Until Dawn - PlayStation 4

Until Dawn : L’avenir du cinéma d’horreur ?

À quelques (trop) rares exceptions près (Mister Babadook, It follows), l’état des lieux en matière de films d’horreur est simple : un marasme généralisé. Le salut viendrait-il alors du monde des jeux vidéo, à l’image d’Until Dawn, hommage avéré aux « teen slashers » ?

Au cours des derniers mois, le constat est aussi simple que déplorable : Ouija, Project Almanach, Unfriended, Lazarus Effect, Les Dossiers secrets du Vatican, (rayez la/les film(s) que vous avez vu ou prévoyez de rattraper en vidéo), sans compter les suites (Sinister 2, Insidious 3), spins-off (Annabelle) et autres remakes (Texas Chainsaw 3D) à l’intérêt tous plus discutables les uns que les autres. Soit autant de films d’horreur aussi dispensables qu’oubliables. Du côté des slashers pur jus, et là encore à de très rares exceptions près (Wolf Creek, Jeepers Creepers), le constat n’est guère plus reluisant et confirme, si besoin était, ce postulat catastrophique d’un genre en déliquescence depuis une bonne vingtaine d’années et un certain Scream (1996) réalisé par Wes Craven, l’un des piliers d’antan avec notamment Les Griffes de la Nuit (1984) et qui, de fait, maîtrise parfaitement les codes du genre pour mieux les régurgiter et les tordre. Ou tout du moins tenter de le faire.

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Until Dawn ou le respect des conventions du genre

C’est dans cette même lignée, pour ne pas parler d’héritage, que s’inscrit Until Dawn : celui d’un slasher pour ados qui, sous couvert d’enlacer à bras-le-corps toutes les règles du genre, va peu à peu (tenter de) les détourner pour in fine aboutir à une expérience dépassant son postulat initial. Le pitch de départ est donc tout ce qu’il y a de plus classique : un an après la mort de deux sœurs jumelles, Hannah et Beth, huit adolescents se réunissent dans un immense chalet de montagne (forcément isolé) pour « célébrer » l’anniversaire de la tragédie. Rapidement, ils deviennent la cible d’un mystérieux tueur en série. Au-delà de ce point de départ, la production d’Until Dawn ne saurait, elle aussi, rappeler davantage celle d’un long-métrage comme en attestent les différents bonus visibles sur le Blu-ray du jeu et débloqués à mesure que le joueur progresse : deux scénaristes rompus au genre (Graham Reznick et Larry Fessenden), un compositeur, Jason Graves, et des musiques enregistrées en studio avec un véritable (petit) orchestre philharmonique, des comédiens tous plus ou moins connus du grand public pour leurs rôles au cinéma et/ou dans des séries télés (Hayden Panettiere, Peter Stormare, Rami Malek) et dont les faciès et autres mouvements ont été enregistrés en mocap, etc. La filiation ne s’arrête pas là puisque Will Byles, executive director, évoque ainsi ouvertement comme modèle les deux œuvres susnommées de Wes Craven tandis que Lee Robinson, production designer, cite quant à lui Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock ou encore Shining (1980) de Stanley Kubrick en guise d’inspiration pour les éclairages.

De bien prestigieuses (et anciennes) références s’il en est qui se retrouvent sans grande surprise au niveau du production design d’Until Dawn avec à l’arrivée différents lieux très bien conçus, depuis l’intérieur cossu du chalet jusqu’à la rigueur hivernale des sentiers forestiers balayés par la neige en passant par les ruines et autres bas-fonds beaucoup moins accueillants. Le tout est immergé en permanence dans des jeux d’ombres et de lumières et des angles de caméra visant à créer une véritable atmosphère, aussi prégnante qu’inhérente au genre. Bienvenue à Blackwood Pines (le lieu où se déroule l’action d’Until Dawn). Quant aux huit personnages que le joueur incarnera à tour de rôle, ils sont eux aussi parfaitement en phase avec les stéréotypes attendus dans la grande tradition du slasher pour ados : l’intello, le beau gosse, la bimbo, etc. Le cadre étant posé et les acteurs ayant pris leurs marques : « Moteur ! Action ! ».

Until Dawn - PlayStation 4

Until Dawn : Bienvenue dans l’horreur !

Les premiers pas (enneigés) d’Until Dawn permettent, comme toujours, de se familiariser avec le gameplay : détection des mouvements du DualShock 4, rigidité des déplacements voulue comme telle par les créateurs et qui ne sera pas sans rappeler un certain Resident Evil, sans oublier le fameux « effet papillon ». Soit l’autre raison d’être d’Until Dawn et cœur véritable du jeu. À moult reprises au cours de la progression, deux possibilités, ici pour répondre à une question, là pour réaliser telle ou telle action, seront proposées. De la décision prise découleront différentes conséquences, parfois plusieurs heures après ; toute l’action du jeu se déroulant sur une seule nuit… jusqu’à l’aube (la traduction littérale du titre Until Dawn). In fine, ces choix effectués auront une véritable incidence qui détermina qui de tel ou tel personnage vivra ou bien trépassera dans d’atroces souffrances, les créateurs ayant fait preuve d’une certaine imagination macabre en la matière.

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Mais avant d’en arriver là, il faudra une fois encore en passer par les conventions du genre avec un démarrage assez lent, le temps des deux ou trois premiers chapitres (sur les dix au total que comptent Until Dawn) en vue de « poser le décor » et les personnages tout en distillant, par petites touches, les premiers éléments de terreur : une ombre par ci, une silhouette par là ou encore une vue subjective « à la Predator » à d’autres. Le tout ponctué de petits jump scare certes quelque peu éculés mais qui fonctionneront d’autant mieux que vous jouerez dans les conditions ad hoc, de préférence le soir dans le noir et avec une installation home-cinéma (multicanaux) adapté ou bien un casque. L’ambiance sonore est d’ailleurs à l’avenant du travail effectué sur l’image avec différents effets et surtout un gros effort sur les musiques, immersives (et flippantes) à souhait. En dépit d’expressions faciales elles aussi quelque peu rigides (voire même par endroits pas très heureuses, notamment au niveau de la bouche), la sensation de contrôler les « acteurs » est belle et bien réelle. Notons à ce sujet la possibilité de choisir directement dans les options du jeu entre la VF (correcte) et la VOSTF (qui a notre préférence mais attention cependant car les sous-titres vont très vite par endroits).

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Puis, aussi lentement que sûrement, l’horreur s’immisce peu à peu dans la trame d’Until Dawn. Les différents éléments récoltés au gré de vos pérégrinations n’auront certes, la plupart du temps, que peu d’incidence sur le déroulement de l’intrigue : des indices sur trois grands mystères bien précis (la disparition des sœurs jumelles, l’identité du tueur et des faits survenus en 1952) ainsi qu’une collection de totems (trente au total répartis selon cinq catégories : mort, conseil, perte, danger et chance). Mais ils n’en constituent pas moins autant d’objets du passé à même de parachever l’atmosphère de plus en plus anxiogène du présent. Les apparitions de plus en plus fréquentes du serial killer prennent quant à elles rapidement les atours d’un certain jigsaw mais sans pour autant que l’identité du psychopathe de service ne constitue une fin en soi dans le déroulement d’une intrigue qui vise avant tout à ébranler l’assurance, pour ne pas dire la suffisance, de certains protagonistes tout en révélant des instincts (insoupçonnés) de sang-froid et de survie chez d’autres (et par extension du joueur). Ce n’est ainsi qu’au cours de son dernier tiers que tous ces petits éléments disséminés çà et là depuis le début qu’Until Dawn prend véritablement sa dimension et que les belles conventions et autres certitudes s’effritent pour céder la place à un véritable survival horror où l’on ne rigole plus du tout. Si tant est que vous ayez effectué les mauvais choix en amont, omis des indices à certains endroits ou bien manquiez de clairvoyance à l’instant voulu, la blancheur immaculée de la neige aura alors tôt fait de revêtir une toute autre colorie. Mais rassurez-vous, une seconde chance s’offrira à vous puisqu’une fois le jeu achevé, il sera possible de rejouer à sa guise n’importe lequel des dix chapitres en vue d’altérer ces fameux « effets papillons » et ainsi tenter de sauver davantage de vies (pour sa première partie, votre humble service a terminé le jeu avec trois personnages encore en vie, NDR / Mytho !!!! NDSG). Les plus sadiques / psychopathes pourront quant à eux tenter d’agrandir leur tableau de chasse 😈

Until Dawn - PlayStation 4

Au terme de la petite dizaine d’heures qu’aura durée cette aventure horrifique (plus ou moins selon l’assiduité avec laquelle vous fouillerez les recoins du jeu en vue de récolter les différents indices), Until Dawn ne sera certes pas parvenu à faire voler en éclat les conventions du genre en vue d’accoucher d’un classique aussi indémodable que les différents longs-métrages suscités mais aura eu tout le moins le mérite de savoir en jouer. À l’image de titres tels que Heavy rain ou encore Beyond : Two souls, les hardcore gamers tout comme les cinéphiles les plus exigeants n’y trouveront sans doute pas (totalement) leur compte mais il n’en demeure pas moins vrai que, dans sa volonté de fusionner les univers cinématographique et vidéoludique en un tout beaucoup plus homogène que la traditionnelle scission gameplay / cinématiques, Until Dawn apporte une nouvelle très jolie pierre à l’édifice entamée par les titres de David Cage.

Until Dawn est disponible depuis le 26 août 2015 sur PlayStation 4.

Testé sur PlayStation 4 à partir d’une version éditeur
Testé en version : 01.00
Taille occupée sur le disque dur : 39,12Go

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