Street Fighter V

Street Fighter V : Le V de la Victoire ?

Attendu tel le Messie (un de plus diront certains !) par les joueurs du monde entier, Street Fighter V se devait comme le veut la formule consacrée « d’être à la hauteur des espoirs placés en lui ». À l’arrivée, si victoire il y a, on peine encore quelque peu à discerner qui, du joueur ou du jeu (et in extenso son éditeur Capcom), l’a véritablement emporté. Explications…

Street Fighter V : Une longue histoire…

Une fois n’est pas coutume, on ne vous fera pas l’affront de vous présenter en long en large et en travers la saga Street Fighter puisqu’il suffira à nouveau d’une recherche lambda sur la toile pour tomber, au hasard, sur la page Wikipedia consacrée à la chose ou encore sur le wikia dédié. Signalons simplement qu’il s’agit d’un jeu dit « de combat » où deux individus à la mine plus ou moins patibulaire ou aux formes plus ou plus généreuses se foutent joyeusement sur la tronche (qu’importe la raison de tels pugilats) au milieu de décors plus ou moins exotiques, que la saga ne date pas d’hier puisqu’elle vit le jour en 1987 et que son opus le plus emblématique est sans doute Street Fighter II (1991). Voilà pour le tableau d’ensemble. On précisera également que les deux autres sagas mythiques du genre ont pour nom Mortal Kombat dont le dernier opus en date, le très réussi Mortal Kombat X, est paru l’an passé et Tekken dont un nouvel opus (le n°7) est actuellement en cours de développement. En revanche, on se gardera bien de commenter la qualité toute relative des différentes adaptations cinématographiques qui virent le jour. Mais si, vous savez bien, le Street Fighter (1994) avec JCVD opposé à Raul Julia dans son dernier rôle (sic !) ou encore Mortal Kombat (1995) avec notre Christophe Lambert national dans la peau de Rayden (re-sic !). Il paraîtrait même que, du côté du Japon, on se serait hasardé à un film Tekken (pas vu pas pris ! On avait déjà donné avec les autres).

Street Fighter V

Fort heureusement, on ne saurait en dire autant des différents opus vidéoludiques. Outre le Mortal Kombat X sus-cité, c’est à présent Street Fighter qui fait son grand retour après un Street Fighter IV (2009) de très haute volée avec une assise technique de tout premier choix couplée à un contenu pléthorique. Street Fighter cinquième du nom lui emboîte-t-il le pas ? Sur la forme, force est de constater que SFV a plutôt de la gueule comme on dit avec toujours cette pâte graphique si caractéristique de la franchise (elle-même héritée de la japanime), tant au niveau des combattants que des décors au sein desquels ils évoluent. En revanche, côté gameplay, les habitués de SFIV risquent d’être quelque peu déconcertés de prime abord avec des coups nettement plus simples à exécuter et/ou enchaîner mais aussi et surtout aux dégâts infligés nettement plus conséquents qu’auparavant. Exit dans ces conditions les longs combats-marathons de SFIV. Les rounds de Street Fighter V risquent de tourner courts à maintes reprises. Et le fameux KO surdimensionné symbolique d’apparaitre alors encore plus rapidement. Une volonté sans aucun doute de la part des créateurs de renouer avec des combats plus hargneux et expéditifs. D’autant que la prise en main est quasi instantanée grâce au mini tuto qui vous enseignera les rudiments en compagnie de Ryu au lancement du jeu. Mais sitôt franchi ces premiers instants de plaisir régressif, la liste des doléances va hélas rapidement prendre le dessus…

Street Fighter V

… qui tourne court !

À commencer par le fameux tuto justement qui ne prendra pas la peine d’expliquer aux nouveaux venus à quoi peuvent bien servir les trois « V jauges » (skill, trigger, reversal) présentes à l’écran et pourtant à la base d’une grande partie du gameplay. Quant à la ribambelle d’autres coups disponibles pour chaque personnage, ceux-ci sont planqués dans un sous-sous-menu que l’on aurait aimé plus facile d’accès. Des solutions alternatives vont devoir être mises en œuvre en attendant une hypothétique correction via une mise à jour (du style se créer soi-même son propre catalogue de coups au format papier). Pour ce qui est des personnages en eux-mêmes, l’aventure Street Fighter V débutait sur un premier couac pour votre humble serviteur puisque le jeu ne propose à l’heure actuelle « que 16 personnages » où certaines figures emblématiques font défaut, à commencer par Guile, combattant fétiche de l’auteur de ces lignes depuis l’époque de Street Fighter II (et un nombre d’heures incalculables passées sur la borne d’arcade à l’époque et autant de pièces de deux francs – oui oui, des francs et non des euros ! – englouties par l’appareil ; je vous parle là d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaitre). En contrepartie, de tous nouveaux persos font leur apparition dans ce qui s’apparente indubitablement comme une volonté de séduire encore davantage un public international toujours plus large : Chine (F.A.N.G.), Brésil (Laura) et Moyen-Orient (Rashid).

Street Fighter V

Qu’à cela ne tienne, puisque l’aventure débute avec Ryu, poursuivons donc en sa compagnie. Et puisqu’aucun tuto supplémentaire n’est disponible, l’apprentissage des autres coups pourra à défaut se faire via le mode entrainement ou encore en se rendant sur YouTube et autres Twitch (sic !). Sitôt acquise une certaine maîtrise dudit personnage, on se dit que l’on va alors pouvoir se jeter dans le grand bain. C’est précisément là que survient la plus grande déconvenue de ce Street Fighter V avec un contenu pour le moins famélique au-delà du choix somme toute limitée de personnages. Le mode histoire se révèle ainsi une amusette rapidement expédiée : trois adversaires à défaire en un seul round gagnant chacun avec de surcroît un niveau de difficulté (non ajustable) assez faible par défaut. En gros, il suffira au premier bleubite venu de bourriner à tout va sur les touches pour avoir 90% de chance de l’emporter. Soit in fine un premier challenge assez peu relevé, sans doute en vue de garantir au joueur un minimum de gain en termes de monnaie virtuelle (on y revient par la suite). De plus, ladite histoire est narrée sous forme de planches à dessin d’une qualité peu avenante, notamment eu égard à ce que l’excellent Gravity Rush Remaster nous a servi en la matière quelques jours plus tôt. Toujours du côté du solo, le mode survie pourra à la limite offrir un challenge supplémentaire avec cette fois-ci une difficulté ajustable et un mode versus hélas dépourvu de possibilité « joueur vs CPU ». Et voilà, c’est tout pour les modes offline dont on aura (très) vite fait le tour (quid du mode arcade de SFIV ?).

Street Fighter V

Qu’à cela ne tienne (bis repetita), attelons-nous à présent aux modes online si généreusement mis en avant au cours de la campagne promotionnelle de Street Fighter V. Ceux-ci n’auront d’ailleurs pas pu nous échapper puisqu’au lancement du jeu, sitôt franchi la récupération du patch day one (6Go, une paille !), il nous faut impérativement créer un pseudo (impossible à modifier par la suite) tandis que le jeu va immédiatement tenter de se connecter aux serveurs. Ensuite, direction les possibilités en ligne qui permettent de créer / rejoindre un salon, trouver des matchs amicaux, des parties avec classement ou encore d’ajouter des joueurs à ses favoris et d’assister à des replay. Et si nous n’avons pas été victime des (très) nombreux bugs day one qui ont été rapportés, force est de constater que le matchmaking s’est révélé encore très hiératique lors de nos sessions au cours du premier week-end qui a suivi la sortie du jeu. Toutes ces possibilités online attestent indubitablement d’un virage tout à la fois communautaire et e-sport que vient de prendre la franchise Street Fighter avec ce cinquième opus et un modèle économique appelé à se généraliser de plus en plus. Au grand dam des joueurs d’antan qui acquéraient à l’époque un jeu « définitif ». Vous souhaitez de nouveaux personnages, un « vrai » mode histoire, de nouveaux modes de jeu, des niveaux de difficulté supplémentaires, etc. ? Il vous faudra patienter jusqu’aux futures mises à jour d’ores et déjà planifiées au cours des mois à venir (cf. le planning prévisionnel ci-dessous).

Street Fighter V

Pleinement conscient des premiers retours de bâton de son Street Fighter V que d’aucuns n’ont pas hésité à qualifier de « contenu digne d’un early access », Capcom s’est voulu aussi rassurant que faire se peut en se fendant d’un communiqué officiel le vendredi 19 février (3 jours seulement après la sortie !) évoquant les efforts déployés en vue de corriger au plus vite les nombreux problèmes en ligne et réaffirmant que les futurs contenus téléchargeables qui viendront garnir le titre initial au cours des prochains mois seront accessibles sans bourse déliée (mais moyennant toutefois une certaine quantité de monnaie virtuelle, celle là-même que l’on acquiert en jouant). Quant à ceux qui lorgneraient du côté d’une future édition collector, Capcom en a également profité pour préciser qu’aucune édition, on cite, « Super, Ultra, Hyper ou Turbo » ne verrait le jour.

À l’issue du match, difficile se révèle donc le délibéré des juges pour déclarer un vainqueur tant il n’y a finalement pas de victoire immédiate par KO pour ce Street Fighter V. Sur la forme, le jeu dispose d’atouts indéniables pour peu que l’on se donne la peine d’en prendre la pleine mesure, par ses propres moyens faute de tutos à la hauteur et du fait d’un gameplay revu. Sur le fond en revanche, difficile de passer outre un contenu particulièrement aride à l’heure actuelle et, pour qui souhaite une expérience plus « complète », on ne saura alors que trop conseiller de patienter encore quelques mois, sitôt les nouveaux contenus téléchargeables disponibles. Même si, pour le coup, la politique « tarifaire » demeure assez nébuleuse : achat via la monnaie virtuelle vs season pass ? Affaire à suivre comme on dit…

Street Fighter V est disponible depuis le 16 février 2016 sur PlayStation 4 et PC.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur
Testé en version : 1.01
Taille occupée sur le disque dur : 23,14Go

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