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Fiche film : The Hunt

The Hunt est sorti aux Etats-Unis le 13 mars 2020 pour à peine une semaine d’exploitation du fait de la fermeture des cinémas en relation avec la propagation du Coronavirus.

The Hunt devait initialement sortir en septembre 2019 (le 9 octobre en France). L’intervention de Trump stigmatisant le film sans le nommer sur Twitter après que deux fusillades (El Paso au Texas et Dayton dans l’Ohio) aient endeuillées l’Amérique le même jour (le 4 août) avait en effet poussé Universal à en annuler dans un premier temps la sortie. Poisse quand tu nous tiens…

La nouvelle date de sortie en France pour The Hunt devait être  le 22 avril mais compte tenu de la mise à disposition du film sur les plateformes VOD américaines et de son report sans nouvelle date chez nous, on peut légitimement se poser la question d’une annulation tout court avec passage direct en VOD ou e-cinéma. Poisse quand tu nous tiens (air dorénavant connu).

Le réalisateur Craig Zobel s’est fait remarquer en 2005 avec Les Survivants (Z For Zachariah), un film post-apo plutôt fauché mais aux intentions louables qui n’est jamais sorti chez nous au cinoche (inutile de s’appesantir sur l’air n’est-ce pas ?) ainsi que par la réalisation de quelques épisodes de séries tels que The Leftovers, American God ou Westworld.

The Hunt (2020)

Réalisateur(s) : Craig Zobel
Avec : Ike Barinholtz, Betty Gilpin, Emma Roberts, Hilary Swank
Durée : 1h30
Distributeur : Universal Pictures International France
Sortie en salles : 22 juin 2020

Résumé : Douze inconnus se réveillent dans une clairière. Ils ne savent ni où ils sont, ni comment ils sont arrivés là. Ils ne savent pas qu’ils ont été choisis dans un but bien spécifique… la chasse.

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  • Avis express : Pas un mois sans qu’il ne se passe un truc d’intéressant chez Blumhouse. C’est que la société de production américaine fondée par le producteur Jason Blum n’en finit pas de faire parler d’elle, et ce, que l’on aime ou non les films qui sortent de ses hangars. Au hasard balthazar on peut citer la série des Paranormal Activity qui les a littéralement installé au centre du « game » et qui leur a permis de développer des franchises tels que American Nightmare ou Insidious mais aussi de sortir un certain M. Night Shyamalan du no man’s land cinématographique avec The Visit, Split et Glass. Et que dire de la la révélation Jordan Peele ? On peut certes détester les bêtes de foire que sont Us ou Get Out (et on ne s’en prive pas à DC), mais il serait malvenu d’en contester leur influence auprès de spectateurs de plus en plus nombreux. À ce petit tour du propriétaire, il faut préciser deux principes inamovibles qui caractérisent systématiquement les productions Blumhouse : budgets riquiquis et sujets a minima poils à gratter qui se nichent au sein de films dits de genre. Ce à quoi les plus avisés pourront rétorquer que c’est bien là l’essence même du cinéma de genre. Certes mais ce faisant Blumhouse perpétue de facto ce qui avait un tantinet disparu entre la fin des années 80 et le début des années 2000 au sein du cinéma d’exploitation étasunien.
    Et The Hunt de remplir toutes les cases pour ne pas dire plus. Et ce avant même sa sortie initiale stoppée net. En cause une bande annonce plutôt salée (qui a depuis été remontée) illustrant avec force et détails une histoire qui semble vouloir opposer deux franges de la population américaine en une chasse à l’homme façon Les Chasses du comte Zaroff. D’un côté les MAGA, un acronyme pour Make America Great Again qui englobe grosso modo les électeurs de Donald Trump dont le noyau dur serait les suprémacistes blancs, et de l’autre les libéraux aisés, végans, LGBT+, #MeToo et en tous points politiquement corrects. Il semblerait d’ailleurs que le titre de travail était Red State Vs Blue State sans que ni Blumhouse ni Universal, son partenaire privilégié au niveau de la distribution, ne confirment la chose. Jusqu’ici me direz-vous, on ne voit pas trop pourquoi le film ne sortirait pas. C’est que le mois d’août 2019 a été endeuillé aux États-Unis par deux fusillades le même jour dont une aux connotations explicitement racistes à l’encontre de personnes d’origine mexicaine. Résultat : 31 morts et une ribambelle de blessés. Il était clair que sortir quelques semaines plus tard un film ultra graphique dont la colonne vertébrale s’articule autour de morts violentes par armes à feu devenait délicat. D’autant que Donald Trump, jamais à une contradiction près, s’en prenait directement au film sans toutefois le nommer, dans un Tweet incendiaire dont il a le secret. Mais oui ma bonne dame, sur une simple bande annonce on peut dire que voilà un film qui ne fait qu’entretenir la haine de l’autre quand  le pays a besoin de se recueillir et non de se déchirer avec l’aide de fusils à pompe et autres armes automatiques dont la vente est au demeurant encouragée par l’actuel Président des États-Unis.


    Et The Hunt de se retrouver au frigo en attendant des jours meilleurs (ou pas). C’est le succès mondial de Joker qui va donner l’alibi aux marketeux de chez Universal de le décongeler avec l’argument un peu spécieux que le film de Craig Zobel chassait sur les mêmes terres thématiques. On a beau trouver le film assez éloigné de la réputation bas du front qu’on a bien voulu lui coller originellement, on cherche encore la filiation. Oui car The Hunt n’est absolument pas ce brûlot raciste anti MAGA dont Trump s’est fait le porte parole pour le moins maladroit. C’est beaucoup plus subtil que cela tant il renvoie tout le monde dos à dos. C’est bien simple dans The Hunt on n’a toujours pas trouvé le personnage sur qui on peut se projeter ou juste s’adosser. Certes il y a celle qui émerge et que l’on va suivre jusqu’au bout mais son pedigree est suffisamment incertain pour que le malaise affleure lors de chacune de ses décisions uniquement motivées par sa survie. Exit en effet tout ce qui permettait par exemple chez Rambo de justifier son aversion envers un pays qui ne voulait de toute façon plus de lui. Et c’est bien là toute la réussite de The Hunt. Dans cette propension à ce que tout le monde en prenne pour son grade avec une critique totalement frontale envers une société qui se délite d’elle-même, rongée de l’intérieur et à vitesse grand V. Une société qui a porté au pouvoir Donald Trump mais dont on serait bien mal placé de la juger tant le film nous renvoie l’image de notre propre inhumanité.
    Alors certes ce message porté avec conviction par un certain Damon Lindelof (showrunner entre autres de Watchmen et The Leftovers) ne bénéficie pas de la mise en scène qu’il mériterait, mais le propos est suffisamment fort et clivant pour emporter sans problème notre suffrage et notre enthousiasme. À une époque où faire des vagues ou simplement provoquer des remous peut vous lapider en place numérique, The Hunt se pose là, même si pour cela il aura subi une nouvelle fois les foudres du destin en ne restant qu’une petite semaine dans les salles de cinéma américaines. The Hunt film maudit ? Comme dirait l’affiche US : Decide for yourself. 3/5 SG

  • Box office :  Pas de salles de cinéma, pas de chocolat ! Edit 6 juin : Finalement Universal France a décidé de le programmer dès le 1er jour de la réouverture des salles de cinéma en France.
  • La chronique Blu-ray / Blu-ray 4K : Un Blu-ray est référencé sur Amazon US sans date de sortie au moment où nous bafouillons ces quelques lignes. Edit 6 juin : Un Blu-ray est finalement annoncé pour le 9 juin avec une VF (doublage canadien) et des sous-titres français. Pas certain que même sevrée de cinoches, le français moyen adapte de ce genre de friandise va attendre le 22 juin pour aller le voir sur grand écran.

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