The Order : 1886 - PlayStation 4

The Order : 1886 : Jeu vidéo ou film interactif ?

Première grosse exclusivité PlayStation 4 de 2015, The Order : 1886 se devait de faire valoir la supériorité technique de la console de Sony. À l’arrivée, l’accueil fut mitigé, pour ne pas dire glacial, auprès d’une certaine frange de joueurs.

The Order : 1886 – PlayStation 4

Trop court, trop facile, trop prévisible, etc. Les reproches en tous genres n’auront pas manqué de s’abattre sur les malheureux héritiers de la légende Arthurienne pour in fine aboutir inéluctablement à la même conclusion : trop cher pour ce que c’est ! Pour autant, derrière le courroux inapaisable des joueurs, tout ce petit monde s’accordait sur un point : le jeu est beau à chialer. The Order : 1886 ne serait donc à l’arrivée qu’un simple film interactif où il suffit d’appuyer sur le bon bouton au bon moment (les fameux QTE devenus la véritable bête noire des joueurs) ? Un sentiment renforcé par le parti-pris du format cinémascope intégral (tout comme The Evil within sorti fin 2014) et que d’aucuns considèrent d’ailleurs comme une tare vidéoludique (depuis quand le scope est-il systématiquement rédhibitoire dans un jeu vidéo ?). The Order : 1886 en serait donc réduit à une simple vitrine technologique de la PlayStation 4 camouflant une coquille vide ? Un débat que les cinéphiles connaissent bien depuis que l’esbroufe visuelle à grand renfort d’effets numériques a (trop) souvent pris le pas sur le fond : scénario, performance des comédiens et réalisation en tête. Tout ceci depuis qu’un certain George Lucas décida en 1977 de planter des caméras mues par ordinateurs sur le plateau de tournage de sa Guerre des étoiles.

The Order : 1886 – PlayStation 4

40 ans plus tard, les limites de cette révolution n’ont cessé d’être repoussées : Tron (1982), première incursion dans les méandres de l’informatique, Star Trek II : La Colère de Khan (1982), première séquence totalement conçue par ordinateur (le projet Genesis), Le Secret de la pyramide (1985), premier personnage entièrement en images de synthèse (le chevalier de vitrail), Willow (1988), premier morphing, Le Cobaye (1992), première incursion dans le monde de la réalité virtuelle, Terminator 2 (1991), Jurassic Park (1993), etc. jusqu’au triomphe de la saga Transformers à l’aube du 21ème siècle. Une liste à laquelle pourrait venir s’ajouter des centaines d’autres films mais où, in fine, très peu resteront dans les annales comme des œuvres durablement marquantes cinématographiquement parlant.

The Order : 1886 est-il donc condamné à son tour à sombrer dans l’oubli de ces titres à la beauté éphémère ? Un simple bond technologique vidéoludique à même d’en mettre plein les yeux, sans oublier les oreilles, la bande son 5.1 étant elle aussi une jolie réussite avec une exploitation multicanale riche en effets ? Si l’on reprend les reproches suscités : oui The Order : 1886 n’est pas aussi long que ce que l’on serait en droit d’en attendre d’un titre AAA à l’heure actuelle (moins de 7 heures de jeu dont la moitié environ de cinématiques), oui The Order : 1886 est « relativement » facile (quelques passages de gunfights sont tout de même assez retors à franchir), oui le scénario n’est pas d’une qualité dantesque (les lycans sont clairement sous-exploités) et oui le gameplay est très prévisible et dirigiste. Mais faut-il pour autant faire l’impasse totale sur The Order : 1886 ? Certes, au tarif nouveauté (70€), la question semble légitime. Encore que, ramenez là encore au monde du cinéma où un Blu-ray coûte aux alentours de 20€ pour deux heures de film, le ratio est peu ou prou identique. Mais sitôt le prix revu à la baisse dans les prochains mois, il serait fort dommage de se priver du plaisir procuré par un titre très agréable à jouer au demeurant. Bien davantage en tous les cas que ce que d’aucuns ont voulu le laisser entendre.

The Order : 1886 – PlayStation 4

Face au tollé rencontré, certains sont même allés jusqu’à mettre à mal la console de Sony. Faut-il vraiment jeter le bébé avec l’eau du bain ? Certes non ! Car tout comme l’infographie dans le Septième Art, ce nouvel outil, intelligemment exploité, peut donner lieu à des œuvres vraiment passionnantes. Qui ira dire le contraire à la vision de joyaux tels que Benjamin Button (2008), Avatar (2009) ou encore du récent La Planète des singes : L’Affrontement (2014) qui ont su faire montre de qualités scénaristiques et thématiques aussi probantes que leur mise en images. Mais ces œuvres ne se sont pas faites en un jour, la technique de la motion capture ayant connue elle aussi pas mal de soubresauts peu avenants. Nul doute dès lors que la performance technologique d’un The Order : 1886 donnera elle aussi naissance à des titres qui sauront s’inspirer de sa parure pour accoucher de jeux autrement plus aboutis sur le fond mais tout aussi séduisants sur la forme.

The Order : 1886 – PlayStation 4

Par chance pour Sony, moins d’un mois après le lynchage subi par The Order : 1886 débarquait la deuxième grosse exclusivité de l’année sur PlayStation 4 : Bloodborne, à l’accueil critique diamétralement opposé. Comme nous aimons à le répéter à Digital Ciné, avec l’exemple récent du Hacker de Michael Mann qui divisa la rédaction et, hasard ou coïncidence du calendrier, avait lui aussi pour toile de fond le monde de l’informatique : il en faut pour tous les goûts.

The Order : 1886 est disponible depuis le 20 février 2015 sur PlayStation 4.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur
Testé en version : 01.01
Taille occupée sur le disque dur : 34,78Go

Une réflexion sur « The Order : 1886 : Jeu vidéo ou film interactif ? »

  1. Je me permets une remarque : il reste très difficile de juger un rapport durée / prix pour un JV sur la même base que pour un film (UFC Que choisir se sont cassés les dents sur ce genre de choses).
    Parce que je pourrais rétorquer que pour 40€, Final Fantasy Tactics Advance m’avait rempli 90h de jeu.

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