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Fiche film : Les Misérables (2019)

Ladj Ly est à l’origine un membre du collectif Kourtrajmé créé en 1994 par Kim Chapiron, Toumani Sangaré et Romain Gavras. Il a par le passé réalisé des web-documentaires qui ont été remarqués, comme 365 jours à Clichy-Montfermeil, tourné pendant les émeutes de 2005, et 365 jours au Mali, où il s’est immergé dans ce pays pendant un an.

En 2017, le metteur en scène impressionne avec son court métrage intitulé Les Misérables, qui suit le parcours difficile d’un membre de la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil (déjà avec Damien Bonnard, Djebril Didier Zonga et Alexis Manenti). Une œuvre choc nommée au César du Meilleur court métrage en 2018, qu’il a décidé d’adapter sur grand écran via un long métrage du même titre présenté à la sélection officielle du 72ème Festival de Cannes où il a obtenu le Prix du Jury.

Les Misérables (2019)

Réalisateur(s) : Ladj Ly
Avec : Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly, Steve Tientcheu, Almany Kanoute
Durée : 1h42
Distributeur :  Le Pacte
Sortie en salles : 20 novembre 2019

Résumé : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux  « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

Articles / Liens :

  • Avis express : Il parait que notre Président a été bouleversé par la vision des Misérables. Film que Monsieur Macron a découvert sans le cinéaste Ladj Ly qui a refusé l’invitation de L’Élysée préférant envoyer un DVD (Sic !) non sans avoir toutefois pris la peine de renvoyer la politesse pour une séance entre potos à Montfermeil. Dûment déclinée par l’administrateur de nos impôts. C’est dommage car pour Le Pacte, son distributeur, on tenait là, la promo de l’année tous frais payés. Qu’à cela ne tienne car si la banlieue décrite dans Les Misérables et le 8ème arrondissement de Paris n’ont pas vocation à se comprendre ou même se côtoyer, au moins se sont-ils reniflés l’arrière-train avec d’un côté la perspective d’un énième « plan banlieues » mort né et de l’autre la sensation (fantasmée ou réelle) de rester ad vitam aeternam une quantité à surveiller comme le lait sur le feu mais in fine négligeable.
    C’est d’ailleurs en creux ce que balance le film. En fait non. C’est ce que balance pleine poire Les Misérables. Une rage pas du tout contenue à l’égard des politiques et de cette société qui créent de toute pièce les différents protagonistes d’un bestiaire aussi proche que possible d’une réalité vécue au quotidien par le cinéaste. Celle de gamins qui se font chier au lendemain de la victoire de l’EDF (à ne pas confondre avec Électricité de France) à la coupe du monde dont l’un décide de gauler un bébé lion au cirque de manouches qui vient de s’installer dans le coin pour quelques représentations estivales. Celle de ces trois flics de la BAC (brigade anti-criminalité) qui jouent tantôt aux cowboys et tantôt aux cowboys dont l’un débarque tout droit de Cherbourg pour nous servir accessoirement de « regard caméra ». Une première journée qui va les amener à enquêter sur ce bébé lion tout en tentant d’apaiser les tensions naissantes entre communautés qui se renvoient la balle du forfait lionceau alors même qu’ils tentent d’étouffer une bavure qu’ils ont commises filmée à leur insu depuis un drone.
    Pour autant Ladj Ly ne fait pas dans le manichéisme. Tout le monde en prend pour son grade justifiant le titre de son film. Les misérables étant tous ces laissés pour compte d’une société, flics ou gosses des rues, frères musulmans ou vrai-faux « maire » d’une communauté invisible, que personne ne veut plus voir ou entendre. Ils sont ces gueux sur lesquels Ladj Ly concluent provisoirement lors du générique par cette phrase : « Mes amis, retenez bien ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »  reprenant ainsi l’épilogue écrit par Victor Hugo pour son roman au titre éponyme.
    Oui car Les Misérables est aussi pour cet homme qui s’est formé à l’ombre du fameux collectif Kourtrajmé, une façon de revisiter quelques pans et personnages de ce classique de la littérature française. Avec la volonté évidente de puiser dans les racines de notre Histoire pour mieux éclairer notre présent. On y trouve ainsi le Gavroche révolutionnaire en la personne du petit Issa qui en volant le lionceau veut sans doute briser sa servitude comme il aimerait briser toutes les formes d’autorité qui plombent son quotidien. On croise aussi un Jean Valjean sous les traits d’un frère musulman pour qui la religion a permis de retrouver le droit chemin sans oublier Javert que personnalise Chris, le chef du trio de « baqueux » pour qui la rédemption est impossible. Au-delà, il y a une véritable volonté d’épaissir sans cesse des personnages afin de ne pas en faire des icônes ou des symboles. Ladj Ly s’évertuant ainsi à border son premier long en une sorte de docu-fiction qui ne veut pas prêter le flanc à aucune critique à commencer par celui du film anti-flic.
    Ce qui n’empêche pas Les Misérables d’être parfois plus fiction que docu. On pense à la dite bavure censée mettre le feu aux poudres. Comment imaginer un seul instant que des flics en civil ayant commis quasi l’irréparable sur un gamin puisse le trimbaler dans une voiture à la recherche du pilote de drone plutôt que de l’emmener aux urgences ? On ne voit pas non plus comment trois membres de la BAC peuvent se balader pépouze en pleine cité des Bosquets de Montfermeil pour s’interposer là entre deux bandes autrement plus nombreux qu’eux (gitans Vs locaux de la cité) tels des casques bleus improbables ou pénétrer ici dans un immeuble à la poursuite de délinquants sans s’assurer d’éventuels renforts. On ne va pas tout lister même si l’on est bien obligé de constater que l’histoire en prend tout de même un coup pour devenir un tantinet téléguidé sinon artificiel.
    Ce que n’a jamais été La Haine dont Les Misérables est tout naturellement et plus qu’aucun autre film, le rejeton légitime. Le film de Kasso tenant son propos en assumant jusqu’au bout sa narration empreinte d’un style ultra décorrélé des codes du naturalisme induits par son sujet même. Mais si le film de Ladj Ly navigue ainsi souvent à vu, il finit tout de même par retomber sur ses pattes prouvant si besoin l’énorme talent d’équilibriste de son réalisateur mais surtout sa propension à ne finalement jamais lâcher prise. C’est ainsi que tendu vers son objectif de rendre compte (à sa façon) d’une réalité qui va tous nous péter à la gueule d’ici peu (certainement bien avant la montée des eaux consécutives à celle des températures), il réussit à balancer des vérités qui finissent par former une réalité véritablement sans filtre. Il y a là comme un miracle. Sans doute le dernier. SG 3/5
  • Box office : Compte tenu du buzz, du prix obtenu à Cannes et de pourquoi pas son futur Oscar dans la catégorie meilleur film étranger, sans compter la ribambelle de César en point de mire, il y a de quoi envisager le plus que million d’entrées. En fait, on va dire que c’est le minima surtout quand le distributeur annonce dans les 500 copies… Edit 25/11 : 461 113 entrées en 5 jours sur 490 copies, soit le 4ème meilleur démarrage de l’année pour un film français
  • La chronique Blu-ray / Blu-ray 4K : On ne voit pas trop ce qu’un Blu-ray 4K apporterait à un film dont la forme (caméra vérité à l’épaule et photo plutôt « écrasante ») n’est pas son atout le plus flagrant. Mais bon, on a vu politique éditoriale bien plus folklo de par le passé chez d’autres éditeurs. D’autant que si succès monstre il y a, Le Pacte pourrait se lancer dans l’aventure. Par contre, on est certain que notre Président serait sensible à l’envoi d’un Blu-ray…

2 réflexions sur « Fiche film : Les Misérables (2019) »

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