Fallout 4

Fallout 4 : Apocalypse Now

2015 aura donc été l’année du retour en grandes pompes sur le devant de la scène de deux sagas post-apocalyptiques mythiques. D’un côté Mad Max Fury Road et de l’autre Fallout 4. Le premier ayant déjà fait la quasi-unanimité en mai dernier, le second refermera-t-il 2015 avec la même maestria ?

Fallout 4 : Regarde le Monde tomber

Les récits post-apocalyptiques ne manquent certes pas, sous toutes les formes artistiques qui soient, depuis la littérature jusqu’au cinéma en passant par la bande dessinée ou le jeu vidéo. Pour autant, au cours de ces dernières années (décennies), deux sagas ont su indubitablement marquer de leur empreinte leurs médiums respectifs : Mad Max et Fallout.

Pour ceux qui débarqueraient après la fin du monde, voici un petit rappel. Imaginé en 1979 sous la houlette de George Miller et Byron Kennedy, Mad Max nous projette dans un futur plus ou moins proche où le monde a sombré en plein chaos à l’heure où les grandes nations se livrent une guerre implacable pour le pétrole. Soit un projet de long-métrage complètement cintré à la genèse relatée avec brio dans le remarquable et très chaudement recommandable The Madness of Max et entré depuis au panthéon des œuvres cultes du Septième Art. Par la suite, le deuxième opus, Mad Max 2 : Le Défi (1981), et a fortiori le quatrième, Mad Max Fury Road, ont, aux yeux de certains, surpassé (de loin ?) l’originale tout en entérinant encore davantage cette vision d’une Terre de désolation où la valeur d’une vie humaine est moindre comparée à celle de la seule denrée véritable : le pétrole, énergie fossile ultime à laquelle l’Homme voue un culte immuable. Début septembre, Mad Max avait par ailleurs eu les honneurs d’une transposition vidéoludique honorable servant peu ou prou de préquelle au quatrième long-métrage.

Fallout 4

En matière de jeux vidéo précisément, Fallout premier du nom vit quant à lui le jour en 1997 dans les locaux de Black Isle Studios. À leur fermeture en 2003, la licence atterrit dans l’escarcelle de Bethesda, connu notamment pour la saga d’heroic fantasy The Elder Scrolls. Mais là où Mad Max nous emmène dans un monde dystopique à la chronologie diffuse, Fallout prend racines dans une uchronie de la Guerre Froide où le mythique American Way of Life aurait disparu dans les années 1950 tandis que la technologie n’aurait cessé de progresser, mue par un siècle de recherches nucléaires effrénées. Rien n’arrête la guerre nous rappelle ainsi la cinématique d’introduction de Fallout 4 avant de céder la place à un réveil matinal devant la glace de la salle de bains dans le pavillon d’une banlieue BCBG de Boston en l’an 2077. Place à la customisation de son personnage avec une foultitude de détails ajustables, depuis la corpulence jusqu’à la forme des lobes d’oreilles en passant par la couleur et la coupe des cheveux ou encore les différentes « marques » sur le visage. Sans oublier bien sûr, parité homme-femme oblige, le choix entre l’incarnation d’un protagoniste masculin ou féminin. Une entrée en matière symptomatique d’un titre et d’une saga qui n’aura eu de cesse de proposer une foultitude de choses à faire, ramasser, stocker, transformer dans ce que d’aucuns considèrent aujourd’hui comme l’un des jeux open world les plus foisonnants et passionnants à explorer.

Fallout 4

Mais avant d’en arriver là, il faudra passer par une phase d’installation quelque peu longuette (laborieuse diront certains). Soit une bonne demi-heure à patienter en revoyant en boucle les sept vidéos S.P.E.C.I.A.L. utilisées en amont de la sortie de Fallout 4 en guise de campagne virale promotionnelle. Autant aller se faire un bon petit kawa pendant ce temps-là. Et ça tombe plutôt bien car, dès les premières minutes à se familiariser avec les différentes possibilités de Fallout 4 en déambulant dans les pièces de votre demeure, vous tomberez rapidement sur Codsworth, votre robot domestique mu comme il se doit à l’énergie nucléaire qui vous propose un café alors qu’il prépare le petit déjeuner. Mais comme le disait si bien et avec une clairvoyance pour le moins funestement prémonitoire un certain Albert Einstein, que d’aucuns considèrent comme l’un des pères de la fission nucléaire et, in extenso, de la bombe A : « La découverte des réactions atomiques en chaîne ne constitue pas pour l’humanité un danger plus grand que l’invention des allumettes. Mais nous devons tout entreprendre pour supprimer le mauvais usage du moyen ».

Fallout 4

Et le mauvais usage en question de survenir très rapidement dans ce prologue de Fallout 4 lorsque le fameux champignon nucléaire fait son apparition à l’horizon ; notre héros, sa femme et leur chérubin ayant tout juste le temps de rejoindre un abri souterrain (numéroté 111) où ils resteront cryogénisés deux siècles durant. Dans l’entrefaite, notre protagoniste aura assisté impuissant à l’enlèvement de sa progéniture et à l’exécution de sa compagne. Autant dire que le réveil, deux cents ans plus tard, va être douloureux. Car si la société est culturellement restée au stade des années 1950 empreinte d’une formidable B.O. 50s (à laquelle se joignent des musiques classiques) dont découle une ambiance rétro-futuriste qui ne manque pas de charme, Fallout 4 n’en déroule pas moins sous nos yeux ébahis ce fameux monde post-apocalyptique, cette Terre est devenue exsangue, en proie à la désolation et autres mutations génétiques des suites d’un conflit nucléaire mondiale. Il convient ici de saluer le formidable boulot de design en vue d’aboutir à un environnement criant de vérité et qui donne véritablement le sentiment d’émerger au milieu d’un monde en ruine au sortir d’une troisième guerre mondiale à grands coups de bombes A.

Fallout 4

Fallout 4 : Johnny s’en va-t-en guerre

Certains se rappellent sans doute ce plan d’ouverture de Mad Max Fury Road où Max se repaisse d’un lézard à deux têtes qui passent sous sa botte tandis que s’étend à l’arrière-plan ce wasteland aride, hostile et dévasté. Il en va de même ici. À la différence près que ce serait plutôt les bons gros mutants (cafards, moustiques et autres bestioles en tous genres) qui chercheront à vous croquer et non l’inverse. Et ne vous avisez pas à en faire votre quatre heure ou bien à boire l’eau de la première fontaine venue ! Tout ou presque est désormais contaminé par les retombées radioactives. Pour survivre dans ce Commonwealth de la Nouvelle-Angleterre, il faudra faire montre de talents versatiles, aussi bien dans l’art de la conversation, du combat que du MacGyver-isme. Soit les trois piliers du gameplay de Fallout 4. Mais également, quelque part, ses limites.

Dans l’art de la dialectique, ce ne seront pas les possibilités de rencontres qui manqueront. Pour autant, de nombreux personnages n’offriront que peu d’intérêt sinon deux ou trois phrases en boucle accompagnée d’une certaine rigidité physique, donnant alors le sentiment de PNJ plantés là juste pour les besoins du décorum. En revanche, dans le cadre de rencontres plus verbeuses et donc de personnages aux antécédents plus étoffés, de réelles possibilités interactives, et avec elles de quêtes, surviendront alors. Mais là encore, l’issue de la conversation apparaîtra assez souvent immuable. À l’image de cette option de répartie baptisée « Sarcasme » disponible à maintes reprises et qui n’aura, in fine, que peu voire pas d’incidence quant à l’issue de la conversation, votre interlocuteur balayant généralement votre trait d’esprit d’un revers de phrase du style « Très drôle ! Mais redevenons sérieux cinq minutes à présent ». À noter que, bien que Fallout 4 n’offre pas de possibilité in-game pour basculer entre VO et VF (il faudra une fois de plus aller bidouiller dans les paramètres de la console elle-même), le doublage français se révèle de grande qualité, aussi bien dans les intonations de voix que dans les traductions. Phénomène assez rare, a fortiori dans le monde des jeux vidéo, pour être signalé.

Fallout 4

En matière d’affrontement, Fallout 4 revêt les atours « classiques » d’un FPS. À savoir : viser juste, tirer vite (et si possible le premier) et se déplacer / mettre à couvert rapidement. À noter qu’il est également possible de jouer en vue TPS, sachant toutefois que la jouabilité prendra alors sérieusement du plomb dans l’aile de par la difficulté accrue pour viser et plus généralement pour interagir avec l’univers au sein duquel vous évoluez. À ce classicisme apparent inhérent au genre du FPS s’ajoute le V.A.T.S. (Vault-Tec Assisted Targeting System), S.V.A.V. en français (Système de Visée Assistée Vault-Tec), un procédé qui, façon bullet time, ralentira l’action le temps de choisir sur quelle partie du corps tirer. À condition toutefois de disposer d’un nombre suffisant de « points d’action » et de faire vite avant que la cible en question ne se planque. À défaut, il faudra s’en remettre aux bons vieux réflexes à vitesse réelle et à l’arsenal disponible.

Fallout 4

C’est précisément là qu’interviennent les fameux pendants crafting et housing de Fallout 4. Kezako ? Pour la faire courte, on pourrait résumer ces anglicismes / barbarismes par l’affirmation suivante : si vous êtes fans de MacGyver et Valérie Damidot (période D&CO), vous allez adorer ! Fallout 4 offre en effet la possibilité de collecter / stocker quasiment tous les objets que le joueur sera amené à rencontrer au cours de son périple, depuis un capuchon de stylo jusqu’à un radiateur en passant par quantité d’outils, d’armes et d’ustensiles en tous genres. À quoi peut bien servir tout ce bric-à-brac nous direz-vous ? Tout simplement à être recyclé (chaque objet étant fait à base de plastique, fer, etc.) ou modifié en vue d’être combiné ensemble afin d’aboutir à différents objets, offensifs ou défensifs, le tout pour accroître autant que faire se peut vos chances de survie. En exagérant à peine, le petit pistolet à eau que vous trouverez assez vite à votre réveil cryogénique dans les tréfonds de l’abri 111 pourrait bientôt se muer en puissante sulfateuse à même de dératiser tout un pâté de maison. Idem pour la petite veste en plastoc du départ qui ne vous protège guère des radiations et autres pruneaux que vous allez forcément encaisser. Sous couvert de mettre la main sur les bons « ingrédients » et de les usiner correctement, vous revêtirez très bientôt un plastron autrement plus résistant. Même si le nec plus ultra en la matière (bien que peu pratique dans les passages les plus étriqués) restera encore les fameuses armures assistées, celles là-même qui servent d’identité visuelle à la saga Fallout. À cela s’ajoute également les possibilités dite de housing consistant à bâtir et développer ses propres « camps de base » qu’il conviendra toutefois de protéger un minimum avec les armes défensives adéquates.

Fallout 4

Soit des possibilités non indispensables au déroulement de l’aventure en elle-même (il est possible de progresser en n’ayant que très peu recours à ces deux aspects de Fallout 4) mais dans lesquelles il sera fort possible de s’adonner des heures durant pour peu que l’on se prenne au jeu. Un déroulement toutefois assez linéaire. Car si les perfectionnistes et/ou les plus aventureux s’adonneront volontiers aux innombrables quêtes annexes disponibles, l’aventure principale de Fallout 4 n’en présente pas moins une certaine illusion de liberté, conséquence logique des dialogues par trop dirigistes évoqués ci-dessus. Mais le plus dommageable reste sans doute les différents accrocs techniques : chargements assez longs et fréquents, I.A. des personnages « aux fraises » comme on dit, bugs et autres bizarreries en tous genres (ex : un personnage qui continue de s’exprimer alors que ses lèvres, elles, ont arrêté de bouger !), sans compter les chutes de framerate et un joli petit défilé de déliriums en tous genres (NB : nous avons testé le jeu sur PS4 en version 1.01, sachant que différents upgrades sont bien entendus annoncés comme c’est désormais monnaie-courante. Un conseil : surveillez régulièrement les mises à jour de cette page). Autant de petits désagréments qui n’entacheront certes que modérément la progression mais dont il est bon d’avoir connaissance avant de se lancer dans l’aventure.

Fallout 4

Car en définitive, Fallout 4 offre bel et bien une foultitude de choses à faire et à voir au sein d’un univers post-apocalyptique foisonnant, visuellement époustouflant (moyennant les quelques anicroches suscitées), riche d’innombrables possibilités interactives (aussi bien avec le décor qu’avec les autres « survivants ») et de personnalisations (le fameux système de compétences S.P.É.C.I.A.L.). Le tout à portée de poignet grâce au célèbre Pip-Boy ; bien que, après plusieurs heures de jeu, la navigation commencera assez vite à devenir très confuse dans les dédales des éléments collectés. Tout ceci en vue de retrouver son cher bambin avec le plus fidèle compagnon de l’homme à ses côtés ; acolyte qui se révélera par ailleurs fort utile dans de nombreuses situations pour s’attaquer à vos adverses potentiels. Dans Mad Max 2, le personnage-titre avait son bouvier australien, dans Fallout 4, vous aurez droit à un berger allemand dénommé Canigou (on ne plaisante pas, le chien s’appelle vraiment ainsi dans la VF !). À l’heure où Mad Max Fury Road commence déjà à rafler moult reconnaissances de la part de ses pairs, Fallout 4 pour lequel Bethesda se targue d’un record de 12M d’exemplaires livrés dans le monde en une journée (combien réellement vendus ?) récoltera-t-il lui aussi le titre très envié de Game of the Year (GOTY pour les initiés) qu’avait déjà raflé son prédécesseur en 2008 ? Rien n’est moins sûr car à l’heure de tirer sa révérence, 2015 aura été marquée par plusieurs titres open world très remarqués : Batman : Arkham Knight, Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, sans oublier bien sûr The Witcher 3. La bataille pour le titre suprême s’annonce donc rude. La guerre, on y revient, encore et toujours ! La Guerre éternelle comme le disait si bien le remarquable roman de Joe Haldeman…

Fallout 4 est disponible depuis le 10 novembre 2015 sur PlayStation 4, Xbox One et PC.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur.
Testé en version : 1.01
Taille occupée sur le disque dur : 41,57Go

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