Call of Duty : Black Ops III

Call of Duty : Black Ops III : Du sang et des (l)armes

Une étude de Nielsen publiée fin octobre faisait apparaître Call of Duty : Black Ops III comme le jeu vidéo le plus attendu de la fin d’année. Manette en mains, se montre-t-il à la hauteur d’une telle attente ?

Call of Duty : (R)appel historique

Si Call of Duty se pose aujourd’hui comme l’un des plus gros blockbusters / bestsellers de l’univers vidéoludique, son histoire n’en débute pas moins une décennie plus tôt. Et plus précisément en 2003 lorsque le tout premier opus voit le jour ; soit un FPS qui plonge le joueur au cœur de la Seconde Guerre Mondiale. À l’époque, le genre est dominé par la série des Medal of Honor et d’aucuns voient alors dans Call of Duty la réponse du géant Activision à la suprématie de la licence distribuée par Electronic Arts. Sorti en 1999 et développé par DreamWorks Interactive, filiale dédiée aux jeux vidéo de la nouvelle major hollywoodienne DreamWorks SKG, Medal of Honor n’est ni plus ni moins que le pendant vidéoludique du joyau cinématographique Il faut sauver le soldat Ryan. Dans les coulisses de Medal of Honor, on retrouve d’ailleurs un certain Steven Spielberg en qualité de coscénariste. À l’image de son aïeul sur grand écran, Medal of Honor recevra un accueil critique et public des plus positifs (pleinement justifié) qui donnera tout naturellement lieu à de nombreuses suites.

Call of Duty : Black Ops III

Voulant sa part du gâteau, Activision se lance donc à son tour à l’assaut de la période WWII en 2003 avec Call of Duty, allant même jusqu’à embaucher Michael Giacchino, collaborateur attitré de J.J. Abrams à qui l’on doit le score de Medal of Honor, aussi magnifique que celui de John Williams pour Le Soldat Ryan, pour composer les musiques de Call of Duty. À ce niveau de coïncidences (même genre, même contexte historique, même compositeur), le doute n’est plus permis. Et si la série Medal of Honor était alors sur la pente déclinante de la redite à chaque nouvel opus, la saga Call of Duty quant à elle ne faisait que débuter. Les suites, soit les opus 2, 3 et 5, conserveront la Seconde Guerre Mondiale comme toile de fond. Attendez une minute ! Quid de l’épisode 4 ? C’est précisément avec ce quatrième volet, intitulé Call of Duty 4 : Modern Warfare sorti en 2007 que la saga Call of Duty basculera dans la modernité comme son nom l’indique. Voire même dans un futur très proche puisque l’action se déroule entre 2010 et 2020 tout comme ses deux suites, Modern Warfare 2 et 3, sorties respectivement en 2009 et 2011. Soit une série « spin-off » de la saga Call of Duty originelle qui commençait déjà à faire le yoyo entre évènements historiques passés (la catastrophe de Tchernobyl) et extrapolations futuristes (anticipatoires diront certains) de situations géo-militaro-politiques contemporaines.

Deuxième spin-off de Call of Duty, la saga Black Ops vit quant à elle le jour en 2010 et, fidèle aux origines historiques de son ainé, prenait place en pleine crise cubaine des années 1960 en plongeant le joueur au cœur des fameuses « black ops » de la CIA tout en s’autorisant un mode de jeu nettement plus fantaisiste appelé à devenir culte, le fameux « mode zombie ». Bien aidée par le succès populaire grandissant de ses deux aînés, la sortie de Call of Duty : Black Ops est tonitruante. Et son éditeur de se targuer de recettes atteignant la barre mythique du milliard de dollars en 42 jours (Modern Warfare 2 avait mis 64 jours pour enregistrer pareil score). Un triomphe que le PDG d’Activision, Bobby Kotick, comparera d’ailleurs à celui d’Avatar. Si certains en doutaient encore, Black Ops venait définitivement de placer la licence Call of Duty en orbite. Sorti quant à lui en 2012, Call of Duty : Black Ops II fera encore un peu plus le grand écart entre passé (les années 1980) et futur proche (l’an 2025) tout en prenant pour toile de fond la nouvelle force de frappe préférée de l’armée américaine : les drones militaires. Ces fameuses « frappes chirurgicales » opérées à des milliers de kilomètres de distance si bien mises en abyme dans l’excellent mais injustement boudé Good kill de Andrew Niccol. Toujours plus vite, plus haut, plus fort, Call of Duty : Black Ops III entend donc repousser encore un peu plus loin le curseur, aussi bien temporel que technologique.

Call of Duty : Black Ops III

Call of Duty : Black Ops III : Bugs in the shell

Mais avant d’en découdre, il faudra en passer par quelques freins, précisément technologiques ! Sitôt le disque inséré dans la console (nous avons testé le jeu sur PlayStation 4), l’installation sur le disque dur est quasi-instantanée et est aussitôt suivie du désormais traditionnel patch day one (3Go à télécharger, on a connu pire). Quelques minutes après (minutes plus ou moins longues en fonction de la rapidité de votre connexion internet pour récupérer ledit patch), sitôt le jeu lancé, le menu principal nous donne accès aux modes… zombies et jouer en local ; les modes multijoueur et campagne demeurant grisés et, in extenso, inaccessibles ! Un bug ? Que nenni ! Une petite barre de progression en haut à gauche nous indique en effet que le mode multijoueur est en cours d’installation. Un quart d’heure plus tard, ce mode est enfin accessible tandis qu’il faudra à nouveau patienter un quart d’heure supplémentaire pour l’installation du mode campagne. Soit une demi-heure en tout totalement indépendante de votre connexion internet puisqu’il s’agit là d’une installation inhérente au jeu en lui-même. Par chance, celle-ci ne survient qu’au tout premier lancement de Call of Duty : Black Ops III mais pour un peu, on se croirait revenu au temps de l’Amstrad CPC 464 et de son mythique lecteur de cassettes où l’on pouvait aller se dégourdir les jambes un long moment avant que les jeux ne soient fin prêts.

Call of Duty : Black Ops III

Dans l’entrefaite et histoire de patienter jusqu’à la fin de ladite installation, on aura tout de même pris la peine d’essayer le mode zombie (accessible quant à lui dès le lancement) pour un résultat assez sympathique et qui vaut surtout pour son ambiance années 40 et la présence de nombreux comédiens du Septième Art : Heather Graham, Jeff Goldblum, Ron Perlman ou encore Neal McDonough. À ce sujet, on regrettera de ne pas trouver d’option in-game permettant de jouer en VOSTF. Les puristes souhaitant profiter des voix originales devront donc changer les réglages de la console elle-même pour basculer en anglais. Le mode campagne (enfin) disponible, il est alors temps de se lancer dans la bataille. La première mission en forme de prologue permet de se familiariser avec le maniement de ce Call of Duty : Black Ops III avant de s’achever par une quasi mise à mort digne de celle d’Alex Murphy dans Robocop. Direction l’an 2065 et un réveil qui va permettre de se familiariser avec nos nouvelles capacités « technologiquement augmentées » : vision, course sur les murs, prise de contrôle de drones à distance, etc. La troisième mission, en plein déluge nocturne commence alors dans un Singapour emmuré façon New York 1997 de John Carpenter. À peine l’affrontement avec un super-robot a priori indestructible débuté que paf (le chien) ! Écran noir et retour au menu principal avec un joli message : « Vous avez été déconnecté des serveurs Black Ops III ». Euh ?!?! Comment peut-on se retrouver ainsi éjecté d’une campagne jouée en solo sous prétexte de déconnexion aux serveurs ? On patiente un peu, on quitte le jeu pour revenir vérifier que la console est toujours bien connectée à internet avant de relancer pour finalement suivre le conseil précisé en dessous du message d’erreur qui nous invite à aller vérifier le statut des serveurs. Et effectivement, les premiers jours qui ont suivi la sortie de Call of Duty : Black Ops III, il s’avère que les serveurs dédiés à la PlayStation 4 affichaient quelques faiblesses là où ceux des autres supports semblaient se porter comme un charme. Soit une preuve manifeste s’il en était besoin du succès rencontré par Call of Duty : Black Ops III, a fortiori sur la next gen de Sony. Ce qui n’explique toujours pas pourquoi une connexion internet est requise dans le cas du mode campagne joué en solo (NB :  il est possible de jouer ladite campagne en multi coop) ? Une petite recherche sur le net nous apprend que, au lancement du jeu, le petit quatuor de chiffre (qui se termine par un triple zéro) présent dans le coin supérieur droit de l’écran principal vous indique où en est la connexion du jeu avec lesdits serveurs. Dès que les chiffres en question croissent avant de se stabiliser, cela signifie que la connexion est pleinement établie. Ce qui pourra prendre plus ou moins longtemps en fonction là encore de différents facteurs : rapidité de votre connexion internet, état de saturation des serveurs, etc. Soit in fine pas mal de petits aléas dont il sera préférable d’être conscient et qui, de surcroît, mettent un peu plus en exergue le fait que, à l’ère des next gen que sont la PlayStation 4 et la Xbox One, une connexion internet (de préférence de bonne qualité) est très fortement recommandée pour ne pas dire indispensable, faute de pouvoir accéder à l’intégralité d’un jeu comme Call of Duty : Black Ops III, et in extenso, à vos modes de jeu préférés.

Call of Duty : Black Ops III

Call of Duty : Black Ops III : La chair et le sang (et l’acier)

Après pareilles (més)aventures, les quelques bugs graphiques rencontrés de ci de là (des fragments d’objets qui lévitent à un mètre au dessus du sol) prêteraient plus à sourire qu’autre chose. Mais vous n’aurez pas vraiment le temps de vous attarder sur de tels « détails » tant ce Call of Duty : Black Ops III, fidèle aux us et coutumes de la licence, nous plonge au cœur d’une action frénétique à souhait qui nous en met plein les yeux (ça pète de partout avec des pans entiers de décors qui s’effondrent tout autour du joueur) et les oreilles. Sur ce dernier point, on déconseillera aux personnes équipées de home-cinéma de pousser trop fort le volume de leur ampli tant l’exploitation multicanaux et a fortiori celle du caisson de basses est plus que probante et risquerait bien de déplaire à votre voisinage. Car une chose est sûre dès les premières minutes de jeu : Call of Duty : Black Ops III ne fait pas vraiment dans la dentelle. D’aucuns emploieront même le terme de « bourrin » et argueront une nouvelle fois que c’est là l’essence même du genre qu’est le FPS. « Il suffit d’avoir une petite tronche et des gros bras » comme dirait notre Bébel national dans l’excellent Peur sur la ville.

On ne saurait lui donner tort tant la fonction première de ce Call of Duty : Black Ops III n’est point de faire travailler votre manière grise mais bel et bien d’éprouver votre dextérité manuelle. Un soupçon de jugeote ne sera toutefois pas superflu pour venir à bout de certaines places fortes : prendre le contrôle des drones (aériens ou bien terrestres) à distance histoire de « déblayer » le gros du terrain, progresser à couvert en snipant ses adversaires, désactiver temporairement les capacités de leurs armures bardées de technologie, etc. Tous les moyens seront bons, sous couvert de disposer de l’équipement ad hoc. Ce qu’il sera possible de faire en préambule de chaque mission où vous aurez tout loisir, au sein d’un QG, de perfectionner armes et autres « capacités technologiques » via les différents points d’XP glanés au cours desdites missions, mais aussi de customiser à votre guise une foultitude de petits détails, depuis votre propre logo jusqu’aux dernières améliorations de vos armes en passant par votre tenue. L’étendue des possibilités, à l’image de la myriade d’options multi-joueurs, ravira à n’en pas douter les fans.

Call of Duty : Black Ops III

Toutefois, au lendemain du 13 novembre 2015, la question qui se pose est de savoir si lesdits joueurs auront à cœur de s’adonner en toute désinvolture aux carnages (virtuels) auxquels les convient Call of Duty : Black Ops III. L’apanage technique est certes très réussi, tant sur le plan visuel que sonore et, contrairement à ce qu’a tenté de faire Hideo Kojima avec son Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, il ne faudra guère aller chercher de réflexions géo-politico-sociales derrière les scènes de tortures et autres séquences « graphiques » (colliers explosifs façon Running man, yeux arrachés, mains découpés, etc.) ou encore les technologies (déjà existantes dixit le directeur de l’animation Dominique Drozdz) si ce n’est servir les besoins d’un « simple » divertissement vidéoludique à prendre au premier degré. Ce que l’on est somme toute en droit d’attendre d’un bon gros blockbuster de la trempe d’un Call of Duty : Black Ops III qui, dixit Activision, a une nouvelle fois explosé les compteurs au cours de son premier week-end de commercialisation avec plus de $550M, soit « un lancement plus important que tout autre jeu, film ou divertissement cette année » (vous emballez pas les cocos, y’a l’épisode VII de Star Wars qui débarque dans quelques semaines et qui risque bien de mettre tout le monde d’accord).

Mais au lendemain des attentats parisiens, la campagne marketing autour du jeu « a été suspendue en France et en Europe en raison de l’actualité » a déclaré une porte-parole de l’éditeur. Il faudra sans doute patienter un peu avant que l’engouement ne reparte de plus bel à l’approche grandissante des fêtes de Noël. De tout temps, les œuvres de fiction (livres, films et aujourd’hui les jeux vidéo) ne se sont-elles pas après tout inspirées, à différents niveaux, de l’Histoire (passée) pour mieux dépeindre une certaine réalité prompte, tantôt à divertir, tantôt à interpeller. Aux joueurs ensuite de faire taire le débat séculaire sur la violence dans les jeux vidéo et de savoir faire la part des choses entre monde réel et monde virtuel. Dans le cas de Call of Duty : Black Ops III, la proposition est de la belle ouvrage qui n’a pour autre but que le divertissement pur et simple. Il serait donc totalement vain d’aller chercher plus loin… ou de s’en priver.

Call of Duty : Black Ops III est disponible depuis le 6 novembre 2015 sur PlayStation 4, PlayStation 3, Xbox One, Xbox 360 et PC.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version commerciale
Testé en version : 1.02
Taille occupée sur le disque dur : 48,00Go

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