Destiny : Le Roi des Corrompus

Destiny : Le Roi des Corrompus, un règne difficile

Un an après sa sortie initiale, Destiny s’offre (tente de s’offrir) une seconde jeunesse avec l’arrivée d’une édition dite « légendaire » (réunissant le jeu originel accompagné de ses trois extensions) en parallèle de celle du troisième DLC intitulé Le Roi des Corrompus. Retour sur une épopée qui n’a rien d’une partie de plaisir…

Destiny : Le parcours (chaotique) du Roi

Destiny, pour ceux qui n’auraient pas suivi toute l’affaire, c’est avant tout une histoire de contrats, de rumeurs, de ruptures et, in fine, de gros sous. Mais comment pouvait-il en être autrement au sein d’une industrie qui pèse aujourd’hui plusieurs milliards de dollars annuels au point d’en faire l’industrie du divertissement n°1 de par son chiffre d’affaire ? Résumé des épisodes précédents.

Destiny : Le Roi des Corrompus

Après une décennie de bons et loyaux services à produire du Halo à la chaîne en exclusivité pour Xbox, Bungie décidait, après un dernier Halo : Reach en 2010, de couper définitivement les ponts avec Microsoft et la saga qui le rendit si célèbre. Alors que les rumeurs de divorce entre le géant de l’informatique et le studio allaient déjà bon train depuis trois ans, la même année, et plus précisément en avril 2010, Bungie signait un contrat qui le liait pour dix ans à Activision. Un an plus tard, les premières rumeurs d’un MMO d’action en cours de développement au sein du studio faisaient surface. Rapidement démentis, les ragots en question se virent cependant confirmés l’année suivante, et plus précisément en mai 2012, lorsque ledit contrat fut rendu public à l’occasion d’un procès opposant Activision aux anciens dirigeants de Infinity Ward (le studio à l’origine d’une autre saga mythique : Call of Duty). Dans les grandes lignes, il y est question de quatre FPS MMO de science-fiction ainsi que de quatre extensions (les fameux DLC), le tout regroupé sous le nom de code « Destiny » avec une sortie sur support physique tous les deux ans à compter de 2013. Le reste dudit contrat évoque les conditions de rétributions de Bungie, en fixe ($2,5M par an entre 2010 et 2013) mais aussi en royalties (jusqu’à 35% du résultat d’exploitation si le jeu dépasse les $400M). Le revers de la médaille met toutefois une pression non négligeable sur le studio puisque Activision se réserve le droit d’annuler ledit contrat (sans pénalités bien sûr) si le premier jeu réalise moins de cinq millions d’exemplaires vendus au cours des six premiers mois, ou pour toute autre raison après la sortie du deuxième DLC. Bungie a donc tout intérêt à frapper un grand coup avec ce « projet Destiny » s’il ne souhaite pas voir l’épée de Damoclès le fendre en deux.

Destiny : Le Roi des Corrompus

De gros sous, il en est à nouveau question moins de deux ans après lorsque, en mai 2014, soit quatre mois avant la sortie de Destiny, une rumeur (encore une) fait état d’un budget de près de $500M. Inutile de préciser qu’il s’agit là d’un record, et de loin, en matière de jeu vidéo pour une somme qui ne sera pas sans rappeler un chiffre similaire avancé à l’époque de la préparation d’un certain Avatar. Intox en vue de créer le buzz ? Rien n’est moins sûr dans le cas de Destiny puisque l’info est lâchée par le DG d’Activision en personne : Bobby Kotick. En réalité, le budget de production du joyau de James Cameron s’élèvera à $237M auxquels s’ajouteront $150M pour la campagne promotionnelle (rappelons que le film rapporta 2,8 milliards de dollars au box-office mondial). Quant à Destiny, Bungie démentira, non sans humour, en précisant qu’en additionnant la production, la promotion et les pizzas du mercredi, le budget total se situe très en deçà des $500M. Selon les chiffres révélés par Kotaku, eux-mêmes issus du contrat de développement initial entre Bungie et Activision, la somme s’élèverait à $140M, hors coûts marketing. Eu égard aux chiffres rendus public par CD Projekt concernant le financement de The Witcher 3, la moitié des $86M du budget serait imputable à la seule promotion du jeu. Un ratio qui semble devenir la norme en matière de AAA depuis plusieurs années et qui, appliqué aux fameux $140M, porterait le budget total de Destiny, marketing inclus, dans une fourchette située entre $250M et $300M. Une somme rondelette s’il en est et qui en fait assurément l’une des plus élevées, si ce n’est la plus élevée à date en matière de jeu vidéo. Rien n’indique en revanche si ce chiffre inclus les trois DLC parus depuis la sortie initiale de Destiny en septembre 2014 : Les Ténèbres Souterraines en décembre 2014, La Maison des Loups en mai 2015 et Le Roi des Corrompus en septembre 2015.

Destiny : Le Roi des Corrompus

Destiny : Le retour (controversé) du Roi

C’est bien beau toutes ces tractations et autres chiffres mirobolants en coulisses mais et le jeu dans tout cela nous direz-vous ? Et bien, dès sa sortie, s’il y a un point sur lequel tout le monde est tombé d’accord, c’est bien la maestria technique dont fait montre Destiny, tant au niveau visuel que sonore. La direction artistique est véritablement de très haute volée et plonge le joueur dans des environnements aussi somptueux que travaillés avec force effets en tout genre, notamment au niveau des éclairages. À ce sujet, on ne saura que trop conseiller de jouer dans une pièce (très) peu éclairée et de régler la luminosité en conséquence pour en profiter dans les meilleures conditions. La bande son n’est pas en reste avec quantité de bruitages tout autour du joueur mais aussi et surtout des partitions musicales qui parachèvent l’immersion au cœur des évènements. Premier petit hic cependant à ce niveau : la VF n’est pas forcément des plus aboutis et on conseillera plutôt (comme très souvent) d’opter pour la VO même si pour se faire aucune option in-game n’est disponible et qu’il faudra, par conséquent, changer la langue dans les options générales de la console elle-même. Ce qui aura pour effet de basculer l’intégralité du jeu en anglais. Et tant pis pour ceux qui souhaiteraient conserver les textes en français tout en profitant des dialogues en VOSTF. On a connu plus pratique en la matière comme par exemple avec le récent Uncharted : The Nathan Drake Collection où il est possible de basculer langue et sous-titres indépendamment l’un de l’autre à la volée au sein même du jeu. S’il n’y avait que ce (petit) désagrément à reprocher à Destiny, ce ne serait en soit pas bien grave. Mais dans les faits, il y a plus dommageable.

Destiny : Le Roi des Corrompus

Car si, sur la forme, il n’y a rien à redire, sur le fond en revanche, eu égard à tout le battage médiatique évoqué ci-dessus et au pedigree « haloesque » de Bungie, d’aucuns diront que Destiny, c’est un peu la montagne qui accouche d’une souris. Environnements trop petits et pas assez nombreux, classes trop similaires (Arcaniste, Chasseur et Titan), aspects sociaux trop limités (un comble pour un MMO !), I.A. un peu aux fraises (même votre humble serviteur, une brêle en matière de FPS, réussit à progresser sans trop de difficulté, c’est dire le niveau peu élevé de la chose). Bref, pas mal de reproches dès sa sortie pour un titre aussi attendu. Depuis, au fil des mises à jour et autres DLC, les choses se sont (un peu) améliorées sur certains points (nouvelles maps, nouveaux ennemis, difficulté et I.A. légèrement revu à la hausse, etc.) sans pour autant rectifier totalement le tir. Et si l’arrivée du Roi des Corrompus, en parallèle d’une très grosse MAJ 2.0, n’a rajouté que quelques petites heures de storyline supplémentaires, sa seigneurie a surtout entraîné le courroux de pas mal de joueurs avec ses limitations qui ont fait couler beaucoup d’encre. Soit des forums entiers de par le monde de joueurs, encore plus verts de rage qu’un Hulk en pétard, obligés de repasser à la caisse pour se procurer le fameux sésame faute de pouvoir progresser plus avant. À défaut de corruption, d’aucuns iront plutôt jusqu’à qualifier un tel procédé de racket pur et simple contre lequel le joueur est toutefois sans défense puisqu’il doit approuver les conditions générales au lancement du jeu (et ce après chaque nouvelle MAJ !). Des conditions qui stipulent que « l’installation et l’utilisation par vous de toute mise à jour ou modification du programme par Bungie ou l’utilisation continue du programme après notification des changements apportés au contrat démontrera que vous acceptez toutes ces modifications. Bungie peut changer, modifier, suspendre ou mettre fin à tout aspect du programme à tout moment. Bungie peut également imposer des limites à certaines fonctions ou restreindre votre accès à tout ou partie du programme sans avertissement et sans responsabilité de sa part. Vous n’avez aucun intérêt, monétaire ou autre, dans quelque fonction ou contenu que ce soit du programme ». Où l’on découvre in fine que si le contrat qui lie Bungie à Activision pour dix ans de Destiny est à double tranchant pour le studio, celui qui lie Bungie aux joueurs au travers de ce même jeu l’est tout autant pour ces derniers.

Destiny : Le Roi des Corrompus

Ces mêmes joueurs semblaient pourtant avoir répondus présents puisqu’un an après le début de sa commercialisation, Destiny se serait écoulé à plus de onze millions d’exemplaires de par le monde, tous supports confondus, selon les derniers chiffres de VGChartz. Mais pour la fin d’année 2015, pas sûr que ce Roi-là parvienne à convaincre au regard de la concurrence féroce qui s’annonce : Star Wars Battlefront, Halo 5 : Guardians ou encore Call of Duty : Black Ops III ; ce dernier, également édité par Activision, étant par ailleurs le titre le plus attendu des joueurs en cette période d’effervescence vidéoludique selon un sondage publié par l’institut Nielsen en début de mois. Quant aux prochaines aventures du trio Bungie / Activision / Destiny, les premières rumeurs (encore une) d’une suite ont déjà fait surface fin 2014. Qui sait, peut-être que Destiny 2 sera (enfin) à la hauteur des espoirs placés en lui et que le premier opus (et ses différents DLC) n’aura été, in fine, qu’un gigantesque bac à sable pour le studio en vue d’expérimenter les forces et faiblesses de cette nouvelle licence. Rendez-vous dans un an…

Destiny : Le Roi des Corrompus est disponible depuis le 15 septembre 2015 sur PlayStation 4, PlayStation 3, Xbox One et Xbox 360.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version commerciale
Testé en version : 1.17
Taille occupée sur le disque dur : 37,86Go

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