Paris Games Week 2016

Paris Games Week 2016 : Le grand supermarché des jeux vidéo

Comme tous les ans à la même période, la grand messe annuelle du jeu vidéo ouvre ses portes à la Porte de Versailles de Paris. Et comme tous les ans, nous avons pu arpenter les allées de cette Paris Games Week édition 2016 qui se tient du 27 au 31 octobre lors de la traditionnelle soirée d’ouverture réservée à la presse, aux vips et à tous ceux qui auront pu glaner ici et là l’une des innombrables invitations pour cette soirée finalement beaucoup moins select qu’elle ne le fut jadis (on sent les regrets du blasé dis donc / NDSG).

La Paris Games Week : À l’extérieur, le chaos (un peu)

Car, dès 18h30, soit une demi-heure avant l’ouverture officielle, il y avait déjà foule à l’extérieur. Et, comme bien souvent en pareilles circonstances, règne une certaine confusion : « J’ai un badge exposant, je peux rentrer où ? Et moi j’ai un badge presse, où je dois aller ? Moi je suis sur une liste VIP mais je dois rentrer pour aller récupérer mon badge ? ». Dans le même temps, la frénésie s’empare des smartphones de toutes parts, à coups de SMS ou bien d’appels : « T’es où ? Fais-moi un signe ! Ah, ça y est, je te vois ». Le personnel encadrant chargé de scanner les précieux sésames et de fouiller les sacs semble là-aussi quelque peu désemparé par la tournure des événements et l’engouement suscité par la manifestation : « On laisse rentrer uniquement les exposants et la presse ». Sachant qu’il n’y a qu’une seule file pour faire rentrer tout le monde, parvenir à se frayer un chemin jusqu’au devant relève d’une nouvelle épreuve digne de Fort Boyard ! Avant qu’un contrordre ne survienne quelques minutes plus tard (au moment où l’on parvenait enfin en tête de ladite file) : « Les exposants seulement ! Pas la presse ! Et n’oubliez pas de présenter vos sacs bien ouverts ». En la matière, le S.E.L.L. qui organise la manifestation avait d’ailleurs tenu à rassurer dès le mois d’août via un communiqué ad hoc précisant que toutes les mesures de sécurité seraient mises en œuvre afin d’assurer le bon déroulement de cette Paris Games Week 2016. Dans les faits, à quelques minutes de l’ouverture, quelques ajustements semblaient encore nécessaires en matière d’organisation aux portes du salon.

Paris Games Week 2016 - Affiche

La Paris Games Week : À l’intérieur, le chaos aussi (beaucoup)

19h00 pétante, les fauves sont lâchés dans l’arène. Par certains aspects, on croirait voir ces images du JT de 20h à chaque démarrage des soldes où des hordes de consommateurs avides de bonnes affaires se ruent sous les grilles des grands magasins pour être les premiers arrivés en rayon. Il faut dire aussi qu’en l’espace de (seulement) sept ans, la Paris Games Week est passée du statut de « petit évènement » pour une poignée de fondus de jeux vidéo (15.000 m2 et 55.000 visiteurs en 2010) à ce gigantesque salon à destination d’une population toujours plus vaste. À chaque nouvelle édition, le salon gagne en surface (+30% annoncés cette année par rapport à 2015) et se targue d’une fréquentation en hausse constante mais qui, depuis l’an passé, a commencé à susciter moult interrogations : 307.000 visiteurs annoncés par les organisateurs en 2015 vs. 196.000 certifiés par le site de référencement officiel Foires et Salons géré par le ministère de l’économie.

Mais quoi de plus normal finalement compte-tenu de l’engouement sans cesse grandissant pour ce loisir qu’est devenu aujourd’hui celui que l’on qualifiait encore il n’y a pas si longtemps de « petit monde des jeux vidéo ». Dans les allées de cette septième édition de la Paris Games Week, cet enthousiasme se retrouve à bien des égards : un coin pour l’e-sport, un autre pour les tous petits (la Paris Games Week Junior), ici un emplacement réservé aux jeux made in France, là un autre pour les différentes écoles proposant des formations ou encore le sempiternel carré dévolu aux nostalgiques des vieilles bécanes du siècle dernier. Un conseil : si vous voulez un minimum de calme, toutes proportions gardées, on vous conseillera le pavillon 2, dédié aux formations, juniors et autres.

Car du côté du pavillon 1, comme chaque année, la foire aux bestiaux Paris Games Week bat son plein. Quoi de plus normal là encore puisque, quelques heures avant la manifestation, nous apprenions que les précieuses invitations pour cette avant-première plus si VIP que ça sont distribuées quasiment comme des petits pains. Dans le tramway arrivant aux portes du salon, on captait d’ailleurs quelques minutes plus tôt des conversations symptomatiques d’un tel phénomène : « Ah tiens, la Paris Games Week ! Ça commence demain ? Tu y vas ? J’ai un copain qui peut nous avoir des places si tu veux ». Certains, qui débarquent sans doute ici pour la première fois, font un peu la grimace : « Qu’est-ce que c’est bruyant ! On ne s’entend plus ! ». Il faut dire aussi que, comme toujours, chaque stand y va de sa sono à fond histoire d’attirer l’attention du chaland. Le but est simple et là aussi connu : parvenir à convaincre que ses jeux sont meilleurs que ceux des voisins. Car c’est avant tout et surtout à un gigantesque supermarché de noël du jeu vidéo qui s’étend sur 80.000 m2 que font face les visiteurs lorsqu’il pénètre dans la Paris Games Week. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une grande enseigne dont le nom en quatre lettres commence par un F et se termine par un C tient un (grand) stand de vente, de même que certains éditeurs et leurs goodies. Sur les centaines de titres jouables (ou non) présents sur le salon, une petite quinzaine ne verront le jour qu’en 2017, tous les autres étant déjà disponibles en rayons ou bien y débarqueront dans les jours / semaines à venir.

Paris Games Week 2016 - Buffet-cocktail

La Paris Games Week : À quoi ça sert ?

Mais alors à quoi sert la Paris Games Week ? À tester les jeux avant de jeter son dévolu (et son argent) sur tel ou tel titre, moyennant souvent une bien longue attente, certains jeux faisant l’objet de queues qui en décourageront sans doute plus d’un. À l’heure où de plus en plus d’éditeurs proposent des démos et/ou des bétas ouvertes de leurs titres-phares, la question d’une telle cohue se pose donc. Pour la presse alors ? L’an passé, les projecteurs s’étaient bien tournés vers la Paris Games Week via la conférence organisée par Sony. Mais cette année, rien de tout cela. Point d’annonces ou de conférences à l’horizon, point de ces présentations dites en « behind closed doors » et de très rares entretiens accordés à une poignée d’élus triés sur le volet pour les quelques rares personnalités présentes sur place. Il conviendra en effet de « montrer patte blanche » pour se voir octroyer l’un des précieux entretiens : envoyer sa liste de questions à l’avance et/ou faire partie d’un média suffisamment influent à même de prêcher la bonne parole auprès d’un (très) large public. Faute de quoi, lesdites rencontres se verront annulées à la dernière minute ! Et tant pis si certaines questions auraient pu (peut-être) fâcher.

Alors, tandis que les familles / amis s’éclatent à faire le tour des stands (et la queue) pour essayer tel ou tel jeu, les privilégiés (généralement la presse) pourront toujours se rabattre sur les manettes de ces mêmes titres via des coupe-files ou bien se bâfrer à l’un des nombreux buffets-cocktails organisés par les différents exposants… sous couvert là encore de figurer sur la liste des convives. L’occasion alors d’échanger quelques mots avec les attachés de presse et autres confrères, à condition de tendre l’oreille et de parler suffisamment fort pour se faire entendre. Et ces mêmes attachés de presse de nous confirmer que la Paris Games Week n’est pas tant un salon d’annonces dédié à la presse à égalité avec des E3 et autres Gamescom (dont la PGW cherche d’ailleurs clairement à surpasser la fréquentation en annonçant des chiffres toujours plus imposants) mais bel et bien un salon dit « retail ». Entendre par là : pour vendre. Vendre du rêve, des formations, des recommandations PEGI, du renforcement des aides de la part de la ministre de la culture présente sur place (en vue de juguler la « fuite des cerveaux » pour cause de fiscalité trop contraignante dans l’Hexagone ?), mais avant tout et surtout vendre du jeu vidéo et les différents accessoires qui vont avec. En définitive, si le slogan de la Paris Games Week a toujours été « Le jeu vidéo fait son show », celui-ci pourrait tout aussi bien être « Venez préparer vos achats de noël ».

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