Star Wars Battlefront - Palpatine

Star Wars Battlefront – Entretien avec Georges Claisse (Palpatine)

Le mystère avait été savamment entretenu et nous-même à Digital Ciné étions dans la confidence mais n’avions pas droit d’en souffler mot sous peine de nous faire trucider par l’éditeur (on plaisante bien sûr… encore que). Le 20 octobre 2015, le site officiel de Star Wars Battlefront a annoncé que les personnages oh combien emblématiques de Han Solo, Leia et l’Empereur Palpatine seraient jouables au sein du jeu. Et si Ian McDiarmid interprète le rôle du célèbre Lord Sith, dans la version française c’est Georges Claisse qui lui prête sa voix. Un comédien à la filmographie pour le moins étoffée et que nous avons eu l’occasion de rencontrer pour évoquer avec lui son travail sur un rôle dont la portée mythique l’amuse plus qu’autre chose.

À quand remonte votre première « rencontre » avec l’univers Star Wars ?

Ça date de 1999 avec l’Épisode I. Je n’ai pas pris part au doublage de la première trilogie (1977-1983, NDLR). Je ne la connaissais même pas à ma grande honte. J’ai découvert Star Wars et le personnage de l’Empereur Palpatine avec La Menace fantôme.

Et comment cela s’est-il déroulé ?

De façon tout à fait solennelle. J’ai été choisi après des essais de voix. Il y avait beaucoup de monde dans le studio, entre autres des gens venus des États-Unis. Il fallait deux heures avant de prendre une décision pour dire si c’était bien ou pas. C’était assez lent et laborieux mais soigneux.

Qui était présent au juste lors de ces sessions ?

Il y avait un délégué de la distribution américaine, le distributeur français, le directeur du studio de doublage, le directeur de plateau de doublage qui est présent pour coordonner le travail entre tous les acteurs, comme sur une production française. Et il y avait également un ingénieur du son. Pour Star Wars, compte tenu des deux « figures » du personnage, Palpatine d’un côté et Dark Sidious de l’autre, je devais prendre une voix beaucoup plus grave dans le cas du second. L’ingénieur du son était là pour confirmer qu’il pourrait utiliser et raccorder cette prise avec ce qui avait été fait avant.

Star Wars Battlefront - Ian McDiarmid

Quand on regarde votre filmographie, on constate que vous avez tourné avec de grands cinéastes au tout début de votre carrière, Claude Autant-Lara, Claude Chabrol, Claude Sautet, avant de commencer le doublage. Était-ce parce que vous ne trouviez plus de rôles suffisamment intéressants à vos yeux ?

Ça s’est fait parallèlement. Vous ne tournez pas un film tous les jours, sauf si vous êtes une énorme star. Et encore. Et puis il y a des tournants qui se prennent plus ou moins bien en fonction de l’âge. Le fait est qu’à de rares exceptions, on vous propose davantage de rôles à vingt-cinq ou trente ans que lorsque vous en avez quarante de plus. J’ai toujours fait du doublage, de la radio. Je me définis comme comédien, non comme « comédien de doublage ». C’est également une merveilleuse façon de faire ses gammes, d’entretenir la flexibilité et la virtuosité. Il y a des acteurs qui n’aiment pas ça. Moi j’aime bien. Ça m’amuse.

D’après les informations que j’ai pu trouver, vous avez également commencé à prendre part au doublage de jeux vidéo depuis 2008 avec la série des Mass Effect.

C’est tout à fait possible. Vous êtes mieux renseignés que moi sur ce coup là. Quand je me rends sur ma fiche Wikipédia, je constate parfois qu’elle a été modifiée. Je rencontre souvent des gens qui me disent « Mais ce film-là que vous avez fait en telle année ». J’ai fait ça en telle année moi ? Ils sont plus savants que moi. Je m’incline. Je ne me souviens plus de tout ce que j’ai fait.

Pour les besoins de Star Wars Battlefront, vous reprenez le doublage de l’Empereur Palpatine. Y a-t-il des différences notables entre le doublage sur un film et sur un jeu vidéo ?

Ce n’est pas tout à fait le même travail car vous n’avez pas le film sous les yeux. Dans le meilleur des cas, je dispose de la voix de l’acteur anglais, qui n’avait pas forcément l’image non plus. Vous travaillez un peu plus à l’aveugle que sur un film. Il faut donc imaginer la scène.

Vous n’aviez aucun dessin ou storyboard ? Aucun repère visuel ?

Pratiquement pas non. Juste un repère auditif et la mesure de temps qui vous indique de combien de temps vous disposez pour dire votre réplique. Vous avez moins de repères de jeu. La durée du travail est également beaucoup plus concentrée. Sur un film, vous prenez le temps de lire les choses, de les répéter, de les revoir. Sur un film, cent lignes de doublage peuvent durer une journée, parfois un peu plus. Comme je suis plutôt adroit dans l’exercice, ça peut grimper à cent cinquante ou deux cents lignes dans la journée. L’autre différence majeure vient des embranchements possibles que peut prendre le joueur et qui vous oblige à enregistrer plusieurs variantes de dialogues en fonction des choix de celui-ci.

Et avez-vous eu l’occasion de découvrir ce que donne votre travail dans le jeu ?

Je l’ai vu en anglais. Je trouve ça extrêmement bien fait. Mais je n’ai pas encore découvert la version française. Je n’ai donc pas pu constater l’étendu des dégâts (rires).

Star Wars Battlefront - Georges Claisse

Quel regard portez-vous sur le fait d’avoir doublé un personnage aussi mythique que l’Empereur Palpatine ?

Il y a énormément de gens pour qui c’est très important. Des personnes d’horizons divers et variés et dès qu’on leur dit : « Tu sais que c’est la voix de Palpatine ». Aussitôt, ils sont subjugués : « Ah bon, ah bon ! ». Il n’y a pas très longtemps, devant une assemblée en présence de profs de la Sorbonne qui ne m’avaient jamais vu à la télé, quelqu’un finit par dire : « Vous savez que c’est la voix de l’Empereur Palpatine ». Ils étaient sidérés, ils n’osaient presque plus me toucher (rires). Ça m’épate toujours. Il y a des générations entières qui ont grandi avec ça. Ça m’étonne plus qu’autre chose. Ça m’amuse. Ça me surprend. Ça n’a pas été ma génération. Je n’ai pas grandi avec. C’est une chose que j’ai faite dans mon âge mûr d’acteur. Je n’ai pas du tout mesuré l’écho, l’importance que ça pouvait avoir. Ça m’a beaucoup amusé d’aggraver ma voix de la sorte et de jouer un méchant. C’est beaucoup plus drôle que d’interpréter un gentil. Mais ça n’a pas ce côté mythique à mes yeux. Mais je le regrette car c’est merveilleux d’avoir des mythes tel que celui-là.

Remerciements à Ombeline Duray, Fatima Atmani, Jean-Christophe Malard, Eva Durao, Léa Terrier et toute l’équipe de Wellcom.

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