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Fiche film : Sorry We Missed You

Sorry We Missed You est écrit par Paul Laverty, collaborateur familier de Ken Loach puisqu’ils ont travaillé plus d’une quinzaine de fois ensemble. Le script est né de bribes d’histoires que Laverty a trouvé dans ses carnets.

Pendant ses recherches pour le film, Paul Laverty a rencontré quelques difficultés : les chauffeurs étaient réticents à l’idée de témoigner par crainte de perdre leur emploi et les dépôts étaient difficiles à pénétrer. Il a toutefois réussi à rassembler des informations grâce à un homme qui travaillait dans un dépôt voisin de là où le film a été tourné.

Sorry We Missed You offre à Kris Hitchen son premier grand rôle au cinéma. Plombier durant vingt ans, il décide de se lancer dans la comédie à l’âge de 40 ans avec l’accord de sa femme, qui a dû travailler plus afin de mettre leur famille à l’abri. Ses partenaires à l’écran se sont eux aussi mis tardivement à la comédie : Debbie Honeywood qui joue sa femme, est assistante de vie scolaire et Ross Brewster, son boss, est officier de police.

Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Sorry We Missed You (2019)

Réalisateur(s) : Ken Loach
Avec :  Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor, Ross Brewster
Durée : 1h40
Distributeur : Le Pacte
Sortie en salles : 23 octobre 2019

Résumé : Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

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  • Avis express : À plus de 80 ans Ken Loach ne lâche rien et surtout pas son discours et ce constat d’un monde capitaliste de plus en plus inégalitaire, de moins en moins humain. Vous me direz, rien de nouveau depuis sa palme d’or en 2016 avec Moi, Daniel Blake. Ce serait pourtant bien mal connaître l’homme et son cinéma. Et puis si Ken Loach en remet ainsi inlassablement une couche c’est bien que la société mute sans cesse sous les coups de boutoir de nouveaux acteurs économiques qui perpétuent le modèle séculaire d’une forme d’esclavage. On parle ici de la fameuse ubérisation de tout un pan de notre quotidien que Sorry We Missed You prend à bras-le-corps en décrivant une famille qui sombre peu à peu dans la précarité quand le père décide de se mettre à son compte en devenant chauffeur-livreur pour une société spécialisée dans la livraison de biens achetés sur le web.
    En fait d’être son propre patron, le voici soumis à des journées de 14h courant sans cesse pour livrer des colis en n’étant payé qu’à la livraison (le « sorry we missed you » étant le mot laissé quand la livraison n’a pu être effectuée), ne pouvant se prévaloir d’aucune couverture sociale et encore moins de cotisation retraite. Ces cadences infernales et cette façon de pressuriser l’humain afin de dégager un maximum de bénéfices au profit d’actionnaires anonymes le tout dans un cadre juridique approuvé par les politiques et quelque part la société qui en créant cette demande valide tout l’écosystème, renvoie indubitablement aux images d’un Charlie Chaplin s’échinant sur ses écrous à la chaîne dans Les Temps modernes. Et si le patron salaud est toujours d’actualité, il est doublé d’un appareil de géolocalisation qui pourra jusqu’à déceler la pause pipi forcément de trop et qu’il faudra de surcroît rembourser de votre poche en cas de vandalisme sur sa « personne » perpétrée par des tiers. De même, si vous vous faites casser la gueule durant vos heures de boulot, les frais médicaux sont là aussi à votre charge.
    Et dans ce marathon quotidien, il faut aussi ne pas perdre de vue l’ado de fils en pleine crise et une épouse qui ne sait plus comment faire pour resserrer les liens d’une fratrie qui craque de toute part alors qu’au sein de son propre boulot (aide à domicile pour personnes âgées) on lui en demande toujours plus. On en voit déjà certains en train de crier au misérabilisme d’une description qui charge la mule. On va dire que ces personnes devraient continuer à se faire du bien devant un « bon » Marvel ou continuer à penser que la vraie vie ne peut s’apprécier qu’en plein centre de Paris en râlant sur le livreur de pizza une nouvelle fois à la bourre sur le temps qui lui était imparti. Quant à Ken Loach il ne noircit jamais le tableau, usant d’ailleurs d’une mise en scène comme toujours épurée mais jamais minimaliste et s’appuyant sur des acteurs au naturalisme évident dont c’est bien souvent la première expérience devant la caméra.
    Sorry We Missed You touche ainsi au but que son réalisateur s’était fixé. Il va peut-être même au-delà en insufflant encore une fois une âme à une entreprise qui démontre l’inanité et l’injustice permanente d’un système qui n’est bien entendu pas uniquement propre à l’Angleterre. Pour nous français, elle peut même se voir comme ce qui nous attend très prochainement et ce quelque soit les garde-fous encore en place hérités de notre histoire économique moins libérale que chez nos voisins anglo-saxons. Sorry, it’s just a matter of time ! SG 3,5/5
  • Box office : On peut imaginer de la part du Pacte, son distributeur, un dispositif idoine à celui mis en place en 2016 pour Moi, Daniel Blake soit 250 copies et l’ambition d’aller chercher le presque million d’entrées. Le fait que Sorry We Missed You ne soit pas Palme d’or devrait avoir une incidence négligeable tant le réalisateur anglais dispose dorénavant en France d’un tapis de fans non négligeable qui lui permet de toujours dépasser les 500 000 spectateurs (à l’exception notable de Route Irish en 2011) depuis plus de 10 ans. Edit 24/10 : 28 668 entrées sur 200 copies en 24h contre 36 811 spectateurs au même stade pour Moi, Daniel Blake. Les 50 copies de moins se ressentent mais ne devraient pas empêcher le cinéaste anglais d’attirer au final plus de 500 000 spectateurs.
  • La chronique Blu-ray : Depuis l’apparition du Blu-ray en 2008, tous les films de Ken Loach (à l’exception là encore notable de Route Irish en 2011) ont bénéficié d’une édition Blu-ray. On ose espérer/croire qu’il en sera de même ici. Au passage petit appel du pied à qui de droit. À quand la possibilité de trouver les autres films de Loach en Blu-ray ? Des œuvres (au hasard) comme Kes (1969) ou la palme d’or Le Vent se lève le mériteraient amplement.

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