Les Dames du Bois de Boulogne - Image une fiche film

Fiche film : Les Dames du Bois de Boulogne

Le tournage des Dames du Bois de Boulogne, qui a débuté à la fin du mois d’avril 1944, a été interrompu par la Libération de Paris qui a duré du 19 au 25 août de la même année. Les prises se sont poursuivies quelques mois plus tard, avec une équipe en partie différente.

Le metteur en scène Robert Bresson avait renié Les Dames du Bois de Boulogne considérant qu’il s’agissait d’un très mauvais film et regrettant avant sa mort que la télévision le programme.

Les Dames du Bois de Boulogne (1945)

Réalisateur(s) : Robert Bresson
Avec : Paul Bernard, María Casares, Elina Labourdette
Durée : 1h26
Distributeur : Consortium du Film
Sortie en salles : 21 septembre 1945
Reprise : 1er août 2018 en version restaurée 4K (Les Acacias)

Résumé : Hélène et Jean, deux grands mondains, sont amants depuis deux ans. Un soir, Hélène apprend de son ami et confident Jacques que Jean ne l’aime plus. Blessée, elle décide de rompre la première et jure de se venger. Elle retrouve une de ses amies qui loue sa jeune fille à de riches fêtards. Hélène s’arrange alors pour que Jean rencontre la jeune Agnès. Mais celui-ci tombe amoureux d’Agnès et décide de l’épouser. Hélène, lui révèle alors que la jeune femme est une prostituée…

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  • Avis : On peut sans aucun doute affirmer que Les Dames du Bois de Boulogne est un film à part pour ne pas dire unique dans la filmo de Bresson. Au-delà de son tournage chaotique à cheval entre la fin de l’occupation et la libération qui aura provoqué l’arrêt des prises de vue pendant plusieurs mois et une équipe technique en partie renouvelée par la suite, ce sera la dernière fois qu’il travaillera avec des acteurs professionnels. Déjà à la recherche d’un jeu en apparence atone, il n’arrivait pas à l’obtenir auprès d’une María Casares qui dira par la suite que ce tournage fut la pire expérience de sa carrière. Et pourtant. Bresson peut rejeter ce film et avoir fait endurer l’enfer à ses acteurs, il n’en demeure pas moins que Les Dames du Bois de Boulogne reste d’une affolante modernité dans sa propension à raconter une certaine société.
    Inspiré de l’histoire de Madame de La Pommeraye dans Jacques le Fataliste et son maître  de Diderot (fin XVIIIè) où il est question d’un marquis délaissant sa maîtresse qui se venge en lui faisant épouser une demoiselle dont il ne connaît pas le passé de prostitué, Les Dames du Bois de Boulogne transpose ce triangle amoureux qui fait forcément penser au Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, dans le Paris des années 40. La grande bourgeoisie a remplacé l’aristocratie et les hôtels particuliers sont le décor d’une histoire machiavélique propre à révéler toute la noirceur de l’âme humaine. C’est d’autant plus frappant que Bresson s’applique à déjà épurer sa mise en scène tout en optant pour un cadrage et une photo des plus classiques. Une dichotomie qui sert le propos du film et accentue la présence limite fantomatique des acteurs. Il faut voir comment María Casares est dans une retenue de tous les instants éclairée par l’âtre de la cheminée alors qu’une larme glycérinée coule sur son visage imperturbable pour comprendre immédiatement les intentions de Bresson. Montrer l’indicible alors que se joue devant nous la passion glacée d’une jalousie incontrôlable.
    Et puis il y a les savoureux dialogues de Cocteau venu à la rescousse pour extirper Bresson de l’impasse où il se trouvait au moment de l’écriture du film. Ils font échos à ceux des Enfants terribles dont il sera aussi le scénariste (adapté de son propre roman) et que réalisera Melville en 1950. Dans cette propension à toujours trouver les mots justes non pas en fonction de la situation mais en fonction de la condition humaine de chacun. Une poésie de la cruauté façonnée par cette encre lumière si chère au poète quand celui-ci voulait définir l’écriture cinématographique. Avec Les Dames du Bois de Boulogne, l’encre est toutefois bien noire et peu encline à donner de l’espoir sinon lors du magnifique plan final ambigu à souhait.
    Bresson ne veut pas juger (pas encore) mais il nous en donne la possibilité. Emmanuel Mouret s’y est d’ailleurs risqué dernièrement avec son Mademoiselle de Joncquières plutôt réussi en reprenant plus fidèlement encore la trame imaginée par Diderot. Si le style est plus « léger » et les dialogues propres à l’univers pétillant de Mouret, le propos reste le même. Noir et profondément désabusé. Mouret comme Bresson comprenant le cinématographe comme ce raie de lumière hypnotique provoqué par le projecteur dans une salle de cinéma plongée dans une nuit d’encre.  4/5 SG
  • Box office : 871 414 entrées auxquels il faut rajouter 2 568 spectateurs pour sa ressortie en 2018. Bresson n’a pas été un cinéaste prolifique au niveau du BO mais il a quand même réussi à deux reprises à dépasser la barre des 2 millions de spectateurs avec Un condamné à mort s’est échappé (1956) et Journal d’un curé de campagne (1955). Des chiffres venus d’une autre planète à l’aune des critères d’aujourd’hui surtout au regard du pedigree de ces deux films pour le moins exigeants et peu commerciaux. Aujourd’hui, on serait plus aux alentours des 200 000 entrées. Ce que réalisera au demeurant en 1983 L’Argent, son dernier film.
  • La chronique Blu-ray : Un très beau Blu-ray a vu le jour le 25 septembre 2018 édité par TF1 Studio au sein de son classieux label dénommé « Héritage » malheureusement enterré aujourd’hui. L’image est issue d’une restauration 4K depuis le négatif original. On redécouvre dès lors la photo de Philippe Agostini et ce N&B en trompe l’œil où le clair-obscur est roi. C’est tout simplement renversant de beauté avec un grain très fin et diffus propre à accentuer les cadres en apparences classiques où la profondeur de champs se devine au-delà des portes et fenêtres entre la caméra et les acteurs qu’il faut déjà sans cesse franchir (une grammaire visuelle devenue un leitmotiv) pour aller chercher une autre réalité. On appréciera aussi le complément vidéo qui par le biais de l’historien du cinéma Jean-Ollé Laprune revient sur le tournage particulier ainsi que le livret proposé au sein de ce Digibook qui propose une analyse assez fine du film.

Captures Blu-ray TF1 Studio
Cliquez pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

  • Pour aller plus loin : Pour celui ou celle qui découvrirait Bresson avec Les Dames du Bois de Boulogne, il faut certainement se dire qu’il s’agit de son film le moins hermétique au regard des us et coutumes de cinéma puisque par la suite Bresson travaillera avec des acteurs non professionnels qu’il appellera des « modèles » et selon une dramaturgie pour le moins épurée. Comme le sera de plus en plus sa mise en scène qu’il mettra au service de l’idée qu’il se fait du cinématographe et non du cinéma qui n’est pour lui que du simple théâtre filmé. Pour autant et si on s’en donne la peine, des films comme Mouchette (1967), Au hasard Balthazar (1966) ou encore Un condamné à mort s’est échappé (1956) qui ne peut que marquer au fer rouge son spectateur, finissent par donner envie de tout voir de la filmo d’un cinéaste qui aura été fidèle tout au long de sa vie à ses principes aussi arides qu’un couvent janséniste perdu dans la montagne. Voir Bresson se mérite et peut donner lieu à une forme d’extase cinéphilique et ce même si le cinéaste n’en a cure. D’autant que quasiment tous ses films existent en Blu-ray. Seuls manquent à l’appel ses 4 longs réalisés de 1969 (Une femme douce) à 1977 (Le Diable probablement) mais que l’on pourra toutefois trouver en DVD en attendant mieux.

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