Dark Souls III

Dark Souls III : Le chant du cygne noir

Avec Dark Souls III, annoncé comme l’ultime opus de la trilogie, From Software viendrait-il, à l’instar de The Witcher III de CD Projekt sorti peu ou prou à la même période l’an passé, de réduire à néant tous les espoirs des studios concurrents pour le titre envié de GOTY 2016 ? Éléments de réponse.

Dark Souls III : Les jeux de la mort

Petit récap pour ceux qui n’auraient pas tout suivi. Comme son nom à forte consonance anglo-saxonne ne le laisserait nullement présupposer, From Software est un studio japonais basé à Tokyo qui s’est principalement illustré depuis l’avènement de la PlayStation en 1995 (et de ses descendantes) au travers de deux grandes sagas vidéoludiques : King’s Field, un FPS RPG médiéval-fantastique et Armored Core, un TPS à base de mechas. Pour autant, c’est véritablement à partir de 2009 et la sortie au Japon (le reste du globe suivra l’année d’après) d’un certain Demon’s Souls sur PlayStation 3 (adapté ensuite sur PC) que From Software va commencer lentement mais sûrement à se démarquer par l’entremise d’un certain Hidetaka Miyazaki (aucun lien de parenté avec Hayao Miyazaki, le maître es animation nippone), alors concepteur du jeu en question et passé à la tête du studio depuis, avant de connaître la consécration avec sa nouvelle saga Dark Souls. Car, à l’image du très méconnu mais néanmoins fort respectable L.A. Takedown (1989) qui débouchera sur le chef d’œuvre du polar signé Michael Mann qu’est Heat (1995), Demon’s Souls pourrait être vu, en tout bien tout honneur, comme un « brouillon » de ce que deviendra par la suite Dark Souls dont le premier opus voit le jour en 2011, soit deux ans et demi après, sur PlayStation 3, Xbox 360 et PC. Dès lors, tout s’accélère pour From Software et son futur DG avec les sorties successives de Dark Souls II en 2014 toujours sur PS3, Xbox 360 et PC suivi par un remaster sur consoles next gen l’année suivante intitulé Dark Souls II : Scholar of the First Sin, et la sortie concomitante (à une semaine d’intervalle) de Bloodborne en exclusivité sur PlayStation 4, avant l’arrivée en ce printemps 2016 de Dark Souls III. Voilà pour le petit résumé des épisodes précédents et les différents articles afférents que nous avions déjà consacré à certains de ces titres et que nous vous enjoignons chaleureusement à (re)lire.

Dark Souls III

Dark Souls III : La mort vous va si bien

Dark Souls III, kezako ? À l’instar des précédentes créations de From Software, Dark Souls III est un action-RPG en vue TPS situé dans un univers médiéval-fantastique, et plus précisément ce que l’on appelle la dark fantasy. Soit, en vulgarisant quelque peu, un monde peuplé de créatures diverses et variées saupoudré d’une grosse pincée de magie (le côté fantasy) avec une approche tant visuelle que thématique lorgnant vers le noir (le côté dark). Si vous veniez là pour trouver de la joie de vivre, vous pouvez passer votre chemin car Dark Souls III n’a jamais aussi bien porté son nom : tout y est noir, peuplé d’âmes errantes (le plus souvent belliqueuses) et où la mort rode à chaque coin de bâtisse. C’est là l’une des principales caractéristiques de Demon’s Souls et tous les titres suivants affiliés connus au sein de la communauté des gamers comme la « saga des Souls » : une inclinaison particulièrement prononcée pour la mort tant sur le fond que sur la forme au service d’un gameplay extrêmement exigeant. Car, et c’est là l’autre caractéristique prédominante des titres From Software, à tout le moins ces dernières années, celle qui vaut aujourd’hui au studio nippon sa renommée internationale : la difficulté. Comme les précédents jeux Souls, Dark Souls III ne propose aucunement de choisir entre « Facile », « Normal » ou « Difficile ». Le jeu est dur. Point barre ! Très dur même !! Le genre de difficulté qui donnera lieu à maintes reprises au panneau « Vous êtes mort » inscrit en rouge sang à l’écran !!! Et le joueur de devoir alors recommencer à son dernier point de sauvegarde (manuel) en ayant perdu au passage toutes les âmes collectées jusqu’ici. Ajoutez à cela des ennemis et des boss en nombre, tous plus agressifs et coriaces les uns les autres et dont il conviendra de se méfier, y compris les plus insignifiants puisque ces derniers, bien que pouvant être pourfendus d’un seul coup d’épée, pourront en retour vous causer grand tort.

Dark Souls III

Dark Souls III est-il pour autant insurmontable pour le commun des mortels et réservé à une élite de la manette ? Que nenni ! Pour survivre dans l’univers de Dark Souls III, il conviendra « tout simplement » de faire preuve de trois qualités essentielles (plus facile à dire qu’à faire diront certains) : observation, patience et réflexe ; auquel il conviendra d’ajouter la persévérance. Soit les mêmes caractéristiques que nous évoquions déjà l’an passé dans nos articles consacrés à Bloodborne et Dark Souls II : Scholar of the First Sin et qui constituent la marque de fabrique des titres From Software. Les concepteurs de Darks Souls III, Hidetaka Miyazaki en tête, ne sont point des tortionnaires ou des sadiques qui ne songent qu’à vous voir trépasser toutes les cinq minutes. Ils ont en effet prévu une progression dans le jeu qui suit la doctrine de « l’apprentissage par l’échec » tout en sachant faire preuve d’un grand sens de la pédagogie. Soit autant de constats qui valent aux jeux From Software et a fortiori les titres Souls d’être considérés non pas tant comme un bond en avant en matière de gameplay mais tout au contraire un retour en arrière. Mais un retour en arrière salvateur, à savoir l’époque 80s/90s où les jeux vidéo se voulaient exigeants sans pour autant être infaisables car justes. Qui pour se rappeler, au hasard, de l’un des classiques du shoot’em up qu’est R-Type (1987) où une simple petite pichenette fourbasse passée inaperçue explosait votre vaisseau et vous valait de repartir avec un pistolet à eau en guise de lance-pruneaux en lieu et place de votre giga-sulfateuse capable de nettoyer les trois quart de l’écran quelques secondes plus tôt ?

Dark Souls III

Il en va de même de Dark Souls III. Il vous faudra progresser avec prudence, en prenant bien soin d’observer les moindres recoins, non pas tant à la recherche d’ennemis embusqués que pour trouver des chemins de traverse qui pourront vous conduire à des objets divers et variés et/ou à prendre lesdits ennemis par surprise. Comme évoqué ci-dessus, il n’y a pas de sauvegardes automatiques tous les cinq mètres dans Dark Souls III et la mort entrainera un retour à zéro de votre jauge d’âmes collectées. Mais là encore, pas de panique, les points de sauvegardes ont été fort judicieusement positionnés à des emplacements stratégiques tandis que les âmes perdues pourront être reconquises à la condition de revenir à l’endroit de votre dernier trépas… pour mieux affronter à nouveau votre fossoyeur. La fameuse doctrine de « la progression par l’échec ». Une approche qui se veut là encore la transposition de pixels du monde réel aux yeux de Miyazaki qui déclarait au PlayStation Blog en 2015 : « je pense que le monde dans lequel nous vivons peut être un endroit hostile et dur. Créer un monde virtuel qui soit hospitalier pour les joueurs ne correspond pas à ma vision du monde. Nous vivons souvent dans un environnement cruel et rude, que ce soit la nature ou la société, et c’est ce qui transparaît dans mes jeux ». Dont acte. Et Dark Souls III d’appliquer à nouveau la célèbre citation de Nietzsche : « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Signalons au passage que le rechargement suite au passage de vie à trépas est assez rapide en comparaison de Bloodborne (à tout le moins sur notre PlayStation 4 de test équipé d’un disque dur SSHD).

Dark Souls III

Ce qui a valu à From Software et à ses jeux Souls d’être autant apprécié est également à chercher du côté des fameux boss dont les affrontements prendront rapidement des allures de David contre Goliath. Ces derniers ne sont pas seulement gigantesques par leur taille, donnant parfois le sentiment d’incarner un lilliputien, qu’incroyablement coriace à tuer. C’est là que la fameuse trinité sus-citée prend alors tout son sens : observation, patience et réflexe. Observation car il vous faudra prêter bien attention au pattern de votre adversaire : quand et comment se déplace-t-il et attaque-t-il ? Patience car une fois trouvée la faille dans ce pattern, il faudra savoir l’exploiter à bon escient, à maintes reprises, pour escompter en venir à bout. Les excités de la gâchette habitués à foncer dans le lard la fleur au fusil dans l’avalanche de FPS décérébrés qui débarquent mois après mois en seront pour leur frais. Quant au réflexe, il va sans dire qu’il conviendra d’en avoir à revendre en vue d’éviter les attaques de votre assaillant tout en parvenant en retour à lui porter les estocades aux moments opportuns. Tout ceci en prenant bien soin de jeter un œil très fréquent sur vos trois jauges : vie, magie et endurance. Et si vous ne parvenez pas à vaincre ce Goliath du premier coup, ne baissez pas les bras, c’est sans doute que vous avez loupé un truc. Persévérez ! « La progression par l’échec » qu’on vous dit ! Mais prenez bien garde à ne point vous laisser séduire en chemin par le côté obscur de la Force.

Dark Souls III

Dark Souls III : La vie en noire

Car si l’ombre de la grande faucheuse plane de tout son long sur les Souls et in extenso sur Dark Souls III, cet ultime opus de la trilogie n’en demeure pas moins d’une beauté sidérante et assurément le titre le plus abouti de tous sur le plan technique. Après l’apprentissage des rudiments du gameplay en pourfendant quelques sous-fifres ainsi qu’un lointain cousin des glaces de Smaug, les premiers pas dans Dark Souls III débouchent rapidement sur un promontoire assorti d’un premier point de sauvegarde ; signe avant-coureur que l’on va (re)commencer à en c**** dans pas longtemps. Par-delà la majestuosité d’un tel point de vue, cet à-pic est une preuve réitérée du savoir faire de From Software en matière de conception du jeu puisque, bien que dépourvu des GPS et autres mini-cartes qui permettent traditionnellement au joueur de se repérer, de tels panoramas laissent en effet entrapercevoir le gigantesque terrain de jeux pour les dizaines d’heures à venir puisque tous les lieux que sera amené à visiter le joueur au cours de son périple se dévoilent alors sous son regard béat d’admiration. Des lieux qui, à l’instar des créatures et autres boss croisés en chemin, laissent éclater toute la maestria du design nanti d’une animation qui ne bronche pas d’un iota du haut de ses 1080/30p. Certes, on dénotera bien ici et là quelques petits accrocs visuels, tels que des collisions un peu trop « rentre-dedans » (un bout de bras ou de jambe dans le décor ou bien dans l’adversaire) ou encore des flèches qui restent plantées dans votre plastron avant de disparaitre mystérieusement mais ces quelques anicroches seront bien vites balayées au regard des trésors que Dark Souls III déploient devant nos yeux ébahis.

Dark Souls III

Il conviendra donc une fois encore d’être aussi vigilant que faire se peut et de ne point se laisser ensorceler par la beauté de chaque nouveau décor ou de chaque nouveau boss, fussent-ils en apparence les plus dark fantasy qui soient. Des apparats aux influences picturales, littéraires, architecturales clairement revendiquées là encore par Miyazaki et non pas tant cinématographiques comme tendent à l’être de plus en plus de productions vidéoludiques contemporaines (quand elles ne vont pas jusqu’à embaucher des comédiens du Septième ou du Huitième Art). Preuve réitérée, si besoin était, que Dark Souls III sait oh combien regarder en arrière pour mieux nous convier à son magistral chant du cygne, tout de noir drapé. Un chant qui se déclamera uniquement en anglais sous-titré français puisque aucun autre doublage n’existe, nouveau témoignage des influences occidentales ouvertement revendiquées par Hidetaka Miyazaki qui signe définitivement là avec Dark Souls III son grand œuvre. En attendant la suite…

Dark Souls III est disponible sur PlayStation 4, Xbox One et PC depuis le 12 avril 2016.

Référence : Nous ne saurions que trop vous conseiller de lire le « cahier » que nos confrères de Gamekult a consacré à Dark Souls (accessible uniquement aux membres premium) avec un portrait de Hidetaka Miyazaki, les influences diverses et variés de la saga sans oublier son aura sur le monde du jeu vidéo contemporain.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur
Testé en version : 1.03
Taille occupée sur le disque dur : 19,42Go

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