Effacer l'historique - Image une fiche film

Fiche film : Effacer l’historique

Dixième réalisation de Benoit Delépine et Gustave Kervern, Effacer l’historique est à la fois un film « période gilets jaunes » et une critique de l’ère numérique.

Gustave Kervern et Benoît Delépine n’avaient pas le droit de mentionner les noms des marques dans Effacer l’historique, ce qui a posé plusieurs difficultés : « Les grandes marques sont mieux protégées que les personnes physiques. On n’avait pas le droit de citer Cupertino, la ville d’Apple. C’est comme si on n’avait pas le droit de citer Clermont-Ferrand parce que c’est la ville de Michelin ! Non mais on rêve ! On a été obligé de blanchir les masques Anonymous avec des effets spéciaux, parce que les droits de ces masques appartiennent à la Warner. Même ce symbole d’anarchisme est privatisé par une multinationale. On est cernés. »

Effacer l’historique (2020)

Réalisateur(s) : Gustave Kervern, Benoît Delépine
Avec : Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Vincent Dedienne, Philippe Rebbot
Durée : 1h46
Distributeur : Ad Vitam
Sortie en salles : 26 août 2020

Résumé : Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d’avance, quoique…

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  • Avis express : Que l’on aurait aimé être dithyrambique sur la chose. Mais si à notre grand regret, cela ne va donc pas être possible, ne nous méprenons pas quand même. Car Effacer l’historique recèle en son sein de bonnes trouvailles et un discours qui reste plus que jouissif par les temps de chiotte qui courent. Si cela ne suffit malheureusement pas à en faire le grand film subversif promis ou attendu, il n’est pas interdit de prendre par moment son pied. Explication de texte sans prise de tête. Enfin, on va essayer.
    Déjà ça parle de quoi Effacer l’historique ? De trois personnes lambda au prise avec les côtés sombres du 2.0 donnant l’occasion au duo Kervern / Delépine de dépeindre en creux une société en total perte de repères. Bon ça c’est sur le papier. À l’écran cela donne trois personnages à la caractérisation poussive pour ne pas dire caricaturale. Une mère alcoolique accroc au shopping numérique qui se laisse embarquer dans une aventure d’un soir aux conséquences qui l’enverront jusqu’en Californie. Une conductrice VTC, gilet jaune sur les bords, peu encline à laisser passer l’absence de notations positives sur son profil professionnel. Et un père de famille un peu paumé qui décide d’intervenir (fort maladroitement) auprès des « amis » de sa fille qui la harcèlent par smartphones interposés dans son lycée. Le tout se déroulant dans un lotissement périurbain de province.
    Avec un tel cadre on pouvait s’attendre de la part de nos deux grolandais préférés un feu d’artifice de tous les instants avec dans leur besace la promesse de thèmes récurrents propres à leur univers comme la déshumanisation galopante de notre société associée ici à la désertification des services propres à l’État Providence. Et ceux plus nouveaux comme la fracture numérique qui vient accentuer l’individualisme et par ricochet l’isolement et la solitude. Yep Effacer l’historique aborde des sujets de société pour le moins actuels et lourds. De ceux qui ont contribué à mettre le feu aux poudres lors de l’émergence du mouvement des gilets jaunes. Et de fait Effacer l’historique est loin d’être une comédie. Plutôt une dramédie pour employer un néologisme qui n’a pas nos faveurs mais qui frappe par sa compréhension immédiate. Et au final c’est bien là que le bât blesse.
    Dans cette propension à accoucher d’un film assis le cul entre deux chaises. Non que l’on soit contre le mélange ainsi des genres. Le cinéma est d’abord un Art qui doit pouvoir s’affranchir en permanence de toutes les conventions du moment qu’il est au service d’une histoire qui tienne un minimum la route (c’est notre point de vu et on le partage). Et dans Effacer l’historique, on sent bien que le duo navigue à vue tout en essayant de trouver des points de convergence entre ces trois destins. Comme s’il fallait absolument briser le cycle infernal de la déshumanisation que dénonce justement le film. Mais cela sonne un peu creux et surtout forcé avec de surcroît le ton roublard, corrosif et punk qui faisait jusqu’ici leur force soigneusement remisé à grand coup de pieds même pas au cul dans les archives de leur filmo. C’est comme si, bien malgré eux, le système avait fini par absorber et recracher leur déviance lucide au profit d’un film normé et rentrant dans le rang.
    Ô il reste bien quelques moments de bravoure, des sursauts d’orgueil, des dialogues qui font mouche et surtout des acteurs qui se démènent pour perpétuer l’esprit mais plus que jamais ce ne sont que des Don Quichotte en puissance encerclés par des moulins à vents dotés d’une redoutable intelligence artificielle. Au demeurant, l’autre credo d’un film où l’humain n’est de ce fait plus du tout au sommet de la chaîne alimentaire menacé qu’il est par ses propres innovations technologiques. Vous avez dit Terminator ? Et puis il y a cette mise en scène paresseuse, sans vie à la photo résolument tournée vers les canons d’une captation à hauteur de smartphone. Là encore, on n’est pas contre mais c’est tellement redondant avec le propos qui tourne déjà rapidement en rond que l’on n’a qu’une envie c’est d’allumer son propre téléphone pour s’enquérir des dernières news Covid. Comme un pied de nez vital contre ce quoi dénonce maladroitement Effacer l’historique. Allez messieurs, nous on préfère rembobiner pour découvrir votre prochain film. 2,5/5
  • Box office : Effacer l’historique rassemble 32 050 spectateurs (dont 17 977 avant-premières) sur 605 copies en 24h. Assez loin devant Les Nouveaux mutants pour lequel Disney n’a quasiment pas communiqué (et pour cause vu l’historique plus que chaotique d’une production greenlightée en son temps par la Fox) et à des années lumière devant Tenet qui n’a réuni qu’une centaine de spectateurs à 9h aux Halles. En même temps ce sont les seuls chiffres connus à date. Edit 2 septembre : 256 355 entrées après 7 jours d’exploitation. De quoi voir venir. Après Saint Amour (268 187 entrées en 7 jours), c’est le meilleur démarrage pour un film signé Kervern / Delépine.
  • La chronique Blu-ray : Depuis 2010, tous les films du duo Kervern / Delépine ont eu droit à une édition Blu-ray à l’exception notable de Near Death Experience (2014). C’est con parce qu’on espérait dessus pour le rattraper. On se dit donc que Ad Vitam ne devrait pas déroger à ces bonnes habitudes d’autant que le film est quand même bien parti pour faire autant d’entrées que I Feel Good (2018 – Blu-ray chez Ad Vitam – 30 773 entrées premier jour et 527 324 spectateurs au cumul) et Saint Amour (2016 – Blu-ray chez Le Pacte – 38 416 entrées premier jour et 552 248 spectateurs au cumul)

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