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Fiche film : The Lodge

Aux commandes de ce film qui lorgne indiscutablement vers le fantastique on trouve un duo de réalisateurs, Veronika Franz et Severin Fiala, déjà responsables de Goodnight Mommy en 2014.

The Lodge partage avec ce premier long des thèmes en commun comme celui de la famille dysfonctionnelle ou des ambiguïtés au sein d’une fratrie.

The Lodge (2019)

Réalisateur(s) : Severin Fiala et Veronika Franz
Avec : Riley Keough, Jaeden Martell, Lia McHugh, Richard Armitage, Alicia Silverstone
Durée : 1h48
Distributeur :  Metropolitan Vidéo
Sortie en DVD, Blu-ray et VOD : 15 juillet 2020

Résumé : Un événement tragique a endeuillé une famille. Des mois plus tard, un peu avant Noël, le père décide d’envoyer son fils et sa fille avec sa nouvelle compagne dans un chalet isolé au milieu de montagnes enneigées. Les enfants détestent cette belle-mère pourtant discrète et compréhensive en apparence. Des événements étranges se produisent alors et la tension monte alors que les trois protagonistes. Qui est vraiment cette jeune femme ? Et ces enfants, sont-ils aussi innocents qu’ils veulent bien le faire croire ?

Articles / Liens :

  • Avis express : C’est bien simple, Goodnight Mommy nous avait littéralement séché. Cette relecture à peine voilée de L’Autre, chef-d’œuvre signé Robert Mulligan, nous permettait de surcroît de découvrir le talent d’un duo de cinéma déjà affirmé par quelques courts-métrages réussis dont un segment au sein de l’anthologie d’horreur The Field Guide to Evil. The Lodge, leur deuxième long, confirme cette première impression alors même que les voilà déjà en dehors de leur zone de confort. D’Autriche, les voici dans l’antichambre d’Hollywood via La Hammer qui produit le film et une sélection à Sundance, d’un scénario original, ils reprennent ici un script qu’ils ont toutefois totalement retravaillé, d’un thriller psychologiquement redoutable, on flirte avec The Lodge dans le fantastique façon Hérédité d’Ari Aster. Mais que l’on ne s’y trompe pas. À chaque fois, on y cause de la famille et de certaines déviances qui peuvent apparaître en son sein.
    En creux, le rejet du monde extérieur et des adultes perçu comme une vérité et une réalité qu’il faut combattre à tout prix le tout filmé à hauteur d’enfants. La démonstration était particulièrement saignante dans Goodnight Mommy, elle l’est toujours autant dans The Lodge avec toutefois un élément dysfonctionnel supplémentaire qui n’est autre que la religion assimilée ici à la négation de toute forme d’humanité. En dire plus serait criminel ne serait-ce qu’au regard du retournement de situation finale qui la encore diffère de Goodnight Mommy où elle nous explosait pleine poire au cours des dix dernières minutes éprouvantes. Dans The Lodge, notre couple de cinéastes nous y amène en douceur si l’on puis dire. À tel point d’ailleurs que l’on finit par comprendre que le but n’est pas de nous surprendre via un twist de dernière minute mais bien de nous accompagner jusqu’au bout du bout d’une logique implacable. Et là encore rien n’est dissimulé sous le tapis, rien ne nous est épargné jusqu’au dernier plan quasi suffocant. Et démerdes toi avec ça une fois qu’apparaît le générique.
    On ne peut s’empêcher de voir en The Lodge une certaine filiation avec Hérédité déjà cité plus haut. Les plans depuis la maison de poupées qui renvoient à ceux statiques qui mettent en scène des intérieurs aux profondeurs de champ hallucinantes. Les espaces sont immenses et pourtant on n’arrête pas de suffoquer. La photo faite de lumière naturelle de jour comme de nuit où les contrastes sont mis de côté y contribue énormément. Sans parler des plans-séquences filmés en grand angle qui magnifient les espaces (la neige ici à perte de vue) et renforcent le sentiment d’oppression. Severin Fiala et Veronika Franz prolongent ainsi leur amour d’un cinéma en dehors des studios où les décors in situe doivent contribuer à l’ambiance générale ainsi qu’au jeu des acteurs. Mention spéciale au demeurant à Riley Keough que l’on avait découvert dans Mad Max : Fury Road (elle y jouait Capable, l’esclave sexuelle du méchant) dont le personnage de belle maman est celui qui charpente le film tout en s’en repaissant. Un va et vient assez rare dans le cinéma contemporain qui démontre une nouvelle fois les ambitions du duo mais aussi leur amour d’un cinéma vecteur d’émotions et de réflexions véhiculées par leur travail mais aussi par les attentes et réactions du public. En gros chacun y met ce qu’il veut mais à la fin on s’en prend tous une belle dans la tronche.
    Un tel savoir faire n’est certainement pas étranger au fait que Veronika Franz est à la ville la compagne d’Ulrich Seidl, ce cinéaste autrichien (producteur de Goodnight Mommy) habitué des sélections cannoises à qui l’on doit des films cinglants en forme de brûlots cliniques tels que sa trilogie dite Paradis sous-titré Amour / Foi / Espoir. Trois longs sortis en 2012 et co-écrits par Veronika Franz qui appréhendent notre société consumériste sous l’angle de la déshumanisation au sein même du cercle familial et filmés à la lisière du documentaire. Trois films qui font froids dans le dos et qu’un Houellebecq ne renierait certainement pas. On précisera aussi que Severin Fiala et Veronika Franz sont respectivement neveu et tante. Un appareillage quasi inédit dans le cinéma mais qui n’est certainement pas anodin quant aux thèmes abordés et cette manière à la limite de la consanguinité de leur mise en scène. Une forme de pourrissement de l’intérieur quasi immédiat qui se déclenche dès la séquence visionnée pour se répondre et se répandre jusqu’à la fin. Le goût de cendre qu’il nous reste étant amené à perdurer au moins jusqu’à leur prochain film. C’est dire si l’on est pressé de le visionner pour s’en débarrasser. 4/5 SG

The Lodge - Affiche US

  • Box office : Pas de sortie au cinéma, pas de chocolat…
  • La chronique Blu-ray : Si Metropolitan a bien édité un Blu-ray (et un DVD) disponible depuis le 15 juillet 2020, il ne faudra se contenter que du film. Alors certes on a droit à un très joli encodage qui restitue à merveille la photo signée Thimios Bakatakis dont on connaissait surtout jusqu’ici le travail sur les films de Yorgos Lanthimos dont The Lobster et Mise à mort du cerf sacré. Une photo travaillée précisons-le depuis une captation effectuée sur pellicule 35mm, ce qui donne la présence d’un grain subtil qui magnifie le sentiment d’oppression des extérieurs enneigés ou des intérieurs souvent très sombres, le tout filmé, rappelons-le, en plans séquences et en grand angle. On appréciera aussi le travail sur le doublage qui ne dénature en rien et le mixage d’origine et le jeu des acteurs. VO comme VF étant proposées en DTS-HD Master audio 5.1 pour le Blu-ray.
    Mais que l’on ne s’y trompe pas, à part le fou furieux, le cinéphile collectionneur ou le curieux impénitent et fortuné, qui va se fendre d’un achat à 19.99 euros (pour le Blu-ray) quand il suffit de se baisser pour trouver le film en téléchargement illégal en VOST ou pour les plus respectueux et légalistes en VOD à partir de 3.99 euros ? Metropolitan aura beau jeu de répondre que l’édition US chez Universal est elle aussi nue comme un vers et que malgré tout ils restent fidèles ainsi au support physique. Ils pourraient même rappeler que la présence de bonus n’a jamais été synonyme de déclencheur d’achat. On ne peut plus juste, mais il y a de cela quelques années quand (re)découvrir un film en vidéo ne pouvait se faire qu’en DVD ou en Blu-ray. Aujourd’hui, qui pour acheter un film comme The Lodge alors même que celui-ci n’a pas eu les honneurs d’une sortie au cinéma lui collant de facto un sticker au cul d’une production qui n’en avait pas les qualités artistiques ? Et donc comment le faire émerger du tout venant actuel dominé par Netflix et autres (le film est par ailleurs proposé sur Hulu depuis mai aux States)  ?  Une qualité technique à nulle autre pareil ne suffit pas ou plus. Et donc nous pensons que si la défense de la vidéo physique reste un axe de travail chez Metropolitan, il faut le faire jusqu’au bout. En se persuadant par exemple qu’un commentaire audio ou une rencontre vidéo avec les deux réals ou pourquoi pas juste rajouter Goodnight Mommy (distribué au cinéma chez nous et uniquement disponible en DVD) permettrait sans aucun doute de faire sortir du lot une édition Blu-ray et/ou DVD en lui donnant une patine éditoriale propre à engager la confiance et bien entendu à assouvir la curiosité de celui ou celle que le film aura laissé sur le carreau (ou pas d’ailleurs). L’accord que Metropolitan a signé pour distribuer en France les films produits par Filmnation devrait lui permettre d’accéder à ce genre de matériels ou au moins de pouvoir facilement les produire eux-mêmes. Mais bien entendu pour cela il faut un peu de maille et surtout le vouloir. Dans tous les cas, il serait de bon ton d’arrêter de faire semblant. Et on ne veut même pas s’étendre sur la pétition lancée par 50 puis 70 éditeurs dont Metropolitan est partie prenante dans le but de sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité d’un avenir de la vidéo physique. On risquerait d’être grossier.

Captures Blu-ray Metropolitan Vidéo
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