Mortal Kombat X

Mortal Kombat X : Violence fatale et décomplexée

Dernier opus en date d’une licence au long cours, Mortal Kombat X n’est, comme son chiffre romain semblerait pourtant l’indiquer, pas le dixième rejeton de la franchise qui en compte bien davantage si l’on dénombre les innombrables déclinaisons et compilations en tous genres sur les différents supports au fil du temps. En revanche, il est sans doute l’un des plus aboutis et in extenso l’un des plus réussis.

C’est que Mortal Kombat X est le petit dernier d’une longue lignée qui vit le jour au début des années 1990 (ça ne nous rajeunit pas tout ça comme dirait l’autre !) qui se démarqua grâce à deux caractéristiques. La première : ses personnages « numérisés » dont le photoréalisme détonait du design pixelisé de l’époque. La seconde, extension directe de la première : une déferlante de sang plus vraie que nature où le moindre coup entraînait d’impressionnantes giclées d’hémoglobine et des effets gores qui culminaient dans les désormais mythiques fatalities. Si certains y dénoncèrent déjà à l’époque une banalisation de la violence par le biais des jeux vidéo, débat qui refait désormais régulièrement surface (cf la récente loi sur le crédit d’impôts des jeux vidéos), les plus perspicaces y perçurent toutefois les intentions véritables du titre. Celles d’un hommage avéré à tout un pan du cinéma d’action de la décennie précédente, celui des Stallone, Schwarzenegger, Van Damme, Norris et autres Steven Seagal, et plus généralement les longs-métrages de la Cannon. À ce titre, on ne saurait que trop conseiller l’excellent The Go-Go Boys qui démontre, si besoin était, l’influence manifeste de la mythique boîte de prod du duo Menahem Golan / Yoram Globus. Influence qui se retrouvait donc dans cette violence excessive, régressive, jouissive mais in fine somme toute inoffensive car n’ayant pour autre but que de divertir.

Mortal Kombat X

Le Septième Art ne comptait bien sûr pas en rester là et tenta bien de se ré-approprier son dû avec deux adaptations sur grand écran : Mortal Kombat en 1995 puis Mortal Kombat : Annihilation en 1997. Soit deux films réalisés respectivement par Paul W.S. Anderson et John R. Leonetti qui commettront par la suite les Resident evil et Annabelle. Tout est dit. Rétrospectivement, le résultat est sans doute moins catastrophique que s’il avait été l’œuvre d’un Uwe Boll mais n’en demeure pas moins insipide. Comme toutes les transpositions de jeux vidéo au cinéma diront certains. On ne saurait leur donner tort. Le pendant cinématographique reste donc, à date, bloqué au n°2. Contrairement à son univers initial. Mais si les différentes itérations vidéoludiques de la franchise Mortal Kombat ont connu des fortunes diverses et variées au cours des deux décennies qui suivirent, elles n’en conduisent pas moins à un Mortal Kombat X de tout premier choix.

Mortal Kombat X

À l’aune de la next gen, les intentions photoréalistes originelles ne sont jamais apparues aussi prégnantes et… dégoulinantes à souhait de fluides, viscères et autres membres réduits en petits morceaux. Soit un croisement aussi réussi qu’aboutit entre le broyage d’os à la Steven Seagal (encore et toujours ses bonnes vieilles années 1980, nostalgie quand tu nous tiens) et la « découverte » du corps humain façon Hollow man (long-métrage yankee très inégal du génial hollandais Paul Verhoeven) ou, plus récemment, l’excellente série Dr House. À la différence prêt que Mortal Kombat X n’a point de velléités médico-scientifiques et seul compte l’étripage de vos opposants. Pour y parvenir, nul besoin d’être un maître de la franchise puisqu’un petit tutoriel très bien fait vous enseignera tous les rudiments du titre pour écharper vos adversaires depuis les attaques les plus basiques (coups de latte ou bourre-pifs avec là encore force effets sanguinolents) en passant par les parades, combos et autres contre-attaques et jusqu’aux biens nommés fatalities, la marque de fabrique de la saga, où vous découvrirez alors littéralement « l’intérieur » de votre opposant.

Mortal Kombat X

Loin de se résumer à un simple bourrinage bête et méchant à la violence outrancière pleinement assumée, les affrontements dans Mortal Kombat X peuvent, comme tout bon jeu de baston qui se respecte, très rapidement prendre des allures « stratégiques », sous couvert bien entendu de disposer des réflexes suffisants et de prendre a minima la peine d’apprendre les différentes possibilités d’enchaînements des personnages. L’éventail des possibles peut alors très rapidement devenir hautement jubilatoire, d’autant que des interactions avec les éléments du décor sont également possibles, à condition là encore de faire montre d’une certaine maîtrise dans l’art du timing. Une fraction de seconde trop tard et vous passerez alors à côté d’un bon gros laminage à l’aide d’une barre à mine qui vous tend les mains. Des petits « plaisirs » rehaussés par la magnificence desdits décors, à tel point qu’au début, les animations d’arrières-plans ne manqueront sûrement pas de déconcentrer le joueur à plus d’une reprise. Des décors aussi splendides qu’ils sont riches et variés, tant en quantité qu’en topographique, complétés par des modes de jeu pléthoriques, on et off line, depuis le mode « histoire » qui tente bon an mal an d’adjoindre un semblant de scénario à l’ensemble (avec à peu près la même réussite que les adaptations cinés suscitées) jusqu’aux tours des défis. Soit un héritage du Septième Art s’il en est et plus précisément d’un certain Jeu de la mort, film semi-posthume du regretté Bruce Lee, et son final à base de défis graduels (un adversaire par étage). Un concept peu ou prou repris dans l’excellentissime The Raid. Sa suite, The Raid 2, poussera le curseur du « graphisme » des affrontements encore plus avant et constitue sans doute à date la meilleure réponse du Septième Art à cette saga mythique du jeu vidéo.

Mortal Kombat X

Plus de vingt ans après sa naissance, Mortal Kombat réussit lui aussi son ascension. Nanti d’une patine plus photoréaliste que jamais et de multiples petits plaisirs de jeu tout en restant fidèle à ses intentions référentielles originelles, Mortal Kombat X constitue assurément le sommet de la pyramide d’une franchise qui a fait sienne l’adage de la violence décomplexée.

Mortal Kombat X est disponible depuis le 14 avril 2015 sur PlayStation 4, Xbox One et PC.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur
Testé en version : 01.02
Taille occupée sur le disque dur : 37,23Go

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