Belle de Jour - Image une fiche film

Fiche film : Belle de jour

Belle de jour est tiré du roman homonyme de Joseph Kessel. Luis Buñuel et le scénariste Jean-Claude Carrière prirent des libertés par rapport à l’œuvre originale, mais l’écrivain ne leur en tint pas rigueur, bien au contraire.

Luis Buñuel vient de tourner Le Journal d’une femme de chambre en collaboration avec l’écrivain Jean-Claude Carrière, lorsqu’en 1966 les frères Hakim lui proposent d’adapter le roman de Joseph Kessel. Après un tournage au Mexique pour Simon du désert, il revient en France et remanie, avec celui qui deviendra son scénariste fétiche, l’histoire d’un roman qu’il trouve trop mélodramatique mais bien construit. Belle de Jour satisfera son désir de metteur en scène aimant mêler indistinctement rêve et réalité à l’écran.

Belle de Jour (1967)

Réalisateur(s) : Luis Buñuel
Avec : Catherine Deneuve, Jean Sorel, Michel Piccoli, Pierre Clémenti, Françoise Fabian, Macha Méril
Durée : 1h40
Distributeur : Valoria Films
Sortie en salles : 24 mai 1967
Reprise : 2 août 2017 en version restaurée 4K (Carlotta Films)

Résumé : Épouse très réservée de Pierre, Séverine est en proie à des fantasmes masochistes révélant son insatisfaction sexuelle. Poussée par la curiosité, Séverine se rend discrètement dans une maison de rendez-vous et devient bientôt, à l’insu de Pierre, « Belle de Jour », la troisième pensionnaire de Mme Anaïs. Elle semble trouver son équilibre en assouvissant les désirs de ses clients, mais l’aventure tourne mal quand Marcel, voyou habitué de la maison, s’éprend de Séverine…

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  • Avis : Indéniablement, Belle de Jour continue de fasciner. Par ce qu’il raconte d’abord. Une femme, bourgeoise et oisive dans la France juste avant 68, ne se satisfait pas de sa vie de jeune épouse mariée à un médecin bien trop prévenant et pas assez entreprenant. Elle s’évade alors en rêveries masochistes propres à fouetter un quotidien bien trop sage et frigide. Jusqu’au jour où un ami à l’esprit bien placé lui susurre l’existence de maisons closes en plein Paris qui lui fera découvrir un monde rejoignant de plus en plus dangereusement ses fantasmes. Dit comme cela, Belle de Jour pourrait s’apparenter à un bon petit Marc Dorcel des familles. Et cela ne serait pas faux tant la trame de la plupart de ces productions s’appuie sur cette mécanique de la bourgeoise qui veut ou que l’on oblige à se frotter aux bas-fonds de la société. C’est un mécanisme qui permet d’ouvrir une boîte de pandore aux réminiscences insondables, un peu à l’image de celle qu’ouvre ce « client » chinois devant une Catherine Deneuve médusée mais dont nous spectateur nous ne saurons rien sinon par la bande son qui fait entendre comme des bruits de mouche. Débrouillez-vous avec ça.
    Catherine Deneuve justement dont la beauté diaphane y est pour beaucoup dans l’attraction façon beauté du Diable du film. On dit que sa collaboration avec Buñuel ne fut pas sans heurts sur le plateau. La star naissante cherchant sans cesse à ne pas trop dévoiler ses charmes. Bien lui en a pris tant elle imprègne la pellicule de son ensorcelante beauté jouant au chat et à la souris avec la caméra de Buñuel. À tel point d’ailleurs qu’ils remettront cela dans Tristana deux ans plus tard, l’un et l’autre ne se tenant aucunement rigueur. Le phénomène mondial qu’était devenu depuis Belle de Jour étant certainement aussi passé par là. Deneuve est l’incarnation parfaite de cette Madame Bovary du 20è siècle dont la liberté réside plus que jamais dans les méandres d’une psyché dont le seul but est de s’échapper de cette réalité considérée comme castratrice.
    Et c’est là que la mise en scène de Buñuel intervient pour rendre compte avec le génie indicible qu’il coltine de film en film depuis Un chien Andalou de cette dualité entre la réalité et l’onirique. Sachant que le cinéaste s’amuse comme un petit fou à toujours brouiller les pistes. Jusqu’à même se demander si Belle de Jour ne serait pas finalement qu’une vaste farce issue d’un cerveau en perpétuelle ébullition ou juste une radiographie cruelle de la société bourgeoise, images d’actualité à l’appui. On exagère à peine tant la grâce de Belle de Jour et donc son universalisme intemporel se lovent ici. Dans cette propension à ne jamais lâcher le morceau tout en ayant pourtant asséné une démonstration en forme d’uppercut. Il y a là comme une forme de lévitation délétère, un miracle finement orchestré qui touche in fine au sublime. 4,5/5 SG
  • Box office 2 162 160 entrées. C’est le plus gros succès commercial en France pour un film de Luis Buñuel.
  • La chronique Blu-ray : Belle de jour est bien entendu disponible en Blu-ray chez StudioCanal mais aussi aux Etats-Unis chez Criterion. On aurait pu penser que la grosse différence viendrait de l’image qui chez Criterion provient d’une restauration 2K (l’édition date de 2012) alors que chez StudioCanal elle est issue d’une restauration 4K effectuée depuis le négatif original. C’est d’ailleurs cette version qui fut présentée à Cannes Classics en 2017 à l’occasion des 50 ans du film et distribuée dans les salles à l’été 2017. Dans les faits, on a jeté un œil aux deux et bien malin qui pourra déceler une différence. On ose croire / espérer qu’elle existe mais quant à nous on cherche encore. Et de fait les deux images proposent le même grain appréciable, la même définition, la même palette colorimétrique à la richesse affolante pour au final un même rendu organique et très pelloche. Un  vrai bonheur en quelque sorte. On vous a mis quelques captures comparatives ci-dessous.
    Tout ça pour dire que l’un dans l’autre Belle de Jour a été choyé sur support physique d’autant que les bonus ne sont pas en reste. La rencontre avec un psychiatre spécialiste de la sexualité que l’on trouve chez StudioCanal est au demeurant notre segment préféré. Le Docteur Sylvain Mimoun y donne en effet une lecture à la fois inédite et passionnante du film. Signalons enfin pour être complet que Belle de Jour est proposé en UHD 4K sur le service replay dédié de MyCanal. En espérant voir débarquer cela sur support physique bientôt ?
  • Pour aller plus loin : Belle de Jour est la deuxième des 7 collaborations entre Buñuel et le scénariste Jean-Claude Carrière qui débuta avec Le Journal d’une femme de chambre en 1964 et s’achèvera avec Cet obscur objet du désir en 1977. Le cinéaste espagnol qui meurt en 1983 ayant décidé que celui-ci serait son dernier film. En fait, à l’exception de Simon du désert en 1965, il s’agit tout simplement des 7 derniers films que réalisera Buñuel démontrant par là s’il était besoin, de la forte communion pour ne pas dire symbiose qu’avait développé les deux hommes. Les 7 films sont disponibles en Blu-ray et les visionner d’une manière chronologique permettent d’apprécier tous les champs des possibles d’une création riche et fructueuse qui mêle sans cesse critique de la bourgeoisie (mais pas que) en usant d’un traitement à la frontière de l’absurde et de l’onirisme (mais pas que).

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