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Fiche film : Madre

Madre est adapté d’un court-métrage au titre homonyme qui a été sélectionné dans de nombreux festivals et nommé aux Oscars. Conscient que ce court ferait une grande scène d’ouverture de long-métrage, et désireux de retrouver le personnage d’Elena, Rodrigo Sorogoyen a voulu poursuivre son histoire avec un long. Le film ne raconte pas ce qui se passe immédiatement après le court-métrage mais se situe dix ans après.

Madre (2020)

Réalisateur(s) : Rodrigo Sorogoyen
Avec : Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, Anne Consigny, Frédéric Pierrot
Durée : 2h09
Distributeur :  Le Pacte
Sortie en salles : 22 juillet 2020

Résumé : Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

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  • Avis express : Rodrigo Sorogoyen commence à se faire un nom au-delà de son pays et franchement on ne peut que s’en réjouir. Ses deux thrillers à tendance politique que sont Que Dios nos perdone et El Reino l’ont en effet prouvé. Le cinéaste espagnol l’a peut-être d’ailleurs inconsciemment compris lui qui s’est délocalisé au Pays Basque français où Madre déploie sa trame. Celle d’une mère d’origine espagnole qui traîne son spleen sur la côte d’Hendaye à la recherche… Mais à la recherche de quoi en fait ? Petit flash-back sur les 15 premières minutes du film. Soit la reprise intégrale d’un court-métrage au titre éponyme qui avait fait le tour des festivals. Un plan séquence diabolique où cette même maman est pendue au téléphone dans son appartement madrilène. Au bout du fil son petit garçon paniqué qui attend son père parti depuis trop longtemps chercher un jouet dans la voiture, la batterie du portable laissé par le paternel est à l’agonie et il semble être sur une plage de la côte Atlantique française où il n’y a pas une âme à l’horizon. Les parents sont-ils séparés ? No clue. La caméra suit tous les mouvements de la mère tel un animal en cage alors que la tension est à son comble. Il y a cette impuissance à ne rien pouvoir faire doublée de la menace soudaine d’un homme surgit de nulle part décrit comme tel par l’enfant de 6 ans. Et c’est bien entendu là que le portable décide de rendre les armes. Diabolique on vous dit.
    10 ans plus tard, Madre le long peut donc commencer alors que le spectateur vient de se prendre un sacré uppercut dans les gencives. La mère semble avoir péniblement refait sa vie jusqu’au moment où elle tombe sur un jeune sur la plage dont l’apparence semble lui rappeler son fils qui, s’il était vivant, aurait son âge. Il faut préciser ici que l’on comprend très vite que le fils n’est plus. Sorogoyen ne l’explicite jamais mais l’exprime indéniablement par sa mise en scène basée sur des plans-séquences cadrés en grand angle. Ce qui donne une sensation d’écrasement et de solitude du personnage qui pour beaucoup peut amener vers une forme de folie ou plus prosaïquement une volonté d’oubli. Et on en revient à la question du début. Que recherche cette maman qui n’arrive pas à s’extirper de son deuil (mais comment le pourrait-elle ?) au contact de cet ado ? Un fantasme d’une vie de famille qu’on lui a volé ? S’accrocher à la croyance folle que son fils est vivant ? Ou autre chose qu’il faut aller puiser ailleurs. Dans l’espoir d’une renaissance qui passe forcément par des sensations nouvelles.
    Sorogoyen dit que pendant l’écriture de Madre il a revu Le Souffle au cœur de Louis Malle, Été 42 de Robert Mulligan ou Mourir d’aimer d’André Cayatte. Trois films emblématiques de l’idée que l’on se fait du cinéma qui doit être à même de mettre à nue les sensibilités et les émotions les plus intimes, transgressifs ou non, pour révéler l’indiciblement humain. Madre y parvient avec une grâce, une douceur et une profession de foi peu commune dans le cinéma d’aujourd’hui. Il y arrive aussi en laissant à ses acteurs une forme de liberté qui éprouve inlassablement le spectateur ne sachant jamais véritablement à quel saint se vouer. Quant à l’histoire totalement en apesanteur, elle finit par nous achever d’autant que la caméra véritablement oppressive et organique de Sorogoyen ne nous donne aucun relief tangible où agripper nos certitudes.
    De l’uppercut initial, Madre s’achève par un travail au corps encore plus éprouvant que même la petite lumière d’espoir entrevue au détour des derniers plans ne nous convainc absolument pas quant à une suite heureuse. Et pourtant. Si l’on en ressort totalement lessivé, on est aussi persuadé d’avoir assisté à un petit miracle cinématographique. 4/5 SG
  • Box office : Madre bénéficie d’une combinaison de 164 copies. Sur Paris à la séance de 16h, il a attiré 565 spectateurs sur 15 copies. Ce qui est par exemple mieux que Lands of Murders qui sur 19 copies parisiennes a réalisé 448 entrées.
  • La chronique Blu-ray : Si l’on se fie à l’historique en la matière du Pacte, on peut raisonnablement s’attendre à une déclinaison en Blu-ray du film.

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