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Fiche film : Drunk

« Je ne bois jamais avant le petit-déjeuner. » La citation est de Churchill, qui a largement contribué à la victoire contre l’Allemagne nazie lors de la Deuxième Guerre mondiale, tout en étant dans un état d’ébriété aussi important que permanent. De grands intellectuels, artistes et écrivains, comme Tchaïkovsky ou Hemingway, ont également trouvé le courage et l’inspiration au fond d’un verre. Nous connaissons tous le sentiment de l’espace qui s’agrandit, de la conversation qui prend de l’ampleur, et des problèmes qui disparaissent à mesure que l’on boit de l’alcool – Note d’intention de Thomas Vinterberg pour Drunk.

Drunk (Druk – 2020)

Réalisateur(s) : Thomas Vinterberg
Avec : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Maria Bonnevie, Magnus Millang
Durée : 1h55
Distributeur : Haut et Court
Sortie en salles : 14 octobre 2020

Résumé : Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

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  • Avis : À l’heure où se bourrer la gueule n’est plus possible que chez soi et/ou de préférence en petit comité (la déjà fameuse « règle des 6 »), Drunk nous parle donc d’un monde qui n’existe plus ou qui s’est sérieusement mis en stand-by. Le nouveau Thomas Vinterberg serait-il dorénavant à ranger dans la case témoignage historique ou reste-t’il cette radiographie sociétale voulue initialement comme telle ? On exagère à peine. C’est que l’histoire de ces quatre profs d’une école danoise, potos dans la vie, qui se mettent à picoler pour vérifier la théorie selon laquelle l’Homme a besoin d’être constamment imbibé pour se désinhiber, obéit à des axiomes de société qui n’ont plus trop droit de cité par les temps qui courent.
    Comme le vivre-ensemble et tout ce que le monde d’avant permettait / incitait. Par contre ce qui ne change pas c’est le talent brut derrière la caméra. C’est bien simple, on a l’impression qu’avec Drunk Vinterberg a voulu donner une suite à son Festen qui l’avait révélé aux yeux du monde. Comme si ce banquet de mariage où les langues se déliaient à mesure que l’alcool coulait à flot avait trouvé enfin son pendant. Comme si les protagonistes de Festen, désormais embourgeoisés et rangés des voitures, avaient encore quelque chose à faire valoir non plus envers les autres mais envers eux-mêmes. Comme s’il fallait encore explorer quelques tabous non pour survivre au sein d’une société exfoliante mais pour s’y diluer jusqu’à disparaître en adéquation avec ses principes.
    Festen avait d’abord été pensé puis élaboré pour illustrer les règles quasi ascétiques du alors tout jeune Dogme95, un mouvement danois créé sous l’impulsion d’un certain Lars von Trier très vite tombé en désuétude mais qui à l’évidence aura marqué durablement Thomas Vinterberg. Ainsi, en 1995, on pouvait lire parmi les préceptes généraux l’injonction suivante : La caméra doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve ; le tournage doit se faire là où le film se déroule). Dans Drunk, Vinterberg explicite sa mise en scène ainsi : « Les scènes se déroulent, la caméra observe, mais ne dicte pas l’action. » Il y a là comme une belle réflexion de cinéma qui s’est réalisée avec le temps pour s’affiner et s’affirmer dans tous les compartiments à commencer par la perception et le sens donné à une image au regard de l’histoire que l’on veut raconter sans que (presque) jamais le spectateur ne soit foutu à la porte.
    Si dans Festen c’était déjà le cas avec une radicalité douloureuse qui s’accordait avec le message délivré (la vie est un sacerdoce proche de l’épure hérité de Dreyer), avec Drunk elle s’affranchit d’une certaine pesanteur mais aussi et finalement de tout dogme propre à lui conférer une liberté de ton et d’action qui emporte beaucoup de choses sur son passage. Une évolution qui passe par des personnages à la caractérisation jamais manichéenne bien que se rapportant à des cadres de vie des plus tranchés composés de couples qui se fissurent, en fin de vie ou décédés. L’agent détonateur que sera l’alcool, sous couvert d’une étude menée à la façon d’une expérience universitaire, permettra donc de mettre à nue cette inexorable descente dans les enfers de l’existence sur terre. Au risque d’en franchir le rubicond pour une résurrection.
    Oui, Vinterberg provoque son auditoire, assume son propos et signe au final un film décapant qui parlera à la génération Festen. Celle qui a moins de 30 ans, qui mange végan et bio ou les deux en même temps, risque d’être au mieux choquée, au pire de rester sur le carreau. Vinterberg ne les fout pas dehors, il leur explique. Il leur explique que leur projet de vie est encore plus casse gueule que celui qu’il tentait de construire en 1995, mais que l’alcool peut être un excellent pont générationnel si toutefois la vodka est bien servie à bonne température et en quantité. Le cinéaste qui a perdu sa fille deux jours avant le début du tournage, ne se place ainsi jamais en prédicateur et ne nous donne jamais de conseils. La vie est bien trop retorse pour nous asséner de quelconques clés de compréhension. Et Drunk est juste cette tentative pour nous faire oublier que de règles, il n’y en a point. 4/5
  • Box office : Avec ses 288 copies sur les 5 premiers jours d’exploitation, Drunk a réalisé 88 424 entrées dont 36 390 sur la région parisienne qui depuis samedi 17 octobre perd ses  deux séances du soir du fait du couvre-feu instauré par le gouvernement. On peut donc raisonnablement affirmer que le score est plus qu’honorable.
  • La chronique Blu-ray : Depuis La Chasse en 2012, tous les films de Vinterberg ont eu les honneurs d’une édition Blu-ray. Comme dirait l’autre, pourvu que ça dure.

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