Quai d’Orsay – Capitaine Villepin

À l’origine, en 2009, Quai d’Orsay est une bande dessinée créée par Christophe Blain et Abel Lanzac (de son vrai nom Antonin Baudry, diplomate de son état) qui retrace l’expérience de ce dernier au ministère des Affaires étrangères quand Dominique de Villepin en était le sociétaire entre mai 2002 et mars 2004. Tant au cinéma qu’au sein du 9ème Art, les coulisses du pouvoir à la française sont très peu abordées de front et encore moins avec si peu de recul. Il n’y a que L’Exercice de l’État récemment pour s’en être brillamment approché. Alors certes, Quai d’Orsay change les noms et brouille quelque peu les cartes au sens littéral du terme puisque l’Irak est par exemple le Lousdem, que l’Oubanga est la Côte d’Ivoire et qu’Alexandre Taillard de Worms est donc Dominique de Villepin. Mais au lieu d’affadir le propos, cette mascarade formelle censée donner le change vis-à-vis de nos lois très strictes en matière du droit à l’image et des personnes, le renforce avec une acuité perverse vraiment jouissive. Et Bertrand Tavernier d’avoir très vite saisi la portée d’un tel matériau d’origine pour relancer une filmographie au point mort depuis 1998 et son extraordinaire Ça commence aujourd’hui.

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Jimmy P. – Nouvelle Frontière

De prime abord Jimmy P. peut détonner dans la filmo de Desplechin. Le cinéaste des portraits de groupes de préférence familiaux, héritier direct d’un pan de la Nouvelle Vague façon Resnais ou Truffaut, s’attaque ici à l’adaptation d’un livre peu connu du grand public, Psychothérapie d’un indien des plaines, qui a donné naissance à l’ethnopsychiatrie (discipline à la croisée de l’anthropologie – l’étude de l’humain à la fois physique et culturel –  et de la psychanalyse). Livre fondateur de Georges Devereux, il est aussi le seul ouvrage de psychanalyse qui donne à voir l’intégralité d’une analyse, décrite minutieusement séance par séance. Un aspect repris à l’identique par Desplechin qui en fait d’ailleurs son fil rouge scénaristique et de mise en scène. Une trame, un angle qui pour le cinéaste lui permet de réaliser un film à la puissance cinématographique indéniable.

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Entretien avec Alex et David Pastor pour Les Derniers jours

Si vous n’avez jamais entendu parler de Alex et David Pastor, ce n’est pas grave, cela va venir. Par contre ce qui est plus certain c’est que vous avez certainement remarqué Infectés. Ne serait-ce que pour sa très belle affiche reprise pour la sortie vidéo. On y voit une enfant un peu paniquée portant un masque taché de sang le tout dans une ambiance / photo ocre / sable du désert. En tout cas si ce n’est pas le cas rattrapez-le vite car sort en salles cette semaine leur deuxième long intitulé Les Derniers jours. Espagnols d’origine, les deux frères ont déjà bien roulé leur bosse entre les États-Unis et l’Espagne et semblent peu à peu devenir les fers de lance d’une nouvelle génération de cinéastes sans frontières prêts à tout pour faire leurs films, y arrivant et de surcroît avec la manière. Pour l’instant « cantonné » dans le cinéma de genre gageons que leur registre va s’étoffer très rapidement tant leur talent est indéniable et propre à relever bien d’autres défis. L’interview qu’ils nous ont accordée fait montre d’une lucidité étonnante quant à leur métier (pour des p’tits djeunes) qui fait plaisir à entendre. Leur disponibilité, leur gentillesse et leur prise de position finissent de convaincre (s’il en était encore besoin) que ces deux là iront très loin. Et en plus ils sont d’accord pour dire que le PSG aurait dû gagner contre le Barça (époque avant « remontada » / Edit : fin d’année 2017)…

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Les Derniers jours : The End

Comme un joli ballon d’oxygène après des blockbusters dont on n’a pu que constater la mort cérébrale quasi définitive et un cinéma français sous assistance respiratoire. Il y a bien eu quelques découvertes (Frances Ha, Hijacking, Metro Manila…) mais rien qui vaille vraiment la peine d’interrompre son bronzage intégral ou qui ne puisse attendre un rattrapage home vidéo à la rentrée. Les Derniers jours des frères Pastor à qui l’on doit déjà le fort estimable Infectés, remédient donc, et de fort belle manière, à cette torpeur cinématographique estivale qui commençait à peser.

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Au bout du conte : Le goût des images

Alors que Le goût des autres et Comme une image avaient contre eux une certaine morgue de gauche donneur de leçons et une réalisation atone pour ne pas dire insignifiante, Parlez-moi de la pluie et maintenant ce Au bout du conte donnent enfin la pleine mesure au talent indéniable d’écriture du tandem Jaoui / Bacri avec en plus ici une mise en scène, signée comme toujours Agnès Jaoui, enfin débridée aux confluents du merveilleux et de l’apesanteur. Les recherches formalistes y sont évidentes et servent un propos non plus asséné mais suggéré à l’image de ces aquarelles numériques qui parsèment un film cherchant à comprendre ce qu’il y a après le conte et le fameux « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

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