbolisme du dessin. Entre l’expressionnisme et l’abstraction pure. On pense aux explosions de canons par exemple qui expriment bien la violence des combats sans que pour autant l’on rentre dans le détail outrancier. Là n’est point la finalité. Il y a là comme un hors champs bien plus percutant et saisissant. L’adulte et l’enfant se rejoignent alors pour laisser libre court à leur imagination.
    La Fameuse Invasion des ours en Sicile est donc de la race de ces films à la fois exigeants et merveilleux, intelligents et fantasmagoriques tout en ne se refusant rien via un 2D aux perspectives hallucinantes pour une fluidité de l’animation qui tient de la magie visuelle. Et puis il y a cette fin douce amère qui pourra en désarçonner plus d’un mais qui fait tout le sel et le piquant d’une morale d’un autre temps mais tellement d’actualité. Le seul regret est cette facilité de narration au début et à la toute fin comme s’il fallait enfermer le film dans une sorte de cocon rassurant et de toute façon bien trop sage pour ne pas dire très éloignées des ambitions des 70 autres minutes. C’est dommage mais ne gâche en rien le plaisir jamais démenti et intacte d’avoir touché de la rétine la magnifique cruauté poétique des contes d’antan que l’on lisait inlassablement au coin du feu, seule source de lumière et de chaleur alors que dehors les ours rôdent. Oui ok, on s’emballe. SG 3,5/5
  • Box office : 3ème meilleur démarrage à la séance 14h parisienne du mercredi avec 852 entrées sur 13 copies. C’est à peu près dans les mêmes eaux que Les Hirondelles de Kaboul, dernier film d’animation sorti début septembre qui aujourd’hui en est à 287 099 spectateurs enregistrés sur 194 copies. La Fameuse Invasion des ours en Sicile dispose quasiment du double avec 337 copies. Autant dire que Pathé a mis la barre assez haute avec certainement pour ambition de faire aussi bien que La Tortue rouge (autre film cannois positionné sur le même segment auteur) et ses plus de 500 000 entrées.
  • La chronique Blu-ray : À n’en pas douter, Pathé a prévu une sortie Blu-ray de ce film qui de toute façon mérite amplement d’être chouchouté sur le support. Et pourquoi pas une édition Ultra HD 4K ?

  Lâchez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *