Star Wars - Greedo (Remaster)

Jeux vidéo & Home-cinéma : To remaster or not to remaster ?

Depuis l’avènement des consoles dites « next gen » en 2013, à savoir la PlayStation 4 de Sony et la Xbox One de Microsoft, un phénomène a pris de plus en plus d’ampleur dans l’univers des jeux vidéo : les sorties dites « remaster », (avec une cohorte d’appellations dérivées : definitive, ultimate, etc.). Soit des titres parus sur la/les génération(s) précédente(s) de consoles et remis au goût du jour sur next gen. Pratique bassement mercantile pour les uns, opportunité de (re)découvrir des jeux « cultes » pour d’autres, ces remasterisations ne seront pas sans rappeler un phénomène bien connu dans l’univers du home-cinéma. L’occasion rêvée de dresser un certain nombre de parallèles entre les deux médiums au travers de quelques-uns des titres déjà parus et passés entre nos petits doigts boudinés…

Sommaire

Remaster : Le même… En plus beau
Remaster : Le même… En différent
Remaster : Quand le jeu vidéo s’inspire du home-cinéma
Remaster : Le cas Resident Evil
Remaster PlayStation 4
Remaster Xbox One
Remaster Wii U
Conclusion

Remaster : Le même… En plus beau

C’est l’argument numéro un mis en avant de part et d’autre : (re)découvrir le jeu/film dans les meilleures conditions technologiques à date. Un slogan qui fit mouche à la fin des années 90 lors de la transition de cette bonne vieille VHS analogique vers la galette DVD numérique (omettant au passage le formidable support qu’était le LaserDisc mais qui hélas ne pris jamais auprès du grand public au-delà d’une niche de home-cinéphiles). C’est sûr, vous n’aviez jamais vu le film avec une telle qualité d’image et de son. L’engouement sera tel au début des années 2000 que tout ou presque sera alors prétexte à des sorties DVD pour un résultat parfois douteux : qualité de l’image et/ou du son au mieux acceptable au pire déplorable et interactivité souvent réduite à peau de chagrin et/ou n’exploitant nullement les possibilités véritables du support (commentaire audio, seamless branching, multi-angles, etc.). Et que dire alors des rééditions à gogo qui pulluleront au fil des ans avec comme valeur ajoutée un nouveau master vidéo, de nouveaux bonus ou encore des scènes inédites retrouvées dans les tréfonds d’un grenier au sommet de l’Himalaya ? Un phénomène que l’on retrouve dans l’univers vidéoludique via des titres souvent labellisés « GOTY : Game of the Year » comprenant le jeu d’origine et tous les DLC parus ensuite. On vous emballe tout ça et on vous le ressert à prix (souvent) fort. D’aucuns argueront que c’est cette course effrénée à la réédition à gogo qui sera l’une des causes de l’effondrement du support DVD à la fin des années 2000 en raison d’arguments marketings souvent fallacieux : master identique au précédent au pixel près (qui était parfois lui-même déjà très discutable), bonus sans intérêt sinon « servir la soupe » au nouveau film (suite, remake ou reboot) qui sort en salles au même moment ou encore scènes inédites qui affadissent le film (parfois déjà pas bien reluisant dans sa version ciné) plus qu’autre chose.

LaserDisc vs DVDÀ gauche un LaserDisc (∅ 30cm), à droite un DVD (∅ 12cm)

Un rush qui, de surcroît, s’opérera au détriment d’une myriade de titres qui n’auront pas eu droit à pareil traitement de faveurs ; quand certains n’auront même pas eu les honneurs d’une parution DVD ! L’arrivée du support Blu-ray (et de son concurrent direct rapidement enterré, le HD-DVD) en 2007 était censé redresser la barre du marché DVD dont le déclin était déjà acté, là encore à grand renfort d’une qualité d’image et de son haute définition aussi proche que possible des conditions en salles (24 images par seconde, son HD) et de nouvelles possibilités interactives (picture-in-picture entre autres). Mais moins d’une décennie plus tard, le support Blu-ray, qui n’a pas su réitérer l’engouement rencontré par le DVD, périclite mois après mois, à tout le moins dans l’Hexagone. D’aucuns argueront cette fois que la dématérialisation et in extenso le piratage en ligne sont la cause d’une telle déroute (la fameuse protection HDCP supposée inviolable et crackée en un rien de temps) tandis que d’autres mettront tout cela sur le (bon) dos de la crise économique. Il y a assurément un peu (beaucoup) de cela mais, fort des huit années de recul depuis l’arrivée du Blu-ray sur le marché, il ne faudrait pas occulter une fois encore le constat de titres à la qualité, tantôt technique, tantôt interactive, souvent peu engageante pour le consommateur. Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain HD pour autant car nombre de films et d’éditeurs (le plus souvent ceux dits « indépendants ») ont œuvré à une belle reconnaissance du format en même temps que la (re)découverte d’un patrimoine cinématographique aux mille et une merveilles. Était-ce pour autant suffisant en vue de convaincre tout à la fois le quidam à investir et le home-cinéphile à tirer un trait sur une (très) grande DVDthèque chèrement acquise au fil du temps pour la refaire en partie ou en totalité au format Blu-ray dix ans à peine après l’arrivée du DVD ? Au regard de la situation actuelle du marché de la vidéo et à fortiori du marché Blu-ray, la réponse est « non ».

Alors, moins de dix ans après, les éditeurs / constructeurs vont (une fois encore) tenter de relancer le marché avec l’arrivée en 2016… du Blu-ray 4K ! Soit la promesse d’une image à la qualité encore accrue concomitante avec l’apparition de nouveaux barbarismes : UHD (Ultra High Definition) et HDR (High Dynamic Range). Sans compter la promesse (l’obligation ?) de rafraîchir une fois de plus tout son matos : téléviseur 4K, lecteur 4K et, bien sûr, films en 4K. Pour autant, à une ou deux exceptions près, les premiers titres parus / annoncés sur ce nouveau support sont assez peu engageants et les premiers retours diversement concluants sur le plan technique.

Blu-ray & Blu-ray-4K

Blu-ray vs Blu-ray 4K : (in)compatibilité hardware

Remaster : Le même… En différent

Mais qu’importe en définitive les performances purement techniques inhérentes à tel ou tel support ou encore les bonus proposés, ce qui compte par-dessus tout, c’est la qualité intrinsèque de l’œuvre en elle-même. Et si en matière de créations dites « artistiques » (littérature, peinture, cinéma, jeux vidéo, etc.), l’appréciation subjective occupe une place prépondérante, avouons tout de même que la perspective de voir débarquer un Blade Runner sera toujours nettement plus excitante (pour ne pas dire bandante) que n’importe quel long-métrage de, au hasard, Uwe Boll, indépendamment du support. Et pour rester sur le chef d’œuvre de Ridley Scott, celui-ci aura connu, faut-il le rappeler, pas moins de trois versions différentes : celle sortie en salles en 1982, la director’s cut apparue en 1992 et la final cut qui vit le jour en 2007 (Scott ayant même été jusqu’à proposer la copie de travail au sein des éditions DVD / Blu-ray). Par-delà le débat sur les « retouches » à l’envie de l’auteur (cf. un certain Georges Lucas et sa trilogie Star Wars originelle, véritable « cas d’école » s’il en est), ces variantes d’une même œuvre ont connu un boum retentissant avec l’avènement du DVD dont le seamless branching offrait la possibilité de proposer plusieurs versions du film sur un même disque, dont la désormais célèbre « director’s cut ».

Si les raisons de ces fameuses director’s cut sont multiples, la cause principale est à chercher du côté de la sortie en salles où les producteurs tentent généralement de s’assurer un maximum de retour sur investissement. Avec pour résultat des coupes franches (et massives) dans le film. En résulte un long-métrage raccourci en durée (histoire d’augmenter le nombre de séances par jour) et expurgé de toutes scènes visuellement ou verbalement choquantes (histoire de passer entre les mailles du filet des commissions de classification et in extenso s’assurer un public aussi large que possible). Le phénomène prit une telle ampleur au tournant du millénaire que tout ou presque fait désormais l’objet d’une director’s cut avec à l’arrivée des poignées de minutes (voire même de secondes) supplémentaires à l’intérêt souvent fort discutable. Mais il faut croire que le concept fonctionne puisque lesdites director’s cut sont à présent annoncées avant même la sortie en salles. Avec en ligne de mire des objectifs de rentabilité décuplés : les spectateurs iront découvrir le film au cinéma et, si tant est qu’ils aient suffisamment apprécié ce qu’ils y ont découvert, acquerront par la suite le précieux DVD / Blu-ray estampillé de la mention « director’s cut », avec à la clé un double passage en caisse : salle + vidéo.

Remaster : Quand le jeu vidéo s’inspire du home-cinéma

Si le phénomène que l’on englobera donc sous le qualificatif de « remaster » ne date pas non plus d’hier en matière de jeux vidéo, la donne y est toutefois quelque peu différente puisque plusieurs supports ont de tous temps cohabité là où le médium home-cinéma a vu chaque nouvelle technologie chasser la précédente : la VHS (et son concurrent rapidement enterré le Betamax) cèdera la place au LaserDisc (qui ne prendra jamais vraiment) suivi du DVD suivi à son tour par le Blu-ray et aujourd’hui le Blu-ray 4K (nous mettront de côté les formats du type S-VHS et autres VCD qui virent le jour à la fin des années 80 / début des années 90). Soit cinq supports différents depuis la fin des années 70. Si l’on jette à présent un coup d’œil dans le rétro des consoles de jeux sur la même période, on vous souhaite bon courage pour en dresser une liste exhaustive. Il n’était donc pas rare, déjà à l’époque, de retrouver un même titre sur différentes machines. Le paysage a toutefois commencé très sérieusement à s’éclaircir au tournant du millénaire avec l’arrivée de Sony et sa « célèbre » PlayStation (1995) dont il ne fallait surtout pas sous-estimer la puissance puis de Microsoft avec sa Xbox (2001) venu contrer la PlayStation 2 (2000). Depuis cette première confrontation, les deux géants, nippon d’un côté et yankee de l’autre, se livre une lutte quasi-fratricide à chaque nouvelle génération de consoles : PlayStation 3 (2006) vs Xbox 360 (2005) et actuellement PlayStation 4 vs Xbox One, toutes deux commercialisées en 2013. Jadis grand nom du milieu, Sega a décidé d’abandonner la fabrication des consoles de salon après l’échec de sa DreamCast (1998). Et pour finir, après avoir frappé un grand coup avec sa Wii (2006) suite à l’échec, toutes proportions gardées, de sa GameCube (2001), Nintendo ramasse désormais les miettes avec sa Wii U (2012). En attendant de découvrir ce que la firme nous réserve avec sa future NX dont il se murmure que la sortie pourrait avoir lieu cette année.

Avec chaque nouvelle génération de consoles de salon (nous en sommes aujourd’hui à la huitième) sont venues les promesses de performances sans cesse plus mirifiques mais in fine et à l’instar du home-cinéma, c’est bel et bien le catalogue de titres proposés qui, à chaque fois, s’avère déterminant quant à l’engouement (ou non) pour telle ou telle console. Là où la donne a également changé, c’est que contrairement aux consoles précédentes, la génération actuelle (PS4 et XBO) se rapproche désormais grandement de l’architecture des PC, à commencer par le processeur et la carte graphique, facilitant ainsi grandement le travail des différents studios qui développent sur PC. Ce n’est donc pas un hasard si de plus en plus de titres se voit gratifiés de sorties dites « multiplateformes » : PS4, XBO et PC ; les exclusivités pour telle ou telle plateforme étant déterminées par des affinités historiques (certains studios ne développent que pour une plateforme donnée depuis toujours) mais aussi, plus généralement, en raison d’accords contractuels desdits studios avec tel ou tel constructeur. Comme par exemple Naughty Dog avec Sony (la série des Uncharted dont le quatrième opus est attendu pour cette année sur PS4) ou bien Epic Games avec Microsoft (la série des Gears of War, dont le quatrième opus est également attendu pour cette année sur XBO).

Playstation 20th AnniversaryEn 2015, Sony fêtait les 20 ans de sa PlayStation avec (de gauche à droite) : la PS1 (1995), la PS2 (2000), la PS3 (2006) et la PS4 (2013)

Soit des titres communément appelés des « killer app » dans le jargon vidéoludique (l’équivalent en quelque sorte des blockbusters cinématographiques) car susceptibles de faire vendre les consoles par centaines de milliers (cf. les derniers chiffres de vente de Sony qui annonce 1M de PS4 vendues en France en 2015). Ce n’est donc nullement un hasard si ces killer apps font l’objet d’enjeux colossaux, à commencer par des coûts de production qui se sont envolés au cours des dernières années et, pour certains, rivalisent désormais avec les budgets de certains longs-métrages (aux alentours de 80M d’euros pour Metal Gear Solid V : The Phantom Pain ou encore The Witcher 3). Et, à l’instar du Septième Art, ces blockbusters vidéoludiques se doivent d’être vus/achetés pour être rentables. C’est là que survient le fameux cercle vicieux (et non pas vertueux) : de tels titres sont susceptibles de générer des ventes de consoles colossales mais dans le même temps, si le parc déjà installé est encore trop faible, les projections de rentabilité le sont tout autant. Un exemple récent pourrait être le cas Uncharted 4. Initialement prévu pour une sortie à noël 2015, le titre de Naughty Dog a finalement été décalé en mars 2016 (avant d’être décalé une seconde fois en avril puis une troisième fois en mai), officiellement pour peaufiner le jeu. Difficile pour autant de ne pas voir là un choix stratégique fort habile avec la sortie en octobre dernier de Uncharted : The Nathan Drake Collection. Soit les remaster PS4 des trois premiers opus sortis sur PlayStation 3. Idem en août dernier pour Gears of War Ultimate Edition sur XBO, remaster du premier opus sorti sur Xbox 360 en 2006 histoire de patienter bien sagement jusqu’à l’arrivée du quatrième opus cette année.

Les enjeux et les intérêts sont multiples. À commencer par les coûts. Un titre remasterisé sera nécessairement moins onéreux en temps et en budget qu’un tout nouvel opus, voire même qu’une toute nouvelle licence (cf. le cas Destiny et ses $500M de budget annoncé / démenti). Du point de vue du parc de machines ensuite, ces titres permettent tout à la fois d’opérer un petit rappel mémoire auprès des fans de longue date, toujours ravis de se replonger une fois de plus dans leur saga fétiche revue à la hausse et agrémentée de différents suppléments (DLC, modes de jeu supplémentaires, options diverses et variées, etc.) tout en attirant de nouveaux aficionados comme autant d’acheteurs potentiels du prochain opus. In fine, alors que l’univers des jeux vidéo est devenu une industrie aux enjeux économiques de plus en plus colossaux au cours des dernières années (on parle d’une industrie qui désormais surpasserait soit disant celle de la musique et du cinéma en termes de chiffre d’affaire annuel), ce n’est donc nullement un hasard si le phénomène de remasterisation des jeux vidéo a pris une telle ampleur sur la génération actuelle de consoles à l’aune de la convergence des enjeux techniques et financiers.

Xbox - Xbox 360 - Xbox OneLes consoles de Microsoft (de gauche à droite) : la Xbox (2001), la Xbox 360 (2005) et la Xbox One (2013)

Remaster : Le cas Resident Evil

Nous nous garderons bien ici même de passer au microscope les différents titres concernés par un tel phénomène, aussi bien sur PS4 que sur XBO tant la tâche serait à tout le moins ardue sinon impossible, de nouveaux jeux remaster ayant été annoncés quasiment chaque mois depuis le lancement des deux consoles en novembre 2013. Deux ans plus tard, l’offre est donc pléthorique avec à l’arrivée des fortunes diverses et variées en termes de plus-value comparativement au jeu originel (i.e. non remasterisé) ; certains éditeurs ne se donnant même plus la peine de sorties boîtes des classiques de leur catalogue qui sont du coup uniquement disponibles sous forme dématérialisée, réduisant ainsi d’autant les coûts du remaster (exit les coûts de pressage, de transport, etc.). À la place, nous allons nous focaliser sur quelques titres que nous avons d’une part reçus à la rédac et d’autre part qui nous ont semblé suffisamment digne d’intérêt avec un qualificatif non galvaudé.

Resident Evil Origins Collection - PlayStation 4Le cas Resident Evil est toutefois bien à part car oh combien symptomatique du phénomène. Apparu pour la toute première fois sur la PlayStation 1 en 1996, Resident Evil est aujourd’hui une licence pléthorique qui a donné lieu à pas moins de six adaptations cinématographiques peu reluisantes mais néanmoins suffisamment rentables pour justifier un nouvel opus, systématiquement annoncé comme étant le dernier, tous les deux ou trois ans. Mais ces six longs-métrages ne sont rien en comparaison des dizaines de jeux vidéo de la franchise qui se déclinent à toutes les sauces (survival, shooter, coop, etc.) et sur tous les supports depuis vingt ans. Quitte à revenir aux fondamentaux, Capcom a commencé par proposer l’an passé une version remaster du tout premier opus, classique du survival horror vidéoludique s’il en est, suivi début 2016 par celle de Resident Evil Zero, disponibles dans un premier temps sous forme dématérialisée avant d’être réunis au sein d’un bundle, au format boite cette fois, baptisé fort à propos Resident Evil Origins Collection. Le rendu visuel flatte la rétine, notamment du côté de Resident Evil HD Remaster qui tourne désormais en 60fps là où Resident Evil Zero n’affiche curieusement que du 30fps ! Le gameplay d’un autre temps avec ses animations ultra-rigides et ses ouvertures de porte interminables ne sera toutefois pas à mettre entre toutes les mains mais pour tous les joueurs ayant grandi au rythme de soirées plongées dans l’obscurité et de grands sursauts (ah, ces clébards qui surgissent !), la machine à voyager dans le temps fonctionnera à plein régime. Bien décidé à exploiter le filon pour les 20 ans de sa franchise star, Capcom a depuis décidé d’offrir la même cure de jouvence aux autres opus selon un calendrier métronomique : Resident Evil 6 le 29 mars dernier, Resident Evil 5 et Resident Evil 4 respectivement au cours de l’été et de l’automne. En attendant Resident Evil 7 sur next gen…

Remaster PlayStation 4

Abordons à présent le cas des remaster exclusifs à tels ou tels supports. Nous ne reviendrons pas sur Uncharted : The Nathan Drake Collection ou encore Heavy Rain & Beyond : Two Souls que nous avions évoqué en détails dans des chroniques circonstanciées. D’autres exclusivités ont toutefois attiré notre attention sur PlayStation 4 avec une particularité du côté de chez Sony : le portage de titres emblématiques de la PlayStation Vita (la console portable du constructeur). Deux d’entre eux ont ainsi fait leur apparition au sein du catalogue PS4 au cours des derniers mois : Gravity Rush Remastered et Tearaway Unfolded.

Tearaway Unfolded - PlayStation 4Sorti en 2013, Tearaway reste sans conteste l’une des plus belles réussites de la PS Vita de par l’immersion offerte grâce à un game design et un gameplay véritablement enchanteur car faisant montre d’une réelle maîtrise des possibilités de la console (gyroscope, caméra, pavé tactile, etc.) allié à un look carton-pâte du plus bel effet. Le portage sur PS4, baptisé Tearaway Unfolded (et non Tearaway Remaster), est tout aussi merveilleux avec là encore une exploitation des fonctionnalités de la DualShock 4 des plus convaincantes (l’autonomie de la manette va toutefois en prendre un coup), le tout sur un écran à la taille désormais bien plus conséquente pour admirer le remarquable boulot accompli en termes de design. À conseiller sans modération pour petits et grands.

Gravity Rush Remastered - PlayStation 4Après le pliage papier, direction les nuages avec la version remaster de Gravity Rush sorti sur PS Vita en 2012 et l’occasion là encore de (re)découvrir ce premier opus en attendant la suite prévue dans les prochains mois. Croisement remarquable entre open world, beat’em all et plate-forme, Gravity Rush Remastered est, de prime abord, pour le moins déconcertant avec son design stylisé qui se fond toutefois à la perfection dans une direction artistique très « bande dessinée » allié à un gameplay réellement « renversant ». Mais la prise en mains se fait très aisément et, sitôt franchi les premières minutes quelque peu désorienté par les possibilités gravitationnelles de l’héroïne, on se prend très vite au jeu et à l’histoire qui alterne les phases de pure gameplay et de narration sous forme de cases de bande dessinée. En prime pour les fans de 30 millions d’amis, un compagnon à quatre pattes qui fait miaou chaque fois qu’on lui adresse la parole. Comment résister ?

God of War III Remastered - PlayStation 4Une chose est sûre : ce n’est pas Kratos qui va faire des guili-guili aux minous. Autant le dire illico, fini le gentil matou et le pliage papier, place au bestial testostéroné pur et dur. Portage de l’un des titres phares de la PS3 et l’une des sagas les plus emblématiques de la PlayStation, God of War III Remastered est, comme son nom l’indique, le transfuge PS4 du hit sorti sur PS3 en 2010. Déjà un must sur le plan technique à l’époque, le titre se voit désormais agrémenté d’un rendu 1080/60p du plus bel effet. Mais pour ceux ayant déjà parcouru les limbes de la Grèce Antique et affronté Zeus sur PS3, l’effet « waouh » sera la seule valeur ajoutée puisque la version remaster n’a rien de plus à faire valoir sur le fond, le titre de Santa Monica Studio n’ayant fait l’objet d’aucun DLC sinon sa campagne solo originelle. En revanche, pour tous ceux n’ayant jamais tâté la musculature du plus célèbre spartiate vidéoludique, l’expérience vaudra son pesant de barbaque sur les murs de l’Olympe.

Ratchet & Clank - PlayStation 4Refermons ce petit tour d’horizon PlayStation 4 avec un projet d’un genre un peu différent : Ratchet & Clank. En effet, la version PS4 qui débarque en rayons ce mois d’avril 2016 est basée sur l’histoire du film qui sort au même moment dans les salles obscures ; lui-même inspiré du jeu originel sorti en 2002 sur PlayStation 2 et qui là encore a donné lieu à une saga au long cours. Nous sommes donc là à la croisée entre le remaster d’un classique du jeu de plate-forme et un titre cross-media puisque l’on retrouve des séquences animées (identifiables à leur format cinémascope) entre deux phases de gameplay. À la différence près que là encore, gain en puissance des consoles de salons obligent, les différences visuelles entre ces deux pendants de Ratchet & Clank sont virtuellement indiscernables, les phases de gameplay donnant littéralement la sensation d’évoluer au sein d’un long-métrage animé tant celles-ci sont d’un niveau de finition visuelle bluffant à plus d’un titre. Une synergie renforcée par une animation à 1080/30p très proche du 24 images/seconde cinéma et qui de plus ne bronche pas d’un iota en dépit de la profusion d’effets et d’ennemis rencontrés. Ajoutez à cela une grande liberté d’évolution au sein de l’univers (inter)galactique, des armes à foison avec chacune leurs possibilités d’amélioration, sans oublier un humour qui fait toujours mouche (y compris en VF, phénomène assez rare pour être signalé) et vous obtenez alors un jeu qui ravira les enfants, aussi bien les petits que ceux qui avaient découvert les toutes premières aventures de Ratchet & Clank en 2002 et qui ont (un peu) grandi depuis. À quand l’autre célèbre duo vidéoludique de la console de Sony sur next gen : Jak & Daxter ?

Remaster Xbox One

Halo : The Master Chief Collection - Xbox OneÀ l’instar de Nathan Drake et Kratos sur PS4, la XBO dispose également de ses figures emblématiques en la personne de John-117 (aka le Master Chief) et de Marcus Fenix. Le premier a fait l’objet d’une compilation, remasterisée il va sans dire, sortie en novembre 2014 là encore histoire de patienter jusqu’à la sortie de l’opus suivant un an plus tard. Halo : The Master Chief Collection est donc grosso modo l’équivalent XBO de la Nathan Drake Collection de la PS4 avec rien moins que les quatre épisodes canoniques de Halo, saga mythique de la console de Microsoft, réunis au sein d’une seule et même galette. Accrochez-vous bien à votre disque dur et votre connexion internet car le titre occupe plus de 60Go dont quelques 20Go de patch à télécharger en vue de remédier aux très nombreux bugs que nous évoquions dans notre chronique de Halo 5 : Guardians.

Gears of War Ultimate Edition - Xbox OneAu regard de cette giga-compilation remasterisée, on se demande bien pourquoi l’autre saga phare de la Xbox n’a pas eu droit aux mêmes égards. Nous voulons bien entendu parler de Gears of War. Derrière Gears of War Ultimate Edition se cache en effet un remaster du seul premier opus sorti en 2006 sur Xbox 360. Quid des deux suites sorties respectivement en 2008 et 2011 ? Le boulot à abattre sur les trois titres était-il trop coûteux (en temps, en ressources humaines, etc.) ? Il faut dire aussi que, contrairement à Sony qui confie la plupart de ses jeux remaster à un studio dédié, Bluepoint Games, le portage de Gears of War Ultimate Edition a été effectué par The Coalition déjà à pied d’œuvre sur Gears of War 4. Ce sont précisément des contraintes de planning qui furent évoquées par Rod Fergusson à la tête du studio et précédemment producteur exécutif sur la trilogie Gears of War originelle, pour expliquer l’impossibilité de remasteriser les trois premiers opus. Sitôt franchi le désormais incontournable patch day one de 5Go (une paille !), force est de constater que le passage de la Xbox 360 à la Xbox One est plus que probant avec une richesse et un confort visuel (1080p mais hélas pas de 60fps dans le mode campagne) très appréciable. Pour autant, assez tôt dans le jeu, on se retrouve confronté à des freezes d’image plus ou moins prononcés. Autre regret pour les puristes de la VO, en dépit d’une exploitation 5.1 riche en effets multidirectionnels, Gears of War Ultimate Edition n’offre aucune option in-game pour basculer entre VO et VF. Pour le reste, le titre, désormais agrémenté de différents modes de jeu (Team Deathmatch, King of the Hill, etc.), n’a pas bougé d’un iota dans sa campagne solo. À l’instar de Kratos, ceux qui n’aiment rien tant que re-décorer les murs avec des morceaux de xénomorphes (les fameux Locustes) en les criblant de pruneaux ou bien en les découpant à la tronçonneuse s’en donneront à cœur joie. Rappelons également à toutes fins utiles que Gears of War instaura le fameux « système de couverture » aujourd’hui largement réemployé dans moult titres, à commencer par un certain Uncharted.

Remaster Wii U

La trajectoire de la petite dernière de Nintendo n’a rien de comparable avec celle de ses consœurs de huitième génération chez Sony et Microsoft. Après avoir régné quasiment sans partage durant près de deux décennies (1990 / 2000) dans l’univers des consoles de salons (la Famicon et la Nintendo 64) et/ou des consoles portables (la Game Boy et ses différentes déclinaisons : Color, Advance, etc.), la firme de Kyoto a atteint son apogée au cours de la deuxième moitié des années 2000 avec sa DS et sa Wii qui s’écouleront respectivement à plus de 154 millions et 101 millions d’exemplaires (en dehors de la Game Boy et ses 120 millions d’exemplaires, il faut aller chercher du côté de Sony avec ses PlayStation 1 et 2 pour trouver pareils scores avec respectivement 104 millions et 157 millions d’unités vendus). Après de tels sommets, plus dur sera la chute comme le présage le dicton. Et si du côté des portables, la 3DS s’en sort honorablement avec environ 62 millions d’unités écoulées au terme de l’exercice fiscal 2015/2016 et en dépit de la concurrence accrue du marché des jeux vidéo sur smartphone, il en va tout autrement du côté des consoles de salon.

Du règne à la déchéance, il n’y a qu’une console pour Nintendo : à gauche la Wii (2006), à droite la Wii U (2012)

Annoncée au cours de la conférence E3 2011 de Nintendo, la Wii U sera commercialisée en novembre 2012, soit six ans à quelques jours près après le lancement de la Wii. Là où cette dernière s’est rapidement retrouvée cataloguée « console pour joueurs occasionnels » avec sa palanquée de titres casual gaming, la Wii U entend rectifier le tir sur de nombreux aspects en vue de reconquérir le cœur des joueurs, les vrais. Au menu : de la HD, de la connectivité, de la rétrocompatibilité, hardware notamment (la plupart des accessoires de la Wii ainsi que les manettes GameCube sont compatibles) mais surtout une nouvelle manette : le GamePad où pour le coup, Nintendo sent venir le vent de la déferlante des tablettes (lancé en avril 2010, l’iPad se serait écoulé à 15 millions d’exemplaires en neuf mois aux dires d’Apple). Croisement entre une manette et une tablette tactile et en digne successeur du combo « Wiimote + Nunchuk » qui fit, en partie, le succès de la Wii, le GamePad entend à son tour révolutionner la façon de jouer. Pour autant, sans doute échaudés par l’appellation « Wii », la mise en place très confuse de différents packs au lancement (basic, premium, limité avec des couleurs et des capacités de stockage différentes), des possibilités multimédia toujours inférieures à la concurrence, à commencer par l’impossibilité de lire les DVD et les Blu-ray (puisque pourvu d’un format propriétaire, le iDensity) ainsi que l’attente du renouvellement des Xbox 360 (sortie en 2005) et PlayStation 3 (sortie en 2006), les joueurs boudent massivement la Wii U à sa sortie, n’y voyant là qu’une simple « Wii HD ». Résultat, là où la Wii sera en rupture continuelle mois après mois à sa sortie fin 2006, les ventes de la Wii U se révèlent bien en deçà des espoirs placés en elle.

À ce démarrage laborieux va rapidement venir s’ajouter un autre problème : celui des éditeurs tiers qui, après avoir soutenu bon an mal an la Wii U à ses débuts – Ubisoft (Assassin’s Creed III, Les Lapins Crétins, ZombiU), Activision (Call of Duty : Black Ops II, Skylanders), Electronic Arts (Mass Effect 3, FIFA 13) – se détournent de la console car ne voyant bientôt plus grand intérêt à investir dans des titres pour une console disposant d’un parc installé aussi restreint et de facto d’un retour sur investissement aussi faible. Soit un sacré cercle vicieux puisque, comme chacun le sait, c’est précisément le catalogue de softs qui fait vendre du hardware. Fin 2015, le constat, amère pour Nintendo, est là et sans équivoque avec 13 millions de consoles écoulées dans le monde, à comparer aux 19 millions de Xbox One et aux 36 millions de PlayStation 4, sachant que les consoles de Microsoft et Sony sont sorties un an plus tard (en novembre 2013). Pour autant, il ne faudrait pas jeter la petite dernière de Nintendo avec l’eau du bain car lentement mais sûrement, la Wii U a su se constituer un catalogue de titres, certes moins impressionnants en quantité que ses deux rivales mais néanmoins très chaudement recommandables : Bayonetta 1 & 2, Donkey Kong Country : Tropical Freeze, Pikmin 3, Super Smash Bros., Splatoon, Xenoblade Chronicles X ou encore Fast Racing Neo sont quelques-unes des exclusivités qui démontrent que la Wii U en a sous le capot. Sans oublier bien sûr les deux figures de proue de la firme de Kyoto que sont Mario (Super Mario 3D World, Super Mario Maker, Mario Kart 8, New Super Mario Bros. U) et Zelda (The Legend of Zelda : The Wind Waker HD, The Legend of Zelda : Twilight Princess HD) ; ces deux personnages légendaires de l’univers vidéoludique à même de faire vendre des consoles estampillées « Nintendo » par conteneurs entiers. Si le petit plombier moustachu a pour lui l’ancienneté (le personnage de Mario voit officiellement le jour en 1982 dans Donkey Kong Jr.), la série Zelda soufflera quant à elle ses 30 bougies en 2016. Entraperçu au détour de démos techniques dès l’annonce de la Wii U, le nouvel opus exclusif à la console HD de Nintendo se fait toutefois désirer… jusqu’à son officialisation au cours de l’E3 2014 par l’entremise d’un petit trailer qui fera saliver les afficionados du monde entier. Un temps pressenti pour 2015, c’est finalement en 2016 que devrait se concrétiser la sortie de ce Zelda tant attendu.

The Legend of Zelda : Twilight Princess HD - Wii UHistoire de faire patienter les joueurs, Nintendo a commencé par leur servir un remaster HD de The Wind Waker sorti fin 2013 avant de faire de même avec Twilight Princess débarqué quant à lui début mars. C’est précisément sur ce dernier opus que nous avons porté notre attention. Et pour cause, Twilight Princess fait le pont non pas entre deux mais trois générations de consoles puisqu’ayant initialement bénéficié d’une sortie concomitante sur GameCube et Wii en décembre 2006. Nous n’avons toutefois pas poussé le vice jusqu’à mettre côte-à-côte les trois versions du jeu (que nous possédons au même titre bien entendu que les consoles ad hoc) mais force est tout de même de constater dès les premières heures passées à arpenter le jeu que son design pour le moins « géométrico-anguleux » de ce Legend of Zelda : Twilight Princess HD se ressent jusque dans les moindres recoins d’un level design conçu au millimètre. Pour autant, le studio australien Tantalus Media en charge de ce remaster Wii U (et qui s’était déjà occupé du portage sur PS4/XBO de ZombiU) s’est acquitté plus qu’honorablement de la tâche avec un ensemble visuellement fort plaisant, à commencer par le nouveau look HD des différents personnages, le trio Link –Zelda – Midona en tête. L’autre apport de taille est à chercher du côté du fameux GamePad qui permet désormais d’accéder d’un simple coup d’œil à l’inventaire et à la carte. Il sera également possible d’opter pour la Manette Pro mais pas pour le duo WiiMote / Nunchuk. Si la forme évolue, le fond en revanche demeure inchangé, à l’instar des autres titres remasterisés évoqués au cours de ce dossier. Il faudra donc une nouvelle fois en passer par les premières heures de pêche à la truite, chat qui miaule (aucun lien de parenté avec le chat de Gravity Rush), bélier en fuite et les innombrables allers-retours en forêt avant d’en venir au cœur même du jeu : ses donjons et sa belle princesse à secourir. Tous ceux n’ayant jamais joué à Twilight Princess sur les précédents supports auraient donc grand tort de se priver des dizaines d’heures de plaisir « Zeldaien » qui les attend. Pour ceux ayant déjà essoré le titre sur GameCube et/ou Wii, les apports de la cure de jouvence HD et du maniement au GamePad valent eux aussi le détour, à moindre frais.

Conclusion

Car in fine, s’il y a un argument qui prévaut, c’est bien celui du coût. Non plus tant celui investi par les studios en vue de remasteriser les « classiques » de leurs catalogues respectifs, et d’appâter ainsi les fans de longue date tout en tentant de séduire de nouveaux venus, que le coût que sera prêt à débourser le joueur pour se (re)plonger dans son univers fétiche. Au-delà de titres chaudement recommandables, d’autant plus si vous ne les aviez pas pratiqués sur leur support originel, l’argument non négligeable à prendre en considération est indubitablement le fait que ces titres dits remaster sont (quasi) systématiquement proposés à un tarif (bien) en deçà des désormais traditionnels 60/70€ d’une nouveauté. Et pour peu que vous patientiez quelques mois, vous tomberez très certainement sur une petite promo qui vous permettra d’acquérir tous ces classiques remasterisés à moindres frais et avec eux des dizaines d’heures de plaisir en perspective. Alors, elle est pas belle la vie au pays de la remasterisation vidéoludique ?

Annexe

Les autres jeux vidéo remaster que nous avons chroniqués :
Dark Souls II : Scholar of the First Sin
Borderlands The Handsome Collection
Grand Theft Auto V

 

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